Sabrina

De : Rocky Soraya

Avec Luna Maya, Christian Sugiono, Sara Wijayanto, Jeremy Thomas

Année: 2018

Pays: Indonésie, Singapour, Malaisie

Genre: Horreur

Résumé:

Une poupée diabolique se met à terroriser un fabricant de jouets et sa femme quand leur nièce tente d’invoquer sa mère défunte dans un rituel à glacer le sang.

Avis:

Les poupées dans les films d’horreur sont une sorte de passage obligé. Si Chucky, initiée par Tom Holland avec Jeu d’Enfant en 1988 a fait beaucoup de bruit, offrant ainsi un boogeyman de légende et une licence qui n’a pas fini de faire parler d’elle, d’autres poupées maléfiques sont venues se greffer au mouvement. On peut ainsi citer Blood Dolls de Charles Band en 1999 ou encore la saga des Puppet Master, commencée en 1989 sous la houlette de David Schmoeller. Si on y ajoute Annabelle de nos jours, les poupées ont eu le vent en poupe et continuent de faire peur à certaines tranches de spectateurs. Seulement, bien souvent on a droit à un gros pétard mouillé, avec des métrages qui remplissent des cahiers des charges sans génie et qui ne veulent qu’une chose, attirer le jeune spectateur amateur de jump scare pour se contenter du minimum. Très récemment, c’est ce que l’on a eu avec les deux spin-off de The Conjuring, et trouver un bon film d’horreur avec une poupée dégueulasse est très compliqué. On peut à la rigueur se pencher sur The Boy, qui est plutôt sympathique, surfant sur une atmosphère gothique salvatrice. Mais le sursaut d’orgueil de se sous-genre horrifique nous viendrait-il d’Asie?

Avec Sabrina, Netflix partage l’une de ses productions venues d’Asie et plus précisément d’Indonésie. Si on avait pu se réjouir en cette fin d’année de May the Devil Take You, petit film qui fait référence au Evil Dead de Sam Raimi tout en gardant son aspect folklorique, voici que l’on nous propose un autre film d’horreur, mais bien loin des possessions démoniaques (quoi que), mais avec une poupée tueuse. Avons-nous là aussi une belle surprise? La réponse est non. Très clairement, Sabrina ne brille pas par son originalité, et encore moins par son histoire rocambolesque, qui mélange tout est n’importe quoi et qui est filmé tel un soap soporifique.

Pour la petite histoire, on va faire la connaissance d’une jeune fille dont les parents sont décédés dans un accident. Elle est alors élevée par son oncle et sa tante dans une luxueuse maison. Le jour de son anniversaire, elle reçoit une tablette et en faisant le jeu du Charlie-Charlie, elle essaye de convoquer sa défunte mère. Malheureusement, à la place, elle va invoquer un démon, celui-là même qui est à l’origine de la mort de ses parents, et il va trouver comme vecteur, une poupée immonde qui fait pourtant un tabac là-bas. Son oncle et sa tante, aidés par un couple d’exorciste, vont alors tout faire pour stopper cette engeance du démon. Le pitch de base est assez simple, et on va voir des gens qui vont se battre contre un démon au gros nez, qui lui ne souhaite qu’une chose, prendre possession d’un corps humain, peu importe lequel. Comme tout film mettant en scène un démon et une poupée, on va passer par des immanquables. A savoir la poupée qui se déplace toute seule, qui bouge les yeux dans le dos des protagonistes, ou encore lorsque le démon apparait, il faut forcément qu’il marche à quatre pattes avant de foncer sur ses victimes. Un cahier des charges bien visible donc, et qui ne contiendra finalement que peu d’intérêt.

Le principal problème avec ce film tient en deux choses: les personnages et sa mise en scène. En ce qui concerne les personnages, ils sont tous complètements transparents. On essaye d’y injecter un peu de background sur la fin du film pour afficher un retournement de situation vraiment grotesque, mais rien n’y fait, on se fiche d’eux. La petite fille, qui peut incarner un semblant d’innocence et toucher par son manque affectif, ne fait rien pour se rendre intéressante, hormis pleurnicher ou faire la gueule. L’actrice n’est pas très convaincante et ne suscite finalement aucune empathie. Ce sera la même chose pour les adultes, qui sont plus pénibles qu’autre chose. L’oncle est on ne peut plus banal, et sa femme, plutôt jolie, ne sert à rien hormis pour prendre des coups ou se retrouver dans des situations merdiques. Ajoutons à cela un duo d’exorcistes en perpétuel surjeu, dont le background tient plus du film de super-héros qu’autre chose, et on frise le ridicule. Même le démon est une immonde mascarade, motivé uniquement par la vengeance et dont le design ferait frémir Pinocchio, avec un tarin plus proéminant que celui de Cyrano de Bergerac. Bref, avec des protagonistes aussi pénibles, difficile de se sentir impliqué dans ce projet.

Pour ce qui est de la mise en scène, c’est un tout autre problème. Rocky Soraya ne possède pas vraiment de patte graphique. Son film est lisse au possible et on a souvent l’impression de voir un soap indonésien qu’un vrai film d’horreur. Que ce soit dans la maison gigantesque de l’oncle ou dans un resort en bord de plage, le film ne respire pas la tension et l’atmosphère n’est pas du tout travaillée. Il n’y a aucune recherche dans les couleurs, il n’y a pas de moments marqués et marquant, et au final, il réside une sensation de vide artistique. Comme si le réalisateur voulait plonger cela dans un réel fantasmé (chez les bobos indonésiens), alors qu’il plonge une famille recomposée dans un univers sombre et glauque avec un démon. C’est très fade et relativement maladroit.

Tout comme le scénario qui met en scène une poupée dégueulasse (et pourtant best-seller dans le film, on a déjà du mal à y croire) qui ne sert à rien à part surfer sur la mode Chucky qui s’annonce pour l’année prochaine. D’ailleurs, on ne comprend pas bien sa présence dans le film, si ce n’est qu’elle semble être un transporteur du démon, lui permettant d’aller où bon lui semble, et tissant des liens avec la petite fille qui la trimballe partout. C’est assez obscur (contrairement à la mise en scène) et on ne comprend pas tout. Tout comme on ne comprend pas bien comment l’esprit arrive à aller de corps en corps et à transformer le faciès des gens en si peu de temps. Le nez, sublime prothèse en plastique posée rapidement, les joues creusées, etc… sont autant de mutations qui ne restent pas une fois l’exorcisme établi et c’est très dérangeant. Surtout quand le film tente de partir dans le grandguignolesque sur sa fin et qui s’avère complètement inintéressant et putassier. Bref, tout cela sent l’opportunisme à plein nez et le travail bâclé.

Au final, Sabrina est un film d’horreur très décevant, pour ne pas dire carrément mauvais. Entre un scénario alambiqué pour rien, un démon ridicule, des acteurs qui n’en ont rien à battre et surtout une mise en scène lisse au possible, Sabrina enfile les mauvais points comme un enfant de maternelle enfile les perles. Putassier, complètement à côté de ses pompes, ce film d’horreur indonésien n’a pas grand-chose pour lui, si ce n’est la visibilité accrue par Netflix. Passez votre chemin pauvres fous!

Note: 06/20

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Par AqME

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