Astérix – Le Secret de la Potion Magique – Explosif!

De : Louis Clichy et Alexandre Astier

Avec les Voix de Christian Clavier, Bernard Alane, Daniel Mesguich, Alex Lutz

Année : 2018

Pays : France

Genre : Animation

Résumé :

À la suite d’une chute lors de la cueillette du gui, le druide Panoramix décide qu’il est temps d’assurer l’avenir du village. Accompagné d’Astérix et Obélix, il entreprend de parcourir le monde gaulois à la recherche d’un jeune druide talentueux à qui transmettre le Secret de la Potion Magique…

Avis :

On dit souvent que le cinéma français est complètement sclérosé dans le domaine de la comédie. Si les succès populaires peuvent confirmer cet adage, ce n’est pas totalement vrai, et 2018 en est la preuve absolu, avec un cinéma français de qualité, qui arrive à alterner entre des projets nauséabonds et des moments de grâce qui font le bonheur des vrais cinéphiles. S’il y a un réel écart entre les films puants de Dany Boon et les bonnes intentions de Gilles Lellouche avec Le Grand Bain par exemple, on trouve de plus en plus d’auteurs qui ont une fine plume et qui livre quasiment à chaque fois de petites pépites. C’est bien simple, à mon sens, ils sont trois, Albert Dupontel, Alain Chabat et Alexandre Astier. Si ce dernier s’est fait connaître grâce à son programme court Kaamelott, il a su transformer l’essai en quelques films imparfaits mais à la réplique cisaillée. Le summum arrive quand il s’attaque au monument français Astérix et Obélix, pour en faire un nouveau dessin-animé s’inspirant du Domaine des Dieux. Succès en salles et succès critique, il était presque logique qu’une suite voit le jour. Mais si suite il y a, elle est originale et ne s’appuie sur aucun album de connu.

Alexandre Astier aime prendre des risques et surprendre se fans. Ce n’est pas un secret, et on verra certainement arriver le film Kaamelott au moment où on s’y attendra le moins. Mais rayon prise de risque, il se pose-là lorsqu’il fait un nouvel épisode d’Astérix, à sa sauce, sans jamais chercher à adapter un quelconque tome. Alors il est vrai que l’on pourrait ressentir une pointe du Coup du Menhir et du Devin, mais il n’en est rien et le film va beaucoup plus loin que ça. Pour la petite histoire, Panoramix tombe d’un arbre lors de sa cueillette. Un comble pour un druide et il décide d’être trop vieux pour continuer à garder le secret de la potion magique. Il décide alors de partir au conseil des druides pour trouver son successeur. Cela va réveiller les jalousies longtemps enfouies de Sulfurix, son ancien adversaire, et qui va tout faire pour discréditer Panoramix et découvrir le secret de la potion magique. Comme on peut le voir, le film est assez simple dans son pitch de base, et cet épisode est une sorte de road trip à travers la Gaule pour trouver un digne successeur. Sauf que ce voyage va être l’occasion d’aborder des thèmes intéressants, très contemporains, en plus d’enchainer les péripéties et les moments complètement loufoques.

A travers cette histoire, Alexandre Astier et Louis Clichy vont essentiellement parler de la passation et de la transmission des savoirs. Panoramix s’estimant trop vieux, il va tenter de trouver quelqu’un en qui il peut faire confiance pour donner un pouvoir immense, la recette de la potion magique. Bien évidemment, cela va donner lieu à divers rencontre et à montrer que la plupart des druides sont des tocards, des magouilleurs de première qui joue aux apprentis sorciers. Le film trouvera alors sa force dans sa façon de parler de la transmission et surtout à qui on doit donner des billes pour le futur. Les deux réalisateurs s’amusent de clichés misogynes ou liés à l’âge pour montrer que si on veut construire un monde meilleur, il faut faire confiance à la génération future, aux enfants qui sont encore innocents et naïfs, afin de donner un peu d’espoir. Et si on veut aller plus loin, il ne faut pas non plus regarder son genre, car que nous soyons un homme ou une femme, un garçon ou une fille, cela importe peu tant que nos intentions sont pures et louables. Un joli message qui s’adresse directement aux parents qui doivent faire confiance à leurs enfants pour bâtir le monde de demain.

Si le fond est relativement intéressant et intelligent, formellement, le film n’a rien à envier à de grosses productions d’animation. C’est beau, c’est chatoyant, c’est tout en rondeur et ça possède une véritable identité visuelle. Et dans ce film, la patte d’Astier est indéniable, que ce soit dans l’écriture de l’humour ou encore dans les multiples références que l’on trouve dans le métrage. Certains dialogues sont vraiment à mourir de rire, notamment sur les barbes des druides, qui donne lieu à un savoureux jeu de mots, mais c’est surtout dans les clins d’œil cinématographiques que le film gagne en dimension. Respectueux du matériau d’origine, les deux réalisateurs vont se lâcher progressivement pour offrir un spectacle grandiloquent, parfois à la limite de la démesure. Ainsi donc, le film va brasser différents genres. On aura droit à un moment épique rappelant la scène des hélicoptères de Apocalypse Now, montrant la violence du combat final qui lorgne clairement vers le film de guerre. Mais ce n’est pas tout, on pourra aussi y trouver diverses références aux films de super-héros, notamment avec un méchant qui va se découvrir des pouvoirs, ou encore aux films de Kaiju Eiga (oui, ces gros monstres japonais avec des robots géants) pour un final épique et complètement inattendu. Si certains pourront y voir un n’importe quoi bas du front, il démontre tout l’amour du cinéma de la part d’Astier et Clichy et renouvelle Astérix sans jamais le démanteler.

Mais l’autre gros point fort du film, c’est son antagoniste principal, Sulfurix. Si on pourrait croire qu’un méchant de film d’animation doit rester simpliste et juste représenter le mal, ce ne sera pas le cas de ce druide déchu. En effet, Sulfurix est un ancien glorieux druide qui est tombé dans l’oubli et qui maîtrise parfaitement le feu. Il jalouse Panoramix et son secret de la potion magique non pas par égo, mais surtout parce qu’il trouve que Panoramix est un égoïste de garder ça pour lui. C’est un méchant qui derrière son plan funeste pour avoir la potion, veut le bien de toute la Gaule et faire disparaître les romains. Il rêve d’indépendance, de liberté, mais il le fait de la plus mauvaise des façons. Il s’agit-là d’un personnage complexe, qui a ses démons, son background et qui va devenir complètement maboul pour assouvir ses désirs. C’est très intéressant de retrouver un bad guy comme ça dans un film d’animation à destination des enfants car il est travaillé, intelligent et change un petit peu de la sempiternelle bataille avec Jules César. Ajoutons à cela tout de même quelques romains complètement débiles et des druides losers pour des personnages secondaires savoureux, dont un druide Jésus qui multiplie les pains, petit tacle à la religion chrétienne qui devient ici polythéiste et animiste.

Au final, Astérix – Le Secret de la Potion Magique est une belle réussite. Après Le Domaine des Dieux, Alexandre Astier et Louis Clichy livre un second opus tout autant réussi, tout en allant beaucoup plus loin dans le délire. Affichant de multiples références, doté d’un humour très Kaamelott, ce nouvel Astérix véhicule de bonnes valeurs en plus d’être très divertissant et d’aborder des thématiques importantes pour nos futures têtes blondes. Des films d’animation français de cette qualité, on en demande encore.

Note : 18/20

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Par AqME

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