La Sentinelle des Maudits

Titre Original : The Sentinel

De : Michael Winner

Avec Chris Sarandon, Cristina Raines, Martin Balsam, John Carradine

Année : 1977

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Une jeune top model emménage dans une maison uniquement habitée par un prêtre aveugle. D’étranges phénomènes se produisent dès l’arrivée de la jeune femme.

Avis :

A la toute fin des années 60, un film allait chambouler le milieu de l’horreur. Avec Rosemary’s Baby, Roman Polanski fait un tollé et va inclure le peur dans le milieu urbain, au sein d’une famille bienpensante. Il s’agit-là de faire peur avec la maternité, mais aussi et surtout d’installer une ambiance étouffante dans un milieu protégé, dans lequel le mal s’est insidieusement glissé. Réalisant un véritable carton critique et public, cela va engendrer des films d’horreur prenant place à la ville. On retrouve donc L’Exorciste de William Friedkin, La Malédiction de Richard Donner, puis, moins connu, La Sentinelle des Maudits de Michael Winner. Et c’est sur ce dernier que l’on va s’arrêter, car c’est bien celui qui jouit de la moins bonne réputation. Il faut dire que pour faire le film, ce fut un chemin de croix. Passant de mains en mains, le film n’a pas trouvé de réalisateur, tout le monde trouvant le scénario trop horrible. C’est alors que Michael Winner, fort de son Un Justicier Dans la Ville avec Charles Bronson, décide de mettre la main à la pâte. Après son tournage, le film connaîtra d’autres dérives, comme le refus d’un compositeur célèbre de faire la bande originale, trouvant le film trop ignoble à regarder. Bref, La Sentinelle des Maudits porte bien son nom, et pourtant le résultat est loin d’être mauvais.

L’histoire nous propose de suivre une jeune top-model qui veut avoir son propre appartement. Elle trouve alors une belle occasion dans un vieil immeuble. Mais lorsqu’elle s’installe, le voisinage se fait très étrange, voire carrément envahissant, l’invitant à des anniversaires de chat, ou encore se masturbant devant elle lors d’un petit thé. Devant l’étrangeté de ces séquences, la jeune femme se sent de plus en plus mal et son mari, un jeune avocat, décide de mener l’enquête. Jusque-là, on nage dans quelque chose d’assez classique, avec une belle jeune femme innocente qui va être exposée à des choses assez bizarres, pour ne pas dire gênantes. Une enquête est menée, et on va vite découvrir le pourquoi du comment. Le scénario s’avère assez linéaire, mais il va placer quelque chose d’important au sein du scénario, la religion. Car oui, La Sentinelle des Maudits est un film qui tire à boulets rouges sur l’église et ses manigances, mais aussi sur ses secrets les plus enfouis. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film débute avec un prêche dans une église en Italie, pour ensuite arriver aux Etats-Unis, dans une population très catholique, mais aussi pas mal dépravée par moments. Le film joue pas mal sur les codes de la religion et du rapport que l’on peut avoir avec elle, surtout quand on est une jeune femme qui gagne de l’argent avec son physique.

Avec ce film, Michael Winner va prendre le temps d’installer son intrigue et de présenter ses personnages. Mais au-delà de ça, il va aussi prendre le temps de dépeindre un monde sans cœur et qui se soucie guère des humains qu’il emploie. Ce monde, c’est celui de la mode et de la télévision. On va voir que l’héroïne du film va être de plus en plus fatiguée, voire malade, et que les photographes, ou encore les metteurs en scène, ne vont faire que râler sur elle, et ne vont pas chercher à l’aider. On retrouvera cela sur la fin, ors d’une fête où seule sa meilleure amie veille sur elle, mais pas suffisamment. Michael Winner apporte un vrai contexte social et moral à son métrage et parfois, cela peut être dérangeant. En effet, à partir du moment où la religion est abordée, on va avoir deux sons de cloche. Tout d’abord, on aura la critique d’un système secret et qui n’hésite pas à faire du mal. Mais d’un autre, on aura aussi le côté protecteur et nécessaire au plus grand nombre. Un double discours difficile à interpréter et qui peut laisser un goût amer en bouche.

Cependant, là où le film demeure très réussi, c’est dans son ambiance assez glaciale. Outre le fait de placer l’intrigue dans un milieu purement urbain et un peu huppé avec des choses étranges, le réalisateur apporte une vraie vision à l’ensemble, perdant le spectateur dans ce qui semble être un rêve éveillé. En effet, à partir du moment où la jeune femme aménage chez elle, les voisins se font envahissant, avec des mœurs dérangeantes et dégradantes et on se demande bien si on est dans la réalité ou dans un rêve éveillé. Cette façon de perdre le spectateur rajoute de l’angoisse au film, lui donne un cachet subtil et du coup, interpelle le spectateur tout comme cela le terrorise à quelque part. On sent la faiblesse du personnage principal, pour qui on ressent une vraie empathie et de ce fait, le film marche à plein régime de ce côté-là. Le problème, c’est que le flou du scénario empêche un réel investissement au sein du métrage. On aura bien droit à quelques fulgurances pour expliquer l’histoire et le twist final met un peu de lumière sur tout ça, mais ça reste très obscur.

Néanmoins, le film possède quelques moments qui font froid dans le dos et qui vont contribuer à son statut de film dérangeant. En premier lieu, il y a une scène très gore, dans laquelle la jeune femme tue un vieillard à coup de couteau, lui tranchant le nez en gros plan et lui plantant un couteau dans l’œil. Le résultat est saisissant, la mise en tension est parfaite et l’aspect gore ajoute une touche assez malsaine. On est surpris et surtout, cela met en avant le côté insidieux de la menace, qui se trouve dans un immeuble en plein centre de New-York. Mais la scène la plus marquante reste celle de fin, avec son défilé de freaks en tout genre. Pour représenter toutes les incarnations de Satan, le réalisateur a voulu se la jouer à la Tod Browning, et a vraiment demandé à des personnes atteintes de maladies physiques de jouer dans le film. On se retrouve donc face à un balai assez macabre, qui pourrait se voir comme une foire aux monstres du plus mauvais goût, mais qui finalement rajoute une touche d’étrangeté au film, et surtout à cette fin dantesque et relativement inattendue.

Au final, La Sentinelle des Maudits est un film assez étrange (c’est d’ailleurs un mot qui revient souvent dans cette chronique) qui place l’horreur dans le quotidien d’une jeune femme citadine, mais qui manque tout de même d’impact émotionnel. Si l’histoire reste floue et ne donne pas la pleine mesure de sa critique acerbe sur la religion, on reste sur un film hybride qui réussit son ambiance et certains effets coup de poing, mais qui manque clairement de panache. Un panache que l’on ne retrouve que sur la fin, ou sur un casting incroyable (Eli Wallach, Jeff Goldblum qui fait ses premiers pas, Christopher Walken, Jerry Orbach et j’en passe…).

Note : 14/20

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Par AqME

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