La Nurse

Titre Original : The Guardian

De : William Friedkin

Avec Jenny Seagrove, Dwier Brown, Carey Lowell, Brad Hall

Année: 1990

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Phil et Kate décident d’engager une nurse pour garder leur fils Jake dans leur grande maison à la lisière de la forêt. Camilla semble parfaite pour ce rôle. Trop parfaite peut-être…

Avis:

William Friedkin est un réalisateur dont on reconnait la patte immédiatement. Doté d’une réalisation assez froide et sèche, le cinéaste ne fait pas dans la dentelle et au cours des années 70/80, il est en pleine ascension, avec notamment des films comme L’Exorciste ou encore French Connection. Cependant, il va connaître un énorme creux à la fin des années 80 et au début des années 90, et ses films ne vont plus autant d’entrées dans les salles. Il est presque boudé par le public et c’est alors qu’Universal tombe sur un scénario intéressant et tente de relancer Friedkin pour un nouveau film d’horreur. Malheureusement, le cinéaste n’aime pas du tout le script et il va le faire savoir. Il va alors tout réécrire, quitte à se brouiller sévèrement avec le scénariste de l’époque, et il va y injecter une histoire personnelle, celle d’une nounou démoniaque. En effet, Friedkin fait des films en fonction de son vécu et un beau jour, il a laissé son enfant durant un weekend à une nounou qui est parti faire la bringue durant tout le weekend au lieu de s’occuper de son bébé. Il en ressort alors La Nurse, un film horrifique intéressant, imparfait, mais qui détient des moments gores bien dégueulasses.

L’histoire est assez simple au départ. On va suivre un jeune couple qui vient d’avoir un bébé et qui souhaite trouver une nurse à domicile pour s’en occuper quand ils sont au travail. Le choix se pose directement sur Camilla, une jeune femme sublime et parfaite pour ce rôle. Mais au fil des jours, Camilla prend de plus en plus de place dans la famille et il semblerait qu’elle cache un lourd secret. Friedkin ne va pas chercher bien loin son intrigue qu’il pose dès sa scène d’introduction. On va y voir une nounou qui kidnappe un bébé, qui va dans les bois et qui le fait fusionner avec un arbre à l’aspect étrange. La scène est très ésotérique, fantasmée même, puisque le réalisateur balance toute la sauce lugubre, avec ce qu’il faut de vent, d’éclairs et d’effets spéciaux quasi absent, préférant un plan cut lors d’un éclat de lumière pour faire disparaître l’enfant. On sait alors que nous sommes face à une menace animiste, une sorte de druide au féminin qui a besoin de bébé pour survivre. Si l’ambiance est posée dès le départ, la rupture avec le nouveau couple est assez abrupte. Le film redevient lumineux, on suit un jeune couple attrayant et beau qui attend le premier enfant de la famille. Friedkin va alors s’appesantir sur cette famille pour créer de l’empathie.

Ce qu’il faut savoir, c’est que malgré sa courte durée, La Nurse est un film qui prend son temps pour présenter ses personnages, pour leur donner du relief, et créer des liens ambigus intéressants. Ainsi donc, on va voir ce jeune couple à qui tout réussi sombrer peu à peu dans la démence. Le début est idyllique, l’amour est palpable et on sent une vraie complicité entre Dwier Brown et Carey Lowell. Le couple est joli et il y a une certaine alchimie qui se dégage d’eux. Même si on sent que l’on est dans un milieu aisé, Friedkin ne dresse pas un portrait cynique, montrant ces gens comme des personnes bien sous tous rapports. Le grain de sable va venir de la nounou, campée par une formidable Jenny Seagrove qui possède une beauté étrange, laissant transparaître des fissures et jouant divinement bien ce rôle. On sent bien que quelque chose ne va pas chez elle, mais on ne saura dire quoi. Ce petit grain de sable, on le sent aussi dans la relation qu’elle entretient avec le mari, n’hésitant pas à se montrer nue devant lui lors d’un bain, l’aguichant sans que ce dernier ne cède à la tentation. Le film est très intelligent sur ces relations faites de petits riens mais qui chamboulent un quotidien et une famille posée.

Le principal problème du film, c’est qu’il traine parfois un peu en longueur et que d’un point de vue rythmique, Friedkin prend trop son temps. Mais surtout, on sent les coupes qui ont été faites au montage, ou encore les rajouts de script lors du tournage. L’exemple le plus flagrant est ce passage avec trois voyous qui poursuivent la nounou dans les bois pour la violer en présence du bébé. Ce moment tombe comme un cheveu sur la soupe et n’a pour intérêt que de dévoiler les pouvoirs de la sorcière (ou druide, appelez ça comme vous voulez). On aura bien droit à quelques fulgurances gores (une tête qui explose, un corps quasiment coupé en deux, etc…) ; mais il n’y a pas vraiment de cohérence au moment où tombe cette scène. Ensuite, au rayon des points faibles, les personnages secondaires sont peu nombreux et n’apportent pas grand-chose à l’intrigue. Il y a bien l’architecte qui devient un ami du couple et qui tombe littéralement amoureux de la méchante nurse, mais il reste assez transparent et demeure un personnage chair à canon, présent pour rajouter de l’hémoglobine et une victime de plus. C’est un problème assez majeur dans ce métrage, car on sent que le budget est serré et l’ensemble manque de densité, ce qui est assez étonnant pour un réalisateur comme Friedkin. Mais comme il était dans le creux de la vague durant cette période, il n’avait peut-être pas son mot à dire.

Néanmoins, malgré ses nombreux défauts apparents, La Nurse détient quand même quelques moments sympathiques. Outre le fait que le cinéaste travaille relativement bien sur l’insécurité que l’on peut ressentir pour le bébé, la fin du film n’arrête pas une seule seconde et laisse même la place à une sorte de home invasion assez sauvage et bourrin. Si on peut compter sur quelques plans assez iconiques de la méchante, notamment lorsqu’elle vole par-dessus l’épaule du père qui s’enfuit dans les bois avec son fils, on aura aussi une séquence finale surprenante, à la fois gore, allant presque chercher du côté de Evil Dead pour le segment avec le père qui découpe l’arbre, et tendue lorsque la druide dévoile sa vraie visage et tente par tous les moyens de reprendre le bébé pour avoir sa vie éternelle. Cette fin est assez jouissive dans le sens où elle n’arrête pas une seule seconde et ne ménage pas son suspens où les méfaits faits au couple.

Au final, La Nurse n’est pas un film majeur de William Friedkin, mais il garde quelques traces de son réalisateur. Il s’agit d’un film qui demeure assez âpre dans ce qu’il raconte, qui fait très peu de sentiments envers les personnages qui vont souffrir, mais il s’agit aussi d’un film rugueux dans son grain et sa palette de couleur. Si on sent que Friedkin se retient sur certaines choses et que parfois, certaines scènes semblent être là pour rajouter de la longueur ou du gore, La Nurse s’avère être un film d’horreur honorable, qui a vieilli certes, mais qui reste assez fidèle à la manière de filmer de son réalisateur.

Note : 14/20

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Par AqME

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