Highway to Hell

Auteurs : Victor Gischler, Davide Dileo, Riccardo Burchielli

Editeur : Panini Comics

Genre : Horreur

Résumé :

Highway to Hell vous invite sur les routes des États-Unis… à la recherche d’un tueur en série ! Son mode opératoire change continuellement à l’exception d’un détail : la peur qu’il suscite auprès de ses victimes.

Avis :

Au cinéma, comme sur papier, le genre horrifique est particulièrement riche et codifié selon les thèmes abordés. Si certains sous-genres sont considérés comme « limités », c’est avant tout pour une narration trop enclavée dans des poncifs. Le slasher est particulièrement représentatif de ce constat, car sa simple évocation suffit à suggérer quelques images qui lui sont facilement associables. Un groupe de jeunes délurés, un psychopathe qui les tue les uns après les autres, un arsenal d’armes et de moyens pour occire son prochain… Aussi, l’introduction à Highway to Hell (rien à voir avec la chanson d’AC/DC) rappelle ce type de références avec, en prime, des allusions aux films de Rob Zombie et au cinéma d’épouvante.

Une base pour le moins élogieuse qui tend à mettre le lecteur en condition. Il est vrai que l’entame peut faire penser aux slashers des années 1980. Un dangereux tueur, dont le modus operandi s’avère pour le moins « expéditif » (un bel euphémisme), sévit entre quelques bourgades de l’Amérique profonde. Mais très vite, l’on se rend compte que la trame s’en éloigne sensiblement. D’une part, les victimes ne sont pas fortuites, mais ciblées. Ce qui suggère un mobile et non la gratuité de la violence coutumière du genre. D’autre part, les massacres et le point de vue du tueur restent secondaires dans un premier temps. Ajoutons à cela les investigations basiques de deux agents du FBI et l’on se rapproche davantage d’un thriller malsain.

Quant à l’ambition exprimée pour effrayer le spectateur, d’après les dires des auteurs et illustrateurs, difficile d’y parvenir avec une histoire qui s’axe sur un traitement aussi explicite et décomplexé de l’horreur. Les amateurs de plans gores et d’une violence clairement affichée y trouveront leur compte. Il est vrai qu’on peut remarquer de modestes allusions au film de Robert Rodriguez, Une nuit en enfer. Toutefois, les créatures infernales, dont l’origine aurait gagné à être moins évasive en fin de parcours, et leurs multiples difformités renvoient davantage à Society. La consonance du cannibalisme via des banquets orgiaques et l’apparence polymorphe des monstres se focalisent sur une approche grand-guignolesque.

Et c’est sans doute là que le bât blesse. À force de jouer la carte des références, Highway to Hell s’attaque à un peu tout et n’importe quoi sans se préoccuper d’une progression cohérente. Vampires, loup-garou, bestioles à tentacules et autres aberrations dantesques se bousculent dans les vignettes sans vraiment prendre de l’importance. Comme évoqué précédemment, la narration occulte toute explication sur leur présence. De même, les personnages n’ont guère de consistance. Les protagonistes multiplient les bévues et les répliques binaires, tandis que les antagonistes s’appuient sur des rivalités de façade et une hiérarchie mal définie dans ce qu’elle suggère. La bataille finale dans la décharge en est un exemple frappant.

Certes, l’ensemble reste dynamique. Les affrontements sont nombreux ; bien que brouillons dans leur mise en scène. La progression de l’action, notamment le renversement des rapports de force, est étrange, pour ne pas dire incohérent. La faute à des dessins simplistes, hormis l’exception des flash-backs qui, eux, profitent d’un trait de crayons moins abstraits et nettement plus percutants pour instaurer une ambiance glauque. On remarquera aussi une touche d’humour noir pour le moins discutable qui nécessite un second degré pas forcément de circonstances. De même, l’évocation de « super-pouvoirs » et l’épilogue en pointillés laissent à penser à un traitement bâclé pour conclure.

À la manière d’un pot-pourri, Highway to Hell tente de fourrer tout ce qu’il peut dans son histoire, au risque de ne plus ressembler à grand-chose. Un peu comme ces créatures difformes qui souillent ses pages. S’il se veut un hommage aux slashers des années 1980, le pari est raté, car le récit n’en possède que les apparences. S’il souhaite effrayer, là encore, il n’est guère aisé de ressentir une quelconque émotion. La psychologie de bazar étant remisée aux oubliettes, il ne reste plus qu’une brutalité assumée et des scènes gores pour combler les errances d’une histoire farfelue qui ne s’encombre guère d’explications pour justifier l’entreprise. Un comics d’horreur qui s’avère assez anecdotique et ne marquera pas les mémoires.

Note : 09/20

Par Dante

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net