Yomeddine – Quand t’es Dans le Désert…

De : A.B. Shawky

Avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz, Shahira Fahmy, Mohamed Abd El Azim

Année : 2018

Pays : Egypte, Autriche, Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Beshay, lépreux aujourd’hui guéri, n’avait jamais quitté depuis l’enfance sa léproserie, dans le désert égyptien. Après la disparition de son épouse, il décide pour la première fois de partir à la recherche de ses racines, ses pauvres possessions entassées sur une charrette tirée par son âne.
Vite rejoint par un orphelin nubien qu’il a pris sous son aile, il va traverser l’Egypte et affronter ainsi le Monde avec ses maux et ses instants de grâce dans la quête d’une famille, d’un foyer, d’un peu d’humanité…

Avis :

Réalisateur Égyptien, Abu Bakr Shawky dit A. B. Shawky a déjà une jolie petite carrière derrière lui, alors même que « Yomeddine » est son premier film de fiction. Il y a dix ans de cela, en 2008, A. B. Shawky réalise « The colony« , un documentaire qui va être primé dans pas mal de festivals. Par la suite, il va alterner entre documentaires en Egypte, comme à l’étranger, courts-métrages et publicité. En 2016, il sort diplômé d’un Master en Art, à la New York University Tisch School of the Arts.

« Yomeddine« , son premier film, est présenté cette année au prestigieux Festival de Cannes en sélection officielle et si le film repartira bredouille, il aura mis en lumière son réalisateur. Pour son premier film, A. B. Shawky démontre une volonté de faire un cinéma engagé et difficile. Pour son premier film, le jeune réalisateur a décidé de traiter de la maladie et du regard de l’autre à travers l’histoire d’un lépreux qui voudrait retrouver sa famille. « Yomeddine » a été réalisé avec trois fois rien et s’il est imparfait, allant parfois s’aventurer sur le chemin du misérabilisme dérangeant, il se dégage quelque chose de beau, de fort et de touchant. À la fois road movie, drame et film social, A. B. Shawky livre un premier film intéressant à plus d’un titre. Un film qui laisse entrevoir un œil et un regard.

Beshay, la quarantaine, est un lépreux aujourd’hui guéri. Beshay vit dans une léproserie en plein milieu du désert égyptien et il n’a jamais connu la vie en dehors depuis que son père l’a abandonné sur le parvis de l’établissement. Le jour où son épouse meurt, Beshay se met en tête de retrouver sa famille afin de connaître ses racines. Installé sur sa charrette tirée par son âne, fidèle compagnon de toujours, Beshay et son jeune ami Obama, jeune orphelin de dix ans, entreprennent un voyage à travers l’Egypte. Un voyage d’espoir, d’humanité, mais aussi de jugements et de regards apeurés.

Très déroutant que ce premier film donc. « Yomeddine » est une fable, et une jolie fable, sur la différence et la tolérance. Avec cette histoire, A. B. Shawky livre un film qui s’aventure sur plusieurs terrains et jamais il ne va se perdre ou se mélanger les pinceaux. À la fois, road movie aussi drôle que touchant, « Yomeddine » est aussi un drame sur fond de misère sociale, le tout avec une atmosphère réaliste qui pointe vers le documentaire.

« Yomeddine« , dans son fils rouge, est un film très simple. On pourra même dire que le coup de nous présenter un personnage qui part à la recherche de ses racines et qui, aidé d’un ami, se fait un petit road movie, on a déjà vu et revu de film. L’intérêt de « Yomeddine » n’est donc pas dans ce fil rouge. L’intérêt de « Yomeddine« , c’est tout ce qui se passe autour de ces deux personnages. « Yomeddine« , c’est des sujets forts, durs, devant lesquels on ne peut rester insensible. À travers le voyage de Beshay, A.B. Shawky aborde premièrement la condition des lépreux en Egypte et surtout le regard qui est porté sur eux. Un regard dur, terrifiant, qui bien souvent oublie que derrière les cicatrices et les difformités, il y a des êtres humains. Un regard si dur parfois, que A.B. Shawky donne l’impression de trop en faire, d’appuyer trop le sujet, au point de pousser parfois son film dans le misérabilisme dérangeant, alors qu’il n’y avait pas vraiment besoin d’appuyer autant, tant le sujet et les regards parlent d’eux même.

Mais ce sentiment d’exagération est finalement bien petit face à la luminosité du film, face à ce regard et cette leçon de tolérance et surtout face à ses acteurs incroyables de vérité et de naturel. Bershay, c’est Rady Gamal et le comédien est fabuleux. Touchant, drôle, simple, on aime suivre son parcours, car oui, on le sait, ici, ce n’est pas la destination qui va importer (même si cette dernière va être sublime), mais bien le chemin à parcourir pour y arriver et ce chemin se fait avec un véritable plaisir. Surtout que pour accompagner Rady Gamal, on trouve le jeune et lumineux Ahmed Abdelhafiz qui du haut de ses dix ans, tient un rôle aussi important et touchant que son aîné.

« Yomeddine« , en plus de ce road movie et ce regard de tolérance, c’est aussi un film qui abordera et montrera deux Egyptes. Une Egypte plutôt aisée d’un côté et de l’autre une extrêmement pauvre. Deux Egyptes qui ne se tolèrent pas, la première fuyant et jugeant la deuxième, comme le prouvera ceux qui viennent en aide à nos deux protagonistes.

« Yomeddine » est donc un joli film qui force le respect, au vu des conditions dans lesquels il a été tourné. Tenu par des comédiens non-professionnels qu’on aime suivre autant que leur personnage, « Yomeddine » aura bien ses défauts, il sera bien imparfait, mais face aux multitudes qualités que le film peut avoir, franchement, ce n’est pas grand-chose. À voir.

Note : 14/20

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Par Cinéted

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