février 25, 2021

Silvio et les Autres

Titre Original : Loro

De : Paolo Sorrentino

Avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio, Kasia Smutniak

Année: 2018

Pays: Italie, France

Genre: Biopic

Résumé:

Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme.
Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

Avis :

Paolo Sorrentino est l’un des plus grands cinéastes italiens contemporains. Son premier film est sorti en 2001 et très vite, le maestro va être remarqué. Bon, il faut dire que ses films ont une patte qui se voit et qu’on aime ou non ce que Paolo Sorrentino nous raconte, il est indéniable que le réalisateur offre un cinéma visuellement grandiose. En 2015, Paolo Sorrentino offrait l’une de ses plus beaux films avec « Youth« . Depuis, le Maestro s’est arrêté sur la case télévision en compagnie de Jude Law, pour la mini série en dix épisodes « The Young Pope« , série qu’il a entièrement réalisée.

Après s’être attaqué à la religion avec le piquant qu’on lui connaît, voici que Paolo Sorrentino s’arrête avec sarcasme sur la politique et sa cible est l’ancien chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi. Sorrentino qui s’attaque à Berlusconi, forcément, le film donne très envie et le résultat est un film sympathique et en demi-teinte. Un film qui fait beaucoup dans le tape à l’œil au départ, offrant une mise en scène incroyable (comme toujours), mais terriblement démonstrative et un final, qui a tendance à se faire désirer. On ressort donc mitigé, partagé entre le plaisir de ce portrait un peu dingue, loin des convenances et la petite déception de trouver un film longuet.

Sergio Morra est un homme qui veut absolument intégrer la politique italienne et pour cela, il a un plan. Un plan qui consiste à aller à Rome recruter des filles et des garçons, partir en Sardaigne, louer une ville face à la villa de Silvio Berlusconi et d’y donner de grandes fêtes, jusqu’à ce que le Président le remarque…

« Silvio et les autres« , c’est un projet épique signé Paolo Sorrentino. Oui, un projet épique et peut-être bien trop, puisqu’il est sorti en Italie en deux parties pour une durée totale de 3 h 20. Pour la version française, le film s’est donc vu raccourci pour ne faire que 2 h 38 et là encore, « Silvio et les autres« , malgré tous les très bons points d’intérêt que le film peut avoir, est bien trop long, beaucoup trop long. Et c’est là l’un des principaux défauts du film, ce qui est très étrange venant de Paolo Sorrentino qui a toujours su offrir un cinéma qu’on ne voit pas passer.

« Silvio et les autres« , c’est une ouverture incroyable, une ouverture en forme de claque, mais qui s’avère d’entrée de jeu trop longue. Ici, on attend un portrait au vitriol de Silvio Berlusconi et le choix d’ouvrir le film sur un autre personnage est pour le moins étrange, car finalement, le Président Berlusconi ne va apparaître qu’on bout d’une bonne cinquantaine de minutes. L’attente est donc longue, surtout que pour la combler, Paolo Sorrentino met en scène beaucoup de scènes de fête, de sexe et de drogue. « Silvio et les autres« , en son départ, est une orgie de sexe, drogue et house music. Une orgie génialement mise en scène, le film est doté de plans et de séquences folles. Paolo Sorrentino ose même énormément de choses dont seul lui a le secret, mais au final, comme l’attente finit par se faire interminable, et l’orgie commence à monter en overdose, cette ouverture finit par n’être qu’une démonstration du talent du réalisateur et c’est bien dommage.

Heureusement, « Silvio et les autres » retrouve de l’intérêt quand enfin le portrait de Silvio est mis en branle. Sorte de farce aussi incroyable qu’elle est triste finalement, Paolo Sorrentino nous offre bien le portrait au vitriol qu’on attendait de voir. Loufoque, dingue, triste, tragique même, Paolo Sorrentino fait la peinture d’un homme complexe à l’ego on ne peut plus surdimensionné. La peinture d’un homme pitoyable, qui refuse de vieillir. Pathétique, attachant, amusant et en même temps un poil agaçant, le portrait est excellent et intéressant. Un portrait qui est d’autant plus intéressant que Paolo Sorrentino n’a décidé de montrer dans ce film que la « vie personnelle » du dirigeant. Jamais on ne le verra par exemple en campagne ou à Rome. Non, le réalisateur s’occupe de son entourage, de sa solitude, des rapports avec sa femme, avec les femmes et comme je le disais plus haut, son rapport au temps qui défile. Bref, un point de vue osé, qui fonctionne bien. Un point de vue qui en plus de ça s’aventure dans des métaphores assez folles, qui résument bien ce que le cinéaste pense de l’homme politique. Mais encore une fois, le point de vue, si intéressant soit-il, va être mis en difficulté par l’ouverture de « Silvio et les autres« . Comme le film a mis beaucoup de trop de temps à nous plonger dans le vif de son sujet, et malgré le fait qu’il a su admirablement redécoller en son milieu, les deux heures trente-huit qu’il dure finissent alors par devenir trop longues en sa conclusion et malgré le plaisir de la satire, le générique finit par lui aussi se faire désirer.

Huitième film pour Paolo Sorrentino, « Silvio et les autres » est loin d’être un mauvais film, car entre ses acteurs, Tony Servillo incroyable et Riccardo Scamarcio excellent, entre sa peinture piquante à souhait, le film nous fait passer un bon moment, partagé entre rire et drame. Il reste cependant dommage que la fête soit un peu amochée par un récit bien trop long à s’ouvrir et à se conclure.

Note : 14/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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