octobre 26, 2020

La Pianiste

De : Michael Haneke

Avec Isabelle Huppert, Benoit Magimel, Annie Girardot, Susanne Lothar

Année : 2001

Pays : Allemagne, France, Autriche

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Erika Kohut, la quarantaine, est un honorable professeur de piano au Conservatoire de Vienne. Menant une vie de célibataire endurcie chez sa vieille mère possessive, cette musicienne laisse libre cours à sa sexualité débridée en épiant les autres. Fréquentant secrètement les peep-shows et les cinémas pornos, Erika Kohut plonge dans un voyeurisme morbide et s’inflige des mutilations par pur plaisir masochiste.

Jusqu’au jour où Walter, un élève d’une vingtaine d’années, tombe amoureux d’elle. De cette affection naît une relation troublante, mouvementée et perverse entre le maître et son disciple.

Avis :

Le cinéphilosophe Michael Haneke s’est fait connaître en tant que réalisateur dans les années 90. Très rapidement, de par son cinéma tranchant avec ce qui se fait habituellement, Michael Haneke s’impose comme un cinéaste sur lequel il faut compter, même si ce dernier divise aussi bien la presse que les spectateurs.

Après plusieurs films marquants sortis dans les années 90, dont son « Funny Games« , Michael Haneke atteint la consécration avec ce film. Repartant du Festival de Cannes avec pas moins de trois prix, Grand Prix du Jury, ainsi que l’interprétation féminine pour Isabelle Huppert et Masculine pour Benoit Magimel, « La pianiste » est de ces films qu’on appelle un choc. Explorant les frustrations de la bourgeoisie, Michael Haneke livre un film qui est aussi dur qu’il est intéressant. Laissant une sensation de malaise, « La pianiste » n’est qu’une cocotte-minute qui ne demande qu’à exploser. Et en plus d’un coup de pinceau puissant, c’est bien là-dessus que le réalisateur autrichien nous tient… jusqu’où cette histoire va-t-elle pouvoir aller ?

Erika Kohut, la quarantaine, est une professeure de piano respectée. Habitant toujours chez sa mère, Erika, cette vieille fille, mène une vie qui a l’air sans histoire. Erika est une professeure dure, exigeante avec ses élèves, au point de parfois même en être cruelle. Cette cruauté, elle se l’inflige à elle-même, puisqu’en secret Erika s’inflige des mutilations. Terriblement frustrée, elle fréquente aussi des peepshows et des cinémas pornos, tombant dans un voyeurisme malsain. Un jour, Erika croise la route de Walter, un jeune homme d’une vingtaine d’années, pianiste surdoué. Entre l’élève et le maître naît une relation malsaine, terrible, perverse. Une relation où il existera peu de limites à la cruauté.

Difficile… Voilà le premier mot qui me vient en tête après la vision de ce film. Difficile, oui, parce que « La pianiste » n’est pas un film aimable et aimant. C’est un cinéma qui n’est vraiment pas facile d’accès. C’est un cinéma qui va et outrera encore plus d’un spectateur. D’ailleurs, malgré cette fascination très malsaine que j’ai éprouvée face à ces personnages, je dois aussi avouer que le film de Michael Haneke fut une souffrance parfois à regarder tant les frustrations, les mots et les maux sont durs et précis.

Michael Haneke n’est pas là pour offrir un beau cinéma. Ni n’est pas là pour nous dire ce que l’on a envie d’entendre. Ici, la peinture que fait Michael Haneke est pleine de souffrance inavouable. Pleine de non-dits, d’actes cachés et surtout de paraître et c’est ça qui est le plus fascinant dans ce film. C’est le masque à peine dissimulé de cette professeure sadique autant avec les autres qu’elle-même. En nous permettant de suivre cette femme dans ses tourments les plus noirs, Michael Haneke nous place presque comme des voyeurs. Des voyeurs horrifiés face à la dureté et l’horreur du drame qui va se jouer et en même temps attirer et fasciner. Plusieurs fois la tragédie qui se joue frôle la frontière du trop, plusieurs fois on a envie de couper ce film et pourtant on ne le fait pas. Michael Haneke, dans ce morbide malaise, nous tient, jamais il ne nous lâche.

Ce qui est bien ici, c’est le fait que Michael Haneke ne généralise pas non plus, peignant aussi des personnages « normaux » dans cette haute bourgeoisie. Ici, il ne s’agit que de cette femme, et les frustrations qu’elle a mais aussi qu’elle provoque. Et autant dire que tenir un tel personnage sans tomber dans le cliché ou la caricature n’est pas chose aisée, et on peut saluer la prestation, mais aussi le courage, d’Isabelle Huppert, à tenir un tel rôle. Le jury de Cannes ne s’y est pas trompé et l’actrice n’a pas volé son prix d’interprétation.

À l’image de son personnage principal, « La pianiste« , c’est aussi une mise en scène qui est toute aussi dérangeante. Il y a quelque chose d’étouffant dans ce film. Un étouffement qui correspond tout à fait au personnage d’Isabelle Huppert. Une mise en scène névrotique, qui sait aussi parfois offrir quelques courts moments de répit qui font du bien.

Bref, je ne saurais conseiller ou non « La pianiste« , tant le film est radical. C’est un film pour un public averti. C’est un film qui secoue. C’est un film qui marque son spectateur, qu’on l’apprécie ou non. Portrait incroyable et violent d’une femme en proie à elle-même, à son monde et au regard des autres, Michael Haneke livre un film certes très dérangeant, mais en même temps fascinant de son introduction à sa conclusion. Vous êtes prévenus, à vous de voir maintenant.

Note : 14/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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