L’Etrangleur de Rillington Place

Titre Original : 10 Rillington Place

De : Richard Fleischer

Avec Richard Attenborough, Judy Geeson, Pat Heywood, Isobel Black

Année: 1971

Pays: Angleterre

Genre: Thriller

Résumé:

Dans les années quarante à Londres, John Reginald Christie cache derrière une apparence lisse et son métier de policier une véritable démence meurtrière. En une décennie, il viole, tue et cache les corps de plusieurs femmes, sans jamais éveiller le moindre soupçon. Il réussira même à faire accuser un autre homme pour le meurtre de sa femme et de sa fille. Mais après plus de cinq meurtres, les cadavres s’entassent et ne passent plus inaperçus.

Avis :

Cinéaste à la filmographie éclectique, Richard Fleischer s’est intéressé à de nombreuses reprises aux cas des tueurs en série. On songe bien évidemment à L’étrangleur de Boston retraçant le parcours d’Albert DeSalvo, mais aussi au Génie du mal qui, près de 10 ans auparavant, se penchait sur l’affaire Leopold et Loeb. Ce n’est pas tant le côté sordide de ces faits divers qui attirait son attention, mais le comportement et le fonctionnement psychologique des criminels. Est-ce un hasard quand on apprend que le réalisateur se destinait à une carrière de psychiatre ? Ces films noirs s’avancent comme des chroniques judiciaires sur fond de critiques sociales et non comme des thrillers glauques à vocation sensationnaliste.

Tout comme pour ses prédécesseurs, L’étrangleur de Rillington Place tient à reléguer la violence explicite et la brutalité des assassinats au second plan. Comme le démontre la séquence d’introduction – et celle qui s’ensuivra dans un registre similaire –, l’approche ne se focalise pas sur l’acte en lui-même, mais sur son auteur. On assiste alors à un troublant jeu de mise en scène qui occulte le statut de victime sans pour autant la dépersonnifier, du moins dans un premier temps. Cet élément ne surviendra que bien plus tard dans la manière de se débarrasser des corps. On songe à enfouir le cadavre dans une arrière-cour en friche ou à en reléguer un autre dans une buanderie, comme un vulgaire paquet de linge sale.

De même, l’aspect procédural du modus operandi de John Christie se remarque aisément. Sous couvert de traitements thérapeutiques ou d’avortements clandestins, l’homme s’impose comme une figure d’autorité rassurante. Cela passe par un parler affirmé et un discours technique si la conversation s’y prête. Sa propension à manipuler son entourage accroît son emprise psychologique sur celui-ci ; qu’il s’agisse de sa femme au caractère moins effacé qu’escompté, de ses locataires ou de ses victimes potentielles. Le comportement de John Christie semble uniquement motivé par la possibilité de tuer. Entre névrose et plaisir consommé, on songe à deux facettes d’une personnalité autrement plus complexe.

Car les apparences jouent un rôle fondamental dans le développement de l’intrigue. En cela, Timothy Evans (John Hurt) reste la parfaite représentation d’un homme obsédé par son image. Derrière le fard de ses vêtements et de son physique, on devine un homme à la banalité confondante, presque pathétique dans ses tentatives de se hisser à un niveau social qui n’est pas le sien. Entre de pieux mensonges pour enjoliver le quotidien et son analphabétisme, il renvoie le visage d’une population esseulée, minée par la pauvreté. Autrement dit, des proies de choix pour John Christie qui, lui également, se pare des plus beaux atours pour endormir leur vigilance.

On n’assiste pas forcément à une confrontation des classes sociales ordinaires puisque chaque intervenant se conforme à un jeu de dupes dont il ne maîtrise pas tous les tenants. Et c’est en cela que l’ambiguïté des comportements et des aspirations se révèlent passionnantes dans le film de Fleischer. Mettre en exergue un idéal fantasmé dans la vie professionnelle ou privée, ainsi que dans le passage à l’acte. Entre frustration et déception, on assimile mieux l’aspect cyclique de leurs réactions ou leurs récidives dans le crime. Bien que les intérieurs demeurent exigus dans la majeure partie des plans, on notera également une parfaite gestion de l’espace, offrant une véritable dynamique aux mouvements de caméra. Ce qui donne l’impression de découvrir un environnement familier sous un jour différent pour chaque séquence.

Au final, L’étrangleur de Rillington Place reste un thriller à l’ambiance oppressante, tant pour son cadre restreint à un immeuble vétuste qu’au discours qu’il sous-tend. Faisant preuve d’une grande méticulosité dans la reconstitution des faits, Richard Fleischer s’attarde sur la psychologie des intervenants, fournissant par la même une belle résonnance à la théorie du renversement. Préférant se pencher sur les mécanismes qui régissent le passage à l’acte en lieu et place de celui-ci, le réalisateur dépeint le contexte et l’intrigue sous le prisme social. Ce dernier tendrait à offrir un début d’explication (et non de justification) sur des assassinats commis pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Pour ne rien gâcher, le tout est porté par la magistrale et dérangeante composition de Richard Attenborough.

Note : 16/20

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Par Dante

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