Sale Temps à l’Hôtel El Royale – Tarantino Style

Titre Original : Bad Times at the El Royale

De: Drew Goddard

Avec Jeff Bridges, Chris Hemsworth, Cynthia Erivo, Dakota Johnson

Année: 2018

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Janvier 1969. Alors que Richard Nixon entame son mandat comme 37e président des États-Unis, une nouvelle décennie se profile. À l’hôtel l’El Royale, un établissement autrefois luxueux désormais aussi fatigué que ses clients, sept âmes aussi perdues les unes que les autres débarquent.
Situé sur la frontière entre la Californie et le Nevada, l’El Royale promet la chaleur et la lumière du soleil à l’ouest, et l’espoir et les opportunités à l’est. Il incarne parfaitement le choc entre passé et présent. Autrefois, célébrités et personnalités politiques influentes s’y côtoyaient, au casino, au bar, à la piscine ou dans les suites somptueuses. Mais l’âge d’or du Royale est bel et bien révolu.
Dans cet hôtel oublié des riches et des puissants depuis longtemps, un prêtre, une chanteuse de soul, un voyageur de commerce, une hippie et sa sœur, un homme énigmatique, et le gérant de l’hôtel vont se retrouver par hasard… ou pas. Au cours d’une nuit comme seul le destin sait les orchestrer, tous auront une dernière chance de se racheter, avant que l’enfer ne se déchaîne…

Avis:

Après La cabane dans les bois, le scénariste Drew Goddard, à qui l’on doit également la série Daredevil, est de retour derrière la caméra avec Sale temps à l’hôtel el Royale. Porté par un casting de premier ordre : Jeff Bridges, Jon Hamm, Chris Hemsworth, Dakota Johnson et même une apparition de Xavier Dolan, le long métrage se rapproche souvent d’un délire Tarantinesque sans jamais le copier totalement.

Tarantino sort de ce corps

Sale temps à l’Hôtel el Royale devrait séduire les amateurs de films violents, funs, pops et à tiroirs. Drew Goddard se lance dans la veine tarantinesque pour réaliser un film très rythmé, dans lequel chacun porte un masque et n’est pas celui qu’il prétend. Des protagonistes aux caractères prononcés, aux buts différents, tous réunis par hasard ou non, au même endroit. Un scénario à tiroirs va s’en suivre grâce auquel chaque personnage va montrer son véritable visage. C’est ce qui fait la force du film : les personnages et les situations. Les scènes vont s’enchaîner, s’entrelacer, avec des répétitions via le point de vue d’un autre personnage, à la manière du cinéma de Inarritu, ou de l’oscarisé Collision. C’est dans ce système, toujours très dur à exprimer, que Sale temps à l’hôtel el Royale trouve son rythme et permet à chaque fois une nouvelle révélation. Le changement d’angle donne une toute autre analyse à une situation. Drew Goddard exploite totalement ce mode opératoire.

Mais outre cette approche, que Tarantino utilise parfois (Groom Service), ce n’est pas le seul point commun avec le cinéma de QT. Il y a bien évidemment les personnages : des solitaires dont le but diverge, qui se retrouvent par hasard dans le même hôtel, qui rappellent énormément Les Huits Salopards. Il y a également la mise en scène, très pop, qui repose énormément sur la musique omniprésente, comme QT aime le faire. Ensuite, il y a la violence bien évidemment et le final what the fuck avec l’arrivée in-extremis d’un tout dernier protagoniste à la manière de Channing Tatum dans le même western de QT. Enfin, les dialogues ne cessent de fuser, et permettent énormément de répliques et punchlines. Tout respire ce type de cinéma emmené par QT, les frères Coen, ou les anglais comme Matthew Vaughn, Danny Boyle ou Guy Ritchie. Un cinéma décomplexé, fun, terriblement divertissant. On regrettera simplement que Drew Goddard ne parvienne pas toujours à soutenir son rythme, et crée parfois quelques longueurs. D’autant que le long métrage est un huis clos dans ce fameux hôtel. Drew Goddard quitte donc parfois l’enseigne pour des flashbacks servant à introduire ou développer ses personnages. Quoi qu’il en soit, l’histoire est très bien trouvée et l’écriture des personnages très précise, ce qui permet à Sale temps à l’Hôtel el Royale de reprendre des codes cinématographiques sans les appliquer bêtement.

Une histoire parfaite pour les frères Coen

Malgré la très bonne qualité de Sale temps à l’hôtel el Royale, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’un autre cinéaste aurait fait avec cette histoire. Et au-delà de Quentin Tarantino, les frères Coen auraient insufflé une folie qui manque parfois au film. Parfois, Sale temps à l’hôtel el Royale est trop sage pour totalement séduire, trop fade en bouche malgré tous ses accompagnements. Le long métrage met en scène des loosers magnifiques, des laissés pour compte, des marginaux, des personnages que les frères Coen aiment filmer. Le duo sait parfaitement comment gérer ce genre de personnages, trouver le juste équilibre entre compassion et dédain, entre échec et réussite, entre folie et équilibre. Les personnages de Drew Goddard sont un peu à cette image. Mais Drew Goddard ne s’inspire pas uniquement du cinéma des frères Coen mais pioche également dans les westerns, les vieux films de braquage ou d’arnaque, ou encore le pseudo thriller à tendance sadique. Bref, une œuvre très généreuse qui offre un cinéma très divertissant, une œuvre intensément pop.

On retiendra également une mise en scène appliquée, à tiroirs, mais également portée par une photographie précise. Enfin, Jeff Bridges est renversant, comme à son habitude. Il incarne le meilleur rôle de ce film : un prêtre (ou pas) sur le déclin, touchant et dangereux, un Old Man Logan en puissance. Mais finalement, Sale temps à l’hôtel el royale ne devrait pas trop souffrir de la comparaison avec ses aînés, puisque Drew Goddard signe une œuvre parfaitement maîtrisée.

C’est comme si Tarantino était venu écrire le scénario, les personnages, les situations, et l’histoire, mais qu’il avait donné la réalisation à son enfant en cours d’apprentissage. Drew Goddard n’a pas le talent de QT pour mettre en scène la violence, les obsessions, les névroses et surtout les histoires à tiroirs. Sale temps à l’hôtel el royale est donc un film fun, rythmé, musical, violent, mais il manque d’un petit quelque chose que des réalisateurs comme QT ou les frères Coen auraient apporté. Malgré quelques longueurs, un film efficace et intriguant. Jeff Bridges est mémorable.

Note : 15/20

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Par Aubin

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