octobre 24, 2020

Quién te Cantarà

De : Carlos Vermut

Avec Najwa Nimri, Eva Llorach, Carme Elias, Natalia De Molina

Année : 2018

Pays : Espagne, France

Genre : Drame

Résumé :

Lila Cassen, ancienne star de la chanson des années 90, prépare son grand retour sur scène. Mais un accident la rend alors amnésique. Avec l’aide de Violeta, sa plus grande fan et imitatrice, Lila va apprendre à redevenir qui elle était.

Avis :

Réalisateur espagnol de trente-huit ans, Carlos Vermut est un cinéaste qui est encore peu connu. Bon, il faut dire qu’il en est qu’au début de sa carrière, puisque « Quién te cantará » et son troisième film et le deuxième à avoir un distributeur. « La niña de fuego » son deuxième long était sorti chez nous en 2015, quant à son premier film, « Diamond Flash« , comédie hybride de super-héros, est sorti directement en ligne et produit avec trois fois rien en 2011.

Allant à une avant-première sur Paris ce soir-là, j’avais quelques heures à tuer. Je me suis donc mis en tête de découvrir un film dont je n’avais pas entendu parler. Décortiquant le programme du cinéma dans lequel je me trouvais, je suis tombé sur ce film, qui titre en haut de son affiche « – Entre De Palma et Almodovar« … Franchement, il ne m’en fallait pas plus pour m’enfermer en salle deux heures, histoire de découvrir ce que j’espérais d’un coup comme un petit bijou et j’ai très bien fait, puisque « Quién te cantará » est une très belle surprise. Original, bouleversant et marquant, « Quién te cantará » fait partie de ces films qu’on n’attend pas et qui subliment notre soirée, pour le meilleur comme pour le meilleur.

Lila Cassen est une chanteuse star des années 90/2000, mais voilà dix ans qu’elle n’a plus fait un album, un concert, ni même chanté. Alors qu’elle prépare une tournée importante qui sonne comme le comeback des comebacks, Lila fait un malaise sur une plage. À son réveil, elle est amnésique. Un soir, son agent et amie Blanca tombe par hasard dans un karaoké sur Violeta, une fan absolue de Lila. Une fan qui connaît sa gestuelle et sa présence sur scène. Blanca propose alors à Violeta d’aider la chanteuse à se retrouver, à reprendre confiance en elle. Bref à redevenir LA grande star qu’elle était. Violeta accepte dans le plus grand secret évidemment.

Un film qui croiserait les univers de Pedro Almodovar et Brian De Palma, franchement qu’elle affiche accrocheuse. Une affiche qui fait donc la promesse d’un sacré spectacle et si on sent clairement l’ombre d’Almodovar sur le film, l’ombre de De Palma est bien moins marquée, mais ceci n’est pas bien grave, puisque « Quién te cantará » est un petit bijou de cinéma et d’intrigue.

Partant sur une idée originale qui fait énormément de promesses, Carlos Vermut nous livre-là un film qui est tout sauf facile et évident. « Quién te cantará » tient un scénario qui est quasi-hypnotique. Un scénario qui va faire des révélations inattendues et très touchantes. Un scénario qui va explorer des pistes, faisant passer son intrigue par plusieurs chemins. « Quién te cantará » est aussi bien un portrait de femmes qu’un drame humain, un drame social, ou encore un film qui a des allures de thriller manipulateur dans sa dernière ligne droite.

Ici, Carlos Vermut explore beaucoup de choses, la mémoire, la recherche d’identité, la gloire, le star-système (d’ailleurs, le film livre l’une des plus belles confessions du cinéma espagnol), l’idolâtrie, mais aussi la famille, l’amour mère/fille, la jeunesse, le choc des générations. Bref, le film est très riche et jamais son réalisateur ne se perd, livrant un film abouti jusqu’à son final. Final par ailleurs ô combien marquant. Carlos Vermut sait piquer notre curiosité en permanence, faisant de « Quién te cantará« , un objet poétique, tendu, étrange, malsain parfois en même temps, un objet tendre, où l’on a envie de se sentir en sécurité. Carlos Vermut sait parfaitement mélanger les genres, il sait nuancer, il sait bousculer. Bref, c’est du bien bel art tout ceci.

« Quién te cantará« , c’est un film qui respire le travail. On notera par exemple le sublime travail sur la musique du film et les chansons qu’on trouve. On notera aussi un esthétisme remarquable. La mise en scène est sublime, truffée de moments de grâce et de plans incroyables. Carlos Vermut sait filmer et son « Quién te cantará » est un petit bijou à simplement regarder.

Si « Quién te cantará » rappelle le cinéma de Pedro Almodovar, c’est aussi beaucoup dans la façon que le réalisateur a de mettre en scène et filmer ses actrices. Pour son duo d’actrices, Carlos Vermut a choisi Eva Llorach, qu’il avait déjà fait tourner dans « La niña de fuego » et la chanteuse pop et actrice Najwa Nimri, et autant dire que les deux femmes crèvent tout simplement l’écran. Elles sont charismatiques, pour ne pas dire iconiques. Elles sont aussi bouleversantes qu’elles peuvent être inquiétantes. On est littéralement captivé par ces deux personnages qu’on a envie de suivre jusqu’au bout, même si cela inclus que ça puisse peut-être très mal se finir.

Il y a des films qu’on n’attend pas, des films dont on ne soupçonne pas l’existence le matin quand on se lève et qui deviennent le soir l’une des plus belles surprises de notre journée et clairement « Quién te cantará » de Carlos Vermut fait partie de ceux-là. Prenante, passionnante, poétique et tendue, cette quête de soi mérite qu’on s’arrête sur elle. Et surtout elle mérite bien plus que les trente-cinq courageuses salles qui lui sont réservées. Donc si jamais vous avez la chance d’avoir une courageuse salle à côté de chez vous, n’hésitez pas.

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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