Homunculus – James P. Blaylock

Auteur : James P. Blaylock

Editeur : Bragelonne

Genre : Steampunk

Résumé :

Sa taille, dit-on, n’excède pas vingt centimètres. Il serait omniscient et omnipotent, capable d’abolir les frontières de la vie, de la mort, du temps. Seuls quelques initiés, en cette fin de XIXe siècle, connaissent son existence. Seulement voilà : l’homuncule, cette prodigieuse créature, est pour l’heure prisonnier d’une mystérieuse cassette. Quiconque se l’appropriera héritera du même coup des clés de l’éternité. Hélas ! la fameuse boîte a disparu…
Commence alors, sur fond de fog londonien, une course-poursuite délirante entre les suppôts du Mal un acnéique paranoïaque, un milliardaire dépravé, un savant fou et bossu, une poignée de zombis — et les forces du Bien — un club de scientifiques très peu préparés à leur rôle de justiciers… Comparée à tous ces énergumènes, Pandore était une sainte !

Avis :

Si l’on peut considérer Jules Verne comme l’un des précurseurs du steampunk, le genre a connu son essor au cours des années 1980 avec trois auteurs. Tim Powers qui a écrit Les voies d’Anubis. Kevin Wayne Jeter, responsable de Morlock Night, la suite de La machine à explorer le temps. Et enfin James Blaylock qui nous occupe aujourd’hui avec Homunculus. Cette trinité compile à elle seule les bases et les codes qui définissent le steampunk. En l’occurrence, un contexte fin XIXe siècle victorien où s’entrecroisent des personnages farfelus, des inventions baroques et de sombres affairismes dans les bas-fonds londoniens. Plus de trente ans après sa sortie, le présent ouvrage reste-t-il une œuvre fondamentale dans son domaine ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’entame se veut délicate à aborder. Non pas que les événements décrits soient inintéressants, mais plutôt décousus. Comprenez que l’on assiste à une succession de faits dont le liant n’est guère apparent, voire inexistant au regard d’une évolution ultérieure. On passe d’un point de vue à un autre sans trouver de réelles transitions ou une bonne fluidité dans la progression. De fait, on a l’impression de parcourir une multitude d’histoires annexes. La sensation est similaire à un film à sketches, sans que le procédé, dans le cas présent, soit assumé ou même volontaire. De là à dire que la ligne directrice se révèle absente pendant une majeure partie du récit, il n’y a qu’un pas.

Il s’agit du principal défaut du livre puisque ce choix narratif oblige le lecteur à se replonger plus difficilement qu’à l’accoutumée. Chose étrange, le style de l’auteur n’en est nullement la cause. La lecture reste plaisante dans les séquences d’action assez rythmées et les descriptions fouillées des différents lieux visités. En revanche, l’une des explications de ce détachement peut résulter du foisonnement de protagonistes à reconnaître et à replacer dans le contexte. Pour ne rien arranger, la caractérisation manque de répondant pour que les personnages demeurent marquants. De plus, leurs interactions ne sont pas toujours bien établies.

Pourtant, l’atmosphère est parfaitement représentée, jouant sur de nombreux tableaux. À commencer par le détournement historique, mais aussi en usant de certaines ficelles propres au fantastique, à la science-fiction, voire à l’horreur. Des zombies aux extraterrestres, en passant par quelques sombres desseins relatifs à l’alchimie ; l’homuncule est une version miniature d’un être dont la reproduction s’assimile à la quête de la pierre philosophale. Les thématiques sont multiples et disparates et s’incorporent parfaitement dans cet univers baroque. À ce titre, la confrontation de certains d’entre eux offre des séquences assez singulières, non dénuées d’humour.

Indissociable du steampunk, cet aspect tient surtout à quelques réparties bien appuyées, ainsi qu’à des jeux de mots habiles et des phrases subtiles. En cela, tous les ingrédients du genre sont présents, même si l’on sent le côté expérimental, voire embryonnaire, de l’initiative. Bien que la chronologie importe peu en de telles circonstances, les notions sont évoquées cahin-caha avec, là encore, une propension évidente aux digressions qui tendent à perdre le lecteur. Emporté dans son propre monde, l’auteur n’a pas vraiment réussi à canaliser son potentiel. Preuve en est avec des aboutissants évasifs qui n’éclaircissent guère certaines interrogations initiales.

Au final, le livre de James Blaylock souffle le chaud et le froid, initiant un genre à part entière tout en s’affublant de lourdeurs facilement dissociables du steampunk. Ne serait-ce que pour son importance dans la création du steampunk, Homunculus mérite que l’on s’y attarde. Toutefois, le roman souffre de nombreuses maladresses. À commencer par une histoire confuse qui privilégie le développement de son ambiance décalée, très réussie, à la cohérence et l’intelligibilité de sa trame. Il n’en reste pas moins un univers intéressant et une lecture distrayante, bien que la rigueur de sa progression demeure perfectible et aurait gagné à un peu plus de constance.

Note : 13,5/20

Par Dante

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