Pestilence – Hadeon

Avis :

Les changements de line-up sont monnaie courante dans le domaine musical et il arrive parfois que cela fasse plus de bien que de mal à certains groupes. Si le plus souvent cela concerne un membre d’une fondation, il est plus rare que tout le monde se barre d’un même projet, et que ledit projet continue malgré son petit bonhomme de chemin. En ce sens, Pestilence possède une longévité hors norme pour un parcours plus que chaotique. Formé aux Pays-Bas à Enschede au milieu des années 80, Pestilence se fait très vite remarquer par Roadrunner Records pour le thrash très énergique. Le groupe sort alors quelques albums avant de complètement splitter en 1994. Mais le frontman, Patrick Mameli, est une forte tête et ne compte pas laisser le groupe. Il reforme alors Pestilence en 2008, qui se séparera une deuxième fois en 2014 suite à l’accueil très froid de Obsideo, septième effort du groupe. Fort d’un caractère de cochon, dégainant sa langue de vipère pour cracher sur les groupes de Death actuels en disant qu’ils ne savent pas jouer, il reforme son groupe en 2016 pour fournir un huitième album deux ans plus tard. Hadeon est donc le dernier album en date d’un groupe qui semble bien décidé à prendre sa revanche sur la scène Death. Est-ce alors réussi ? Pas vraiment…

Le skeud débute avec Unholy Transcript et il s’agit d’une introduction instrumentale qui permet de rentrer dans un univers en corrélation avec la jaquette, c’est-à-dire un délire horrifique à mi-chemin entre le post-apo et la science-fiction. Le morceau est assez anecdotique mais il suscite l’étonnement et surtout l’envie de voir ce que donne la suite. Avec Non Physical Existent, le groupe lâche de suite les riffs lourds et la batterie qui tabasse pour offrir quelque chose qui va vite, très vite et qui possède une mélodie très classique dans le domaine du Death. Lorsque Patrick Mameli pose sa voix, alors c’est un déluge de violence qui s’abat sur nos oreilles. Entre Deicide et Dying Fetus, le groupe ne fait pas dans la dentelle et fonce tête baissée dans un délire Death poussif et parfois un peu redondant. D’ailleurs, ici, le groupe ne cherche pas forcément la prouesse technique, mais plutôt de bourriner à tout va, dans l’espoir de faire hocher les têtes. Alors oui, on aura droit à un petit break et un solo rapide, mais rien de bien alléchant à se mettre sous la dent. Lors que démarre Multi Dimensional, on reste dans la même veine, mais avec un son qui revient souvent, notamment lors du refrain, et qui s’avère plutôt marrant. Néanmoins, le groupe essaye d’aller encore plus vite, quitte à en perdre la mélodie, voulant toujours faire plus fort et plus sale. Si cela peut marcher de temps à autre, ça reste très poussif. Et des titres de ce genre, l’album en est rempli, comme avec Materialization, Timeless ou encore Ultra Demons. Des titres nerveux, trop, et qui peuvent sembler totalement génériques.

Fort heureusement, le groupe propose d’autres choses au sein de Hadeon. La première chose qui frappe un peu, c’est la piste instrumentale au milieu de l’album, Subvisions, qui est un mélange de jazz et de musique du monde, permettant à l’auditeur de se reposer un peu les oreilles. Si cela pourra gonfler les fans hardcore du groupe, c’est aussi là que l’on entend le mieux la technicité des musiciens. Eh oui, quand ça tabasse trop vite et trop fort, on a parfois du mal à entendre les lignes de basse ou à bien saisir les notes de guitare. Or, là, c’est limpide et parfaitement exécuté. Une ligne de basse violente que l’on pourra entendre dans le début de Manifestations, un titre qui lorgne plus vers le Thrash, tout du moins en son début. L’autre bon point de l’album, c’est qu’il reste très raccord avec sa thématique et son délire horrifique de l’espace. Les voix transformées qui forment des breaks étranges dans Astral Projection renforcent un sentiment d’obscurité prégnant, tout comme les moments en dehors du temps de Discarnate Entity qui offrent une belle introduction avant de lâcher les fauves et de faire dans le gras pur et simple. Alors oui, on pourrait croire qu’il y a peu de choses intéressantes dans cet album, mais ce n’est pas tout à fait vrai. S’il y a une vraie redondance dans les rythmiques et que le groupe semble un peu perdu dans son style, techniquement, c’est irréprochable et les musiciens sont impeccables, ce qui fait que Hadeon est finalement un album plutôt sympathique

Au final, Hadeon, le dernier album en date de Pestilence (un doux nom qui respire la joie de vivre), est une semi-réussite comme il peut être vu comme une semi-déception. On reste partagé entre les moments en lien avec la thématique de l’album et la redondance lénifiante d’un tel effort, qui ne dépasse d’ailleurs pas les quarante minutes d’écoute. C’est dense, mais ça reste souvent la même chose et c’est bien dommage. Quand on sait que le leader du groupe grinçait des dents en disant que les jeunes groupes de Death n’avait pas de talent, il semblerait qu’eux ont au moins des idées et de l’envie, contrairement à Pestilence qui pédale un peu dans la semoule.

  1. Unholy Transcript
  2. Non Physical Existent
  3. Multi Dimensional
  4. Oversoul
  5. Materialization
  6. Astral Projection
  7. Discarnate Entity
  8. Subvisions
  9. Manifestations
  10. Timeless
  11. Ultra Demons
  12. Layers of Reality
  13. Electro Magnetic

Note : 12/20

Image de prévisualisation YouTube

Par AqME

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net