La Salamandre

Titre Original : The Salamander

De : Peter Zinner

Avec Franco Nero, Anthony Quinn, Martin Balsam, Sybil Danning

Année : 1981

Pays : Angleterre, Italie

Genre : Espionnage

Résumé :

En Italie, le carabinier Dante Matucci enquête sur la mort d’un officier italien. Sur les lieux du crime, il découvre la photo d’une Salamandre. En enquêtant, Matucci met au jour un complot impliquant les plus hauts dignitaires du pays.

Avis :

En raison de sa portée et de ses objectifs, le film d’espionnage est, plus que n’importe quel autre genre, en mesure de retranscrire avec justesse un contexte sociopolitique précis. À côté de productions spectaculaires, ce type de métrage se destine à explorer l’aspect sous-jacent des affaires d’État. Bien fait, il peut se révéler une critique particulièrement âpre de certains régimes. En marge des OSS 117 et de certaines occurrences légères, la production italienne a fourni quelques efforts assez méconnus, comme Piège nazi pour 7 sept espions ou encore La nuit des espions. Unique réalisation de Peter Zinner (monteur sur Le Parrain, Voyage au bout de l’enfer…), La salamandre se penche sur les années de plomb.

Cette période trouble de l’histoire européenne se caractérise par une montée en puissance des extrémismes. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, cela peut paraître surprenant, mais de nombreux pays ont été concernés, notamment l’Espagne, la France et l’Italie. Cette dernière étant frappée par les Brigades rouges ou les Noyaux armés révolutionnaires. Un contexte pour le moins houleux qui mérite d’être évoqué pour saisir la complexité sous-jacente de l’intrigue, du fonctionnement des services secrets italiens, sans oublier les rôles des différents protagonistes. Par ailleurs, la brève introduction sur fond d’enterrement, élément déclencheur des hostilités, offre des repères pour mieux situer les événements.

Car l’apparente simplicité de l’histoire dévoile progressivement des enjeux et des implications qui se hissent au-delà de l’assassinat politique. Comme tout bon film d’espionnage qui se respecte, les faux-semblants et les intérêts personnels influent directement sur l’évolution narrative. Chantage, opportunisme et contraintes en tout genre développent des justifications relativement pertinentes au regard des intervenants concernés. Entre jeux de dupes et exécutions sommaires, le récit présente un excellent équilibre entre des péripéties rythmées (fusillades, course-poursuite…) et des explications plus expansives dans la manière de déjouer les méfaits des antagonistes.

Contrairement à d’autres productions des années 1970 et 1980 où il était coutume de diaboliser l’ennemi, La salamandre demeure plus ambivalent dans ses propos. Un traitement avant-gardiste qui, une quinzaine d’années avant la fin de la guerre froide, laissait présager un rapprochement des blocs de l’Est et de l’Ouest. Certes, il n’est pas question du communisme en ces circonstances, mais l’allusion a le mérite d’être présente. D’ailleurs, les dissensions politiques sont tournées de fort belle manière pour démontrer que la menace vient de l’intérieur par une thèse complotiste crédible. Les propos de Christopher Lee sont assez représentatifs en mettant en avant les tendances capricieuses à ce que les amis deviennent ennemis et inversement.

L’atmosphère générale reste foncièrement anxiogène. On songe à la séance de tortures qui usent de méthodes plus « raffinées » qu’à l’accoutumée ou encore l’écoute plus ou moins évidente de certains échanges. Tour à tour suggestif ou explicite, cet aspect apporte davantage de tension dans les interrogatoires ou même pour de simples conversations. Cela semble classique, mais le résultat suscite réellement l’appréhension, laissant croire à une possible intervention dans la foulée ou des dispositions ultérieures sur les investigations menées par Dante Matucci (Franco Nero).

Entre thriller politique et film d’espionnage, La salamandre bénéficie d’une intrigue maîtrisée qui dévoile ses nuances avec une certaine habileté. Si l’approche peut paraître délicate, notamment par rapport à un contexte moins connu que la Guerre froide, il n’en demeure pas moins que les manipulations du pouvoir et de ceux qui le convoitent sont aussi méticuleuses que tentaculaires. Servi par un casting quatre étoiles, le film de Peter Zinner se distingue également par un discours à cheval entre le spectre du nazisme et la montée des extrémismes. Si l’on songe au cadre des dictatures occidentales, le message sous-jacent ne pratique pas la langue de bois. L’histoire dénonce et dépeint les excès d’arrivistes militaires et civils, sous toutes les formes possibles. Un développement sans concession pour un film cohérent et pertinent dans ses propos.

Note : 16/20

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Par Dante

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