décembre 5, 2020

Alice in Chains – Rainier Fog

Avis :

Si on connait particulièrement bien le Big Four du thrash (c’est-à-dire, pour les incultes, Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax), il existe aussi un Big Four concernant le grunge issu de la scène de Seattle. Si tout le monde se doute bien qu’il y a à l’intérieur Nirvana et Soundgarden, il faut aussi y ajouter Pearl Jam et Alice in Chains. Ce dernier groupe est fondé en 1987 autour du guitariste Jerry Cantrell et du chanteur Layne Staley. Le groupe est rapidement acclamé par la presse comme par le public et il va connaître un succès fulgurant dès 1990 avec Facelift. Bien évidemment, comme tout groupe culte, Alice in Chains va connaître des moments de flottement, notamment à la fin des années 90, où Jerry Cantrell se sentira incapable de composer avec le groupe, faisant alors un album solo et c’est en 2002 que Layne Staley meurt d’une overdose. Le groupe est alors incertain jusqu’à sa reformation en 2005 et un nouvel album en 2009. Et après un tel drame, le groupe prouvera qu’il a réussi à renaître de ses cendres, puisque Black Gives Way to Blue devient l’un des meilleurs albums du groupe. A la fois dépressif et addictif, l’album devient une référence rock et grunge et montre que la formation est plus en forme que jamais. Continuant sur sa lancée, c’est quatre ans plus tard que sort The Devil Puts Dinosaurs Here et c’est une fois de plus un album éclatant. Alors qu’attendre de Rainier Fog qui arrive cinq ans plus tard ? Une continuité certainement, mais le groupe va servir quelque chose d’encore plus chaud bouillant.

Commençant avec The One You Know, le groupe sort les gros riffs en introduction pour proposer quelque chose de lourd, mais qui va s’aérer au fur et à mesure des notes. Le titre se laisse doucement approcher comme une bête sauvage et il commence ensuite à s’insinuer grandement dans nos tympans. Le rythme est assez lancinant, puis le refrain emporte tout sur son passage, avant de laisser Cantrell se faire plaisir sur un court solo plein de virtuosité. Pas de doute, Alice in Chains est bel et bien de retour et continue sur sa lancée incroyable, sur un sans-faute rare et précieux. C’est alors que surgit Rainier Fog et c’est une fois de plus un bonheur auditif. Plus rapide que le titre précédent, plus rock’n’roll aussi, le titre agit rapidement, ne laisse que peu de répit et se découvre après plusieurs écoutes. Dès que le titre commence, on est pris dans cette spirale plaisante et surtout, le changement est assez intéressant, passant d’un titre assez lourd et lent à quelque chose de plus rythmé, mais d’aussi lourd au niveau des sonorités. On retrouvera cette vivacité, cette envie de faire du gros rock bien puissant avec Drone, qui restera l’un des meilleurs morceaux de l’album. Plus complexe que les autres titres, puisant sa rythmique dans un blues ancestral, le groupe livre un titre proche de la perfection. D’autant plus que le morceau est assez long, dépassant les cinq minutes, et l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. On pourrait aussi évoquer Red Giant et son envie d’en découdre dès le départ, ou encore de So Far Under, certainement le titre le plus violent de l’album, mais qui sonne d’une telle pureté que ça en devient presque indécent.

Et avec Rainier Fog, Alice in Chains ne propose pas que du rock bien nerveux et construit avec une justesse folle. Le groupe sait aussi se faire doux, ou plus aérien, et c’est en alternance avec les titres plus pêchus que l’on retrouve des moments plus étonnants, mais toujours aussi prenants. On peut parler de Fly, le premier vrai titre assez lent et plus léger, qui rappelle les plus belles heures de Soundgarden dans son introduction (RIP Chris Cornell). Le moment est très gracieux, très envoûtant et on a vraiment l’impression que tout ce que touche Jerry Cantrell se transforme en or. C’est à la fois beau et touchant, tout en gardant une certaine innocence. Bref, c’est très bon, surtout si ajoute en arrière-plan une certaine note assez dense qui noircit le tout. Deaf Ears Blind Eyes est dans le même tempo, mais demeure plus lourd et plus dépressif, avec un chant plus lancinant. Et que dire de Maybe, un titre là-aussi assez léger, mais qui possède un refrain hyper catchy, qui accroche immédiatement et qui donne toute la saveur de ce titre qui ne partait pourtant pas gagnant. Enfin, difficile de passer outre All I Am, qui clôture l’album de la plus belle des façons. Créant une boucle avec le premier titre, cette dernière piste est d’une beauté incroyable, dépassant les sept minutes sans aucune anicroche et offrant tout ce qu’Alice in Chains fait de mieux, un récit doux, assez sombre, et construit à la perfection.

Au final, on pourrait croire qu’il y a vraiment de la magie dans les cordes de Jerry Cantrell, que ce soit d’un point de vue vocal ou technique sur sa gratte. Rainier Fog contient tous les éléments pour devenir un grand album et passer à la postérité tant il est d’une richesse incroyable et demeure cisaillé au millimètre près. Il s’agit certainement de l’un des meilleurs albums de l’année et peut-être même l’un des meilleurs du groupe, c’est pour dire la maestria de cette galette.

  1. The One You Know
  2. Rainier Fog
  3. Red Giant
  4. Fly
  5. Drone
  6. Deaf Ears Blind Eyes
  7. Maybe
  8. So Far Under
  9. Never Fade
  10. All I Am

Note : 19/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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