octobre 26, 2020

Le Poulain – Magouille Politique

De : Mathieu Sapin

Avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen, Valérie Karsenti

Année : 2018

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Arnaud Jaurès, 25 ans, novice en politique, intègre par un concours de circonstances l’équipe de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Il devient l’assistant de Agnès Karadzic, directrice de la communication, une femme de pouvoir et d’expérience qui l’attire et le fascine.
Sans l’épargner, elle l’initie aux tactiques de campagne, et à ses côtés il observe les coups de théâtre et les rivalités au sein de l’équipe, abandonnant peu à peu sa naïveté pour gravir les échelons, jusqu’à un poste très stratégique.

Avis :

Si Mathieu Sapin est un « poulain » dans l’industrie du cinéma, le réalisateur de quarante-trois ans est loin d’être un inconnu. Dessinateur et scénariste de bande dessinée, Mathieu Sapin, c’est des dessins et des idées depuis le milieu des années 90, avant créer sa BD « Supermurgeman« . Depuis, le dessinateur a créé plusieurs autres histoires. Le cinéma lui est venu assez tard et par le biais du documentaire, puisque Mathieu Sapin a suivi et fait un documentaire sur Gérard Depardieu en Azerbaïdjan afin de reproduire le voyage d’Alexandre Legrand. Par la suite, Mathieu Sapin, désormais réalisateur, s’intéresse au pouvoir et ainsi, il va suivre François Hollande des primaires socialistes jusqu’à son investiture à l’Elysée, et même plus.

Fort de son expérience, il trouve qu’il y avait matière à faire un film. Ainsi, après le documentaire, Mathieu Sapin se lance dans la réalisation de fiction, et le résultat va être on ne peut plus plaisant. Partant sur les routes de la comédie, avec « Le poulain« , Mathieu Sapin livre surtout une satire du monde politique et le portrait qui est fait ici est très loin d’être joli. Bienvenue donc dans un monde où règnent le personnel, l’égocentrisme et la langue de bois !

Arnaud Jaurès, vingt-cinq ans, avait un projet, partir au Canada avec sa copine afin de créer une ONG qui viendrait en aide aux Inuits. Mais par un heureux ou malheureux concours de circonstances, le voilà qu’il entre dans la sphère d’une candidate à la une primaire politique. Et des élections primaires aux élections présidentielles, il n’y a qu’un pas.

La bonne petite surprise de cette semaine, c’est ce « … poulain« . Et oui, on peut parler d’une surprise, car si le sujet pouvait être intéressant, entre son affiche vraiment pas terrible et absolument pas représentative du film, agrémentée de petites phrases d’accroche tendancieuses, un film qui veut mettre Alexandra Lamy en premier plan, et le fait tout simplement que ce soit une comédie française, il y avait avec ce premier film pour Mathieu Sapin de quoi avoir des méfiances. La curiosité aidant, c’est donc surpris et amusé que l’on ressort de la salle.

« Le poulain« , c’est donc les coulisses du pouvoir, qu’on va découvrir à travers les yeux d’un jeune homme innocent et naïf. Ce que l’on va très vite remarquer avec ce « … poulain« , c’est la qualité de l’écriture de Mathieu Sapin. Avec ce film, le réalisateur nous entraîne avec amusement et une certaine tragédie dans les secrets de la politique et le monde qu’il va peindre ici est loin d’être glorieux. La politique, c’est une jungle où seule règne la loi du plus fort. C’est une jungle qui a ses codes, qu’il faut comprendre et accepter. La satire est franche, et c’est avec une pointe de caricature que Mathieu Sapin nous décrit un monde de secret, d’hypocrisie, de jalousie, de complot, un monde d’égoïsme et d’égocentrisme. Un monde où règne l’apparence plus que la passion chez certains hommes et certaines femmes. Le scénario est riche, et le sujet est particulièrement bien traité, et le fait que Mathieu Sapin pousse parfois dans la caricature rend la satire encore plus amusante. De plus, avec ce film, même si son réalisateur ne juge personne (ou alors il juge tout le monde), on sent qu’il y a beaucoup de vérité, y mettant sûrement beaucoup de ce qu’il a vu et entendu pour la campagne de François Hollande. Certains moments et certaines décisions sont de véritables parties d’échec où il faut avoir un coup d’avance pour faire carrière. On notera que le réalisateur a su rester dans le divertissement, ne devenant jamais lourd ou pompeux dans sa politique et les discours que tiennent les personnages. Puis l’idée de de nouveau découvrir ce monde à travers les yeux d’un novice développe aussi bien l’amusement que la critique.

Enfin, toujours grâce à ce scénario construit et riche, le film aborde plein de questions. Comment monte-t-on une campagne ? Les financements d’une campagne ? La stratégie du pouvoir ? L’importance de l’opinion publique ? Les scandales ? Le choix des mots, des discours. Les intéressés, l’opportunisme qui règne, la peur du politique… Bref, comme je le disais, le film est riche. Et en plus de cela, il est savoureusement interprété. On se régalera de Finnegan Oldfield qui tient là le premier rôle (et non ce n’est pas Alexandra Lamy, comme l’affiche veut nous le faire croire). Le jeune acteur, qui a déjà une belle carrière, continue de faire les bons choix et c’est un plaisir de le suivre dans l’évolution de son personnage au cours des différents ralliements de la campagne qu’il suit. Alexandra Lamy est très plaisante dans un rôle à contre-courant de ce qu’elle fait habituellement. Elle reste drôle, mais son rôle est bien plus ambigu que cela. Puis comment ne pas succomber à Gilles Cohen en candidat à la présidentielle. Comme il est aussi impossible de résister aux apparitions de Philippe Katherine.

Reste alors dans ce joli tableau une mise en scène qui a parfois de belles idées (les différentes variations de « La Marseillaise » en fond BO), mais qui dans le fond reste sans grande originalité. Mais bon, comme le film fonctionne et qu’il est efficace, ce petit manque d’un côté est largement canalisé de l’autre.

« Le poulain » est donc la bonne surprise de la semaine. Bonne comédie avec du fond, pour son premier film Mathieu Sapin nous livre une satire aussi amusante qu’elle est plaisante et ça fait du bien. Décidément, le cinéma français est en forme ces derniers temps.

Note : 14/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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