Blancanieves

De : Pablo Berger

Avec Maribel Verdu, Macarena Garcia, Daniel Gimenez Cacho, Angela Molina

Année : 2013

Pays : Espagne

Genre : Drame

Résumé :

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de « Blancanieves ». C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable…

Avis :

Réalisateur espagnol au parcours atypique, Pablo Berger c’est tout d’abord un court-métrage fin des années 80, avant de s’exiler plusieurs années aux Etats-Unis grâce à une bourse obtenue aux débuts des années 90. Pablo Berger va travailler dans la publicité et le clip, avant d’enseigner dans les plus grandes universités des États-Unis. À son actif, il a les universités de New-York, Princeton et Yale. Il a même enseigné à celle de Cambridge en Angleterre. Bref, après plus d’une dizaine d’années, il rentre en Espagne pour tourner son premier film, « Torremolinos 73 » qui sortira en 2003. Un premier film qui trouvera son petit succès.

Après ça, le réalisateur ne va plus donner de nouvelles pendant dix ans, jusqu’à ce qu’il présente « Blanca Nieves« . Loin de ce qui se fait ces dernières années, pour son deuxième film le réalisateur est de retour avec ce qui sera sûrement le projet le plus audacieux, pour ne pas dire fou, de sa carrière. Imaginez donc, après dix ans, Pablo Berger revient avec une adaptation plus que libre du « Blanche Neige« , tourner en noir et blanc, en muet, et le tout à la sauce espagnole, agrémentée de tauromachie… Il fallait vraiment l’oser et le résultat est incroyable, bluffant et prodigieux. Un petit prodige qui rapportera à son réalisateur pas moins de dix Goya, dont celui du meilleur film et c’est plus qu’amplement mérité !

Dans les années 20 à Seville, Antonio Villalta est le plus célèbre des matadors. Il est marié à la sublime Carmen avec laquelle il attend un enfant. Mais ce bonheur va céder et il voit sa vie détruite en un rien de temps quand les flashes d’un photographe excitent et rendent le taureau imprévisible. Dans la même journée, il va perdre ses jambes, il va perdre sa femme, qui mourra en couche, rejettera son enfant et tombera sans s’en rendre compte sous les manipulations d’une infirmière avide d’argent. Des années plus tard, à la mort d’Antonio, son enfant échappera à une tentative d’assassinat de celle qui est devenue sa belle-mère. Recueillie par une bande de nains saltimbanques, la jeune fille qu’on renomme Blanca Nieves (Blanche Neige par rapport au conte) deviendra une grande matador…

Incroyable, envoûtant, déstabilisant, émouvant, poétique, on a bien du mal à placer les mots justes pour aborder « Blanca Nieves« . Avec ce film, Pablo Berger réinvente « Blanche Neige » comme personne ne l’avait fait ! Partant d’avant la naissance du personnage, Pablo Berger s’aventure à nous raconter une histoire aussi sublime qu’elle est d’une très grande cruauté. Original et inventif, le réalisateur nous offre une autre vision du conte et offre un autre genre de cinéma, bien loin des conventions.

Ce qui est magique, car oui, c’est bien de la magie, c’est le fait que le réalisateur arrive tout le temps à nous surprendre, nous envoûter et nous enchanter avec une histoire qu’on connaît pourtant par cœur. Ici, Pablo Berger change tout et garde tout de l’histoire originale, ce qui fait qu’on prend un plaisir incroyable à redécouvrir ce conte.

Alors avec un projet aussi fou que celui-ci, on pourrait penser que c’est de la démonstration et que finalement, le réalisateur veut se faire mousser avec un film qui sort des conventions, pour qu’on le remarque, mais ce n’est absolument pas le cas ici. L’idée de tourner en muet apporte beaucoup de profondeur et de beauté à ce conte. Ça lui apporte de la poésie, un certain suspens et surtout un énorme sens de l’imaginaire, puisque l’on ne peut que deviner certains dialogues entre les personnages.

Puis il y a l’idée de faire un film en noir et blanc et là encore, c’est incroyable. Outre le fait que la photographie soit une œuvre d’art à elle seule, on notera la richesse des plans, la beauté qui ressort de chaque image. Avec ce noir et blanc, « Blanca Nieves » a des allures de comédie burlesque par moments, et à d’autres moments, il sera un drame d’une grande noirceur. Un drame terrible, cruel, ayant presque un côté « Freaks« , un côté où chaque ombre fait ressortir la tragédie. On sent que Pablo Berger a réfléchi et travaillé son projet. On sent qu’il n’est pas là pour nous en mettre plein la vue. Non, il est là pour nous emporter dans un univers et nous faire une histoire autrement, et ça fait bien plus que fonctionner.

On ajoutera à cela le casting incroyable, où chaque comédien est une révélation, même ceux qu’on connaissait déjà. Maribel Verdú est bluffante et terrifiante de bout en bout ! On ne peut qu’être touché par la jeune Sofía Oria et Macarena García qui incarnent toutes deux Blanche Neige à différents âges. Daniel Giménez Cacho est incroyable en père anéanti. Quant à la troupe qui compose les nains, ils sont géniaux.

Pour son deuxième film, Pablo Berger nous offre un petit chef d’œuvre aussi bouleversant qu’envoûtant et marquant. Superbe, magnétique, poétique, ravageur, « Blanca Nieves » était plus qu’osé et c’est une réussite totale. Une réussite qui fait naître en moi un regret, l’avoir découvert seulement sur ma petite télé, parce qu’avec une telle œuvre, on ne peut qu’imaginer l’impact plus puissant encore avec l’expérience de la salle. Bref, « Blanca Nieves » est une merveille immanquable.

Note : 18/20

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Par Cinéted

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