octobre 29, 2020

Dementia 13

De : Francis Ford Coppola

Avec William Campbell, Luana Anders, Patrick Magee, Eithne Dunne

Année: 1963

Pays: Irlande, Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

En Irlande, une série de meurtres à la hache provoque la terreur.

Avis:

Francis Ford Coppola fait partie de ces rares réalisateurs à être devenus des légendes vivantes de par la force de leur travail. Avec des films aussi cultes que la trilogie du Parrain, Apocalypse Now, Peggy Sue s’est Mariée ou encore Dracula et Conversation Secrète, le cinéaste s’est forgé une filmographie en béton armée, qui est un peu tombée en désuétude vers la fin de sa carrière. En effet, l’homme n’a plus rien réalisé depuis 2012 et son Twixt, film d’horreur éthéré qui essayait de renouer avec ses premiers amours, à savoir Dracula mais aussi et surtout Dementia 13. Il faut bien commencer par quelque chose et bon nombre de réalisateurs se sont lancés dans l’horreur, terreau fertile et aux coudées franches pour se faire connaître et laisser libre cours à sa pensée. S’inspirant à la fois des films de la Hammer et de certains de chez RKO, Francis Ford Coppola livre en 1963 un premier film étrange, à la fois moderne (pour l’époque) et complètement désuet, qui semble vouloir Alfred Hitchcock, sans pour autant y parvenir. Car oui, si Dementia 13 est un objet culturel intéressant pour voir l’évolution d’un cinéaste, il est aussi un film de fin d’études maladroit et terriblement ennuyeux.

Le film démarre dans un noir complet, puis s’éclaircit lentement, présentant un couple dysfonctionnel qui se dispute à bord d’une barque. Il y est question d’héritage et de repas familial. Soudain, l’homme meurt d’une crise cardiaque, et la femme le jette à l’eau, faisant croire à la famille de son défunt mari qu’il est toujours en vie mais pris par son travail. Ce sera alors l’occasion de rencontrer une famille étrange, avec un rituel pour le moins glauque. En effet, le mari mort a deux frères, un sculpteur impétueux et colérique, et un jeune frère plus réservé, plus « gentil ». On rencontrera bien évidemment la mère, une marâtre qui n’aime pas ses belles-filles, et on nous dira qu’il y avait une fille dans la famille, mais qu’elle est morte noyée dans le bassin jouxtant le château et qu’elle hante encore les lieux. Le film part donc sur deux faits étranges: une famille un peu creepy et un lieu qui semble hostile et fantasmagorique. Là-dessus, on verra rapidement les points d’ancrage du cinéaste; à savoir un cinéma britannique brumeux, dignes des films de la Hammer, mais aussi une grande inspiration de la nouvelle vague horrifique américaine avec les fameux monstres de chez Universal.

On repère cela à l’ambiance qu’a voulu mettre Francis Ford Coppola dans ce film. Il y a beaucoup d’aplats de noir, de brume, le château n’inspire pas confiance et la famille semble garder un secret pour le moins lourd. La mise en scène est aussi assez intéressante car elle s’inspire un peu de l’expressionnisme allemand des années 20. Les ombres portées peuvent avoir une apparence et les sous-sols poussiéreux faits de dédales de couloirs sont présents. Cependant, le film n’a pas le même impact que les grands métrages qui ont utilisé cette méthode de par le passé. On pense par exemple au Cabinet du Dr. Caligari ou à Nosferatu de Murnau, qui sont les premiers à avoir utilisés ces méthodes. Là, on sent que Francis Ford Coppola se force à utiliser cela pour donner plus de cachet à son film. Une mise en scène fauchée qui essaye de faire de belles choses, mais qui est aussi gâcher par des erreurs de jeunesse, notamment une perche son qui apparait à l’écran à plusieurs reprises ou encore l’ombre de la perche sur les protagonistes. Des défauts qui sortent le spectateur du film est c’est bien dommage. On remarquera aussi des défauts de réalisation lorsqu’il y a de l’action. Les séquences de peur ou de meurtre sont illisibles et même si cela permet de garder un mystère autour du criminel, on reste assez dubitatif sur tous ces mouvements de caméra.

Mais la mise en scène, même si elle possède de bonnes idées, n’est pas le seul défaut de ce film. En effet, au niveau de l’écriture, le film se fourvoie dans une complexification de l’intrigue alors qu’elle est très simple. Les soupçons se porteront naturellement vers un personnage à cause d’un flashback assez explicite, et durant tout le film, le réalisateur essaye de nous mener en bateau pour jeter le soupçon sur un autre protagoniste. Cela ne marche pas forcément tant on voit les ficelles tirées par le cinéaste. L’autre problème va venir des personnages en eux-mêmes. Le docteur qui mène l’enquête, en la présence de Patrick Magee, est un peu à l’image de tout le monde, sans charisme et sans aucune empathie. C’est bien simple, on ne ressent rien pour personne, hormis peut-être de la répulsion, que ce soit pour ce frère colérique, pour cette femme vénale ou encore pour ce petit frère fragile. Là aussi, les cordes semblent déjà usées, et on retrouve des thématiques chères à Psychose, comme la femme assassinée car elle est vénale et perfide. Bref, rien de bien neuf là non plus. Au même titre que l’horreur, qui sera absente du film, avec seulement deux meurtres sans saveur et des plans qui ne marquent pas la rétine.

Au final, Dementia 13, le premier film de Francis Ford Coppola, qui n’a rien à voir avec le Dementia de John Parker, est une petite déception. Si l’on enlève l’atmosphère un peu étrange et la présence d’une famille en accord avec les lieux, le film ne possède rien de vraiment engageant ou excitant. Au contraire, malgré sa faible durée, on a tendance à s’ennuyer ferme et à voir une palette de personnages qui ne sont que des clichés sur pattes. Bref, heureusement que le cinéaste s’est largement rattrapé par la suite, avec des films cultes, dans tous les styles que ce soit.

Note: 10/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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