Dix Petits Indiens

Titre Original : And Then There Were None

De: René Clair

Avec Roland Young, Barry Fitzgerald, Mischa Auer, Louis Hayward

Année: 1947

Pays: Etats-Unis

Genre: Policier

Résumé:

Huit invités qui ne se connaissent pas, qui viennent d’horizons différents et n’appartiennent pas aux mêmes classes sociales, se trouvent mystérieusement réunis dans une demeure solitaire. Deux domestiques, les Rogers, les attendent, convoqués eux aussi. A peine les premières présentations sont-elles effectuées qu’une voix enregistrée s’élève. Chaque personne présente s’entend accusée d’un meurtre. Chacune d’elle sera punie et le châtiment qui doit lui être réservé rappellera la mort des dix petits indiens qui, dans la comptine, disparaissent un à un… « Il n’en resta plus que neuf, plus que huit, plus que sept », etc. Il devient évident que l’un d’eux est Mr Onyme, le tueur, mais lequel ?

Avis :

Avec Le crime de l’Orient-Express et Mort sur le Nil, Dix petits Nègres fait partie de ses intrigues remarquables et parfaitement représentatives du talent d’Agatha Christie. Ces trois histoires ont de nombreux points communs : un suspense au cordeau, des personnages marquants, des révélations progressives, sans oublier un cadre et une atmosphère d’une rare élégance. Le potentiel pour d’autres médias est indéniable, mais moins évident au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Exilé aux États-Unis, René Clair se voit confier la première adaptation cinématographique qui, pour l’occasion, est baptisée comme l’édition alternative parut outre-Atlantique. À savoir, Dix petits Indiens.

Au cours des six années qui ont succédé la sortie du livre, il est vrai que la notoriété de son auteure a facilité la transposition au théâtre et sur grand écran. Pour le réalisateur, cela marque la fin de son « cycle américain » avant son retour en France. Toujours est-il que sa vision de l’œuvre originale est empreinte d’une ambiance très légère qui n’est pas sans rappeler ses précédents longs-métrages. Il s’agit d’un autre registre, mais l’on songe à La belle ensorceleuse et C’est arrivé demain. Une approche parfaitement assumée qui va néanmoins contraster avec la gravité des faits et l’inexorable compte à rebours qui découle des sentences successives.

Bien qu’elle respecte les fondamentaux du roman policier et de son évolution, les scènes tiennent plus du vaudeville que du huis clos. À ce titre, la sensation d’isolement ne fait l’objet que d’un travail minimal pour susciter la vulnérabilité inhérente aux lieux. Tout comme le cadre extérieur, l’île n’est représentée que par des plans larges et des séquences sur la plage. De même, le gigantisme de la propriété et l’exposition permanente de ses résidents sont développés avec parcimonie. L’ambiance préfère s’épancher sur certaines situations rocambolesques, comme le majordome ivre ou le quatuor masculin qui s’épient mutuellement par l’entrebâillement d’une porte ou le trou d’une serrure.

Dans un tel contexte et un ton qui se veut sérieux, cet angle d’approche a de quoi décontenancer. Et ce ne sera pas l’unique élément perturbateur qui viendra atténuer l’aura du livre. Sur fond de suspicions réciproques et de connivences opportunistes, les déductions des protagonistes demeurent assez basiques, ne proposant aucune nuance dans le mobile des crimes ou la portée de leur passif lourd. Sans doute la faute à des échanges qui manquent de spontanéité ou à des interprétations surfaites pour dépeindre la méfiance qui émane des invités. Que cela soit volontairement drôle ou non, on ne peut que regretter la naïveté et la couardise des personnages. Le tout rehaussé par une résignation de façade.

De fait, les considérations auxquelles nous convie le livre s’avèrent anecdotiques. La notion de justice au regard des crimes perpétrés dans le passé ne trouve qu’une résonance creuse. Cela se vérifie dans la fuite des protagonistes à minimiser la gravité de leurs actes ou leur facilité à les avouer en tant que simple bêtise. Il n’y a pas d’ambivalence et la caractérisation sommaire des intervenants n’aide pas à se départir des clichés de circonstances. On songe notamment à des figures (presque) sans faille et un développement des personnages féminins qui prête à peu de conséquences. La trame principale a beau être respectée, il n’en demeure pas moins un traitement éloigné de la subtilité de son intrigue.

Au final, Dix petits Indiens est une première adaptation quelque peu tombée en désuétude et non sans raison. Certains métrages confèrent au classique au fil des ans par un ton adéquat et justifié, comme Arsenic et vieilles dentelles. Ici, le film de René Clair détourne le matériau de base dans un contexte beaucoup trop léger pour faire honneur à l’œuvre d’Agatha Christie. D’un huis clos âpre et tendu, on se heurte à une rocambolesque et fortuite rencontre entre une poignée d’inconnus, tour à tour benêts, lâches et apathiques. C’est bien simple, chaque élément qui tente d’imposer par la force un ton dramatique ou lourd de sens se voit couper abruptement au montage. Sous forme de mauvaises blagues, la dernière réplique est représentative de la badinerie ambiante.

Note : 11/20

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Par Dante

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