Moriarty

Auteurs : Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Editeur : Kana

Genre : Shonen

Résumé :

XIVe siècle en Angleterre, la famille Moriarty a recueilli deux orphelins William et Louis mais en leur conférant un statut de domestique. Albert, le fils aîné de la famille est pétri d’ambition et il déteste le système social qui régit la société britannique, dans lequel les classes supérieures se pavanent et oppressent le peuple sans pour autant être dignes du respect qu’elles exigent de lui.

C’est pourquoi Albert abhorre sa propre famille et voit dans les deux orphelins l’incarnation d’un souffle nouveau. Albert leur offre son statut, sa richesse et son influence à condition que les garçons mettent leur intelligence au service de son rêve : se débarrasser de sa famille et du système de classes actuel ! Les trois garçons complotent ainsi pour devenir les seuls héritiers de la famille.

Treize ans plus tard, à seulement 21 ans, l’aîné des orphelins William James Moriarty est devenu professeur de mathématiques à l’Université et il pourrait voir surgir sur sa route un certain Sherlock Holmes…

Avis :

Sherlock Holmes est un personnage fictif qui fut créé par Sir Arthur Conan Doyle en 1887 dans le roman policier Une Etude Rouge. Le succès fut immédiat et dura dans le temps, puisque le célèbre détective apparaîtra dans pas moins de 54 nouvelles et 6 romans. Aujourd’hui, le perosnnage fait partie du patrimoine culturel britannique, mais aussi mondial, notamment quand on voit les différentes adaptations que l’on en a fait, aussi bien aux States qu’en France dans la bande-dessinée. Bref, le célèbre détective se décline sur tous les médiums et dans tous les pays. Ce qui est moins évident, c’est la mise en avant de sa némésis, son ennemi juré, le professeur Moriarty. Si un roman récent lui est entièrement dédié (et il est relativement mauvais), le génie du mal, comme l’aime à l’appeler Sherlock, apparait peu et doit son succès à son intelligence et son machiavélisme. Pour autant, le personnage continue de fasciner, et comme pour le héros, l’anti-héros s’adapte dans divers supports et notamment le manga avec Moriarty de Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi.

Scénariste de All you Need is Kill, qui sera adapté au cinéma sous le titre Edge of Tomorrow, Ryosuke Takeuchi va se pencher sur le cas de Moriarty et lui donner une jeunesse, ainsi qu’un but dans la vie, renverser le gouvernement britannique et cette société des classes qui brime les plus pauvres et continue d’enrichir les plus aisés. Il en ressort un premier tome assez intéressant en trois actes, mais qui manque de finesse dans le dessin, rendant l’ensemble assez aseptisé pour rentrer dans la catégorie Shonen et non pas Seinen, ce qui est dommage.

D’un point de vue écriture, Moriarty part sur des bases très intéressantes. On va suivre un jeune homme qui se fait appeler Moriarty dans la rue, mais où l’on va apprendre qu’il n’est qu’un orphelin adopté par la famille. En effet, en rentrant des courses, l’histoire nous présente sa famille adoptive, une mère tyrannique et odieuse, un père absent, un petit frère odieux et jaloux, mais un grand frère protecteur et grâce à qui les deux orphelins se sont retrouvés dans ce grand manoir. On va vite se rendre compte que le grand frère possède les mêmes idéaux que le jeune orphelin, à savoir une haine viscérale envers la bourgeoisie qui méprise les autres classes sociales. Tout cela se termine dans un incendie, qui va paraître accidentel aux yeux des autorités et les deux orphelins, avec l’aide de leur grand frère, vont devenir des Moriarty à part entière et toucher un joli pactole pour s’installer ailleurs. Ce premier chapitre est très intéressant car il pose les bases de la jeunesse d’un méchant que l’on ne connait que trop peu finalement. On va vite voir son intelligence presque innée et surtout sa violence latente qu’il cache derrière une gueule d’ange. Il n’hésite pas à tuer pour rendre une justice qui lui est propre et tout jeune déjà, on ressent une certaine colère.

Les deux chapitres suivants seront des affaires que va résoudre le héros (si on peut l’appeler comme cela) en faveur des gens pauvres. Le premier cas concerne un baron qui affame ses paysans et qui est à quelque part la cause de la mort d’un enfant souffrant qu’il a refusé d’aider. Armé de son intelligence et de son don pour la manipulation, Moriarty va alors venir en aide à un couple au bord de la rupture pour leur apporter une vengeance. Alors oui, la morale n’est pas forcément le fort de ce manga, mais finalement, ce n’est pas si mal car cela amène de nombreuses réflexions, que ce soit sur la justice, la peine de mort ou encore la vengeance. La deuxième affaire concerne un suicide masqué ainsi qu’un trafic de drogue que Moriarty va s’empresser de résoudre. Sauf que cette fois, il ne va pas pouvoir s’en sortir tout seul, et le premier tome se termine en présentant une équipe, tous motivés par un seul but, renverser la bourgeoisie pour arriver à une égalité des classes. Bien évidemment, ce dernier cas évoque le mariage entre deux personnes issues d’un monde différent, mais aussi de ces gens qui soudoient des étudiants riches pour se faire des sous sur le dos des familles. Ce qui est surprenant avec ces deux histoires, c’est que pour un Shonen, elles sont relativement matures et dures, apportant une réflexion intéressante sur les points évoqués plus haut. Cependant, cette classification sera due à un dessin un peu trop édulcoré.

En effet, Moriarty ne bénéficie pas d’un design vraiment intéressant. Le début est d’ailleurs assez pénible car tous les visages se ressemblent et on aura du mal à dire qui est qui, surtout entre le jeune anti-héros et son petit frère qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Fort heureusement, les ressemblances s’amenuisent quand les protagonistes grandissent, mais ce n’est pas pour autant que l’ambiance générale s’en voit changée. Il manque à ce premier tome une ambiance un peu plus fumeuse, brumeuse, voire même steampunk pour complètement emporter son lecteur. Là, on nage en plein Shonen, malgré une ou deux planches un poil plus violentes que le reste. Alors oui, il y a des meurtres, des passages assez durs, mais cela n’est pas vraiment impactant, la faute à des graphismes trop gentils, trop anguleux, trop clairs et pas assez éthérés.

Au final, ce premier tome de Moriarty est une lecture plaisante et assez intelligente pour un Shonen. Interpellant sur les notions de justice et de peine de mort, le manga s’amuse à présenter Moriarty comme un héros du peuple, qui n’hésite pas à tuer ceux qui font du mal aux classes pauvres. Si l’écriture des chapitres est forte, il n’en est pas de même pour les dessins, qui sont trop propres, trop lisses et auxquels il manque une vraie ambiance délétère. Bref, un premier tome prometteur mais qui risque de décevoir par la suite, surtout s’il prend les rails du Shonen de base, avec une affaire par chapitre et peu de développement des personnages. Mais ça, on ne peut pas encore le savoir.

Note : 15/20

Par AqME

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