La Terre des Morts – Jean-Christophe Grangé

Auteur : Jean-Christophe Grangé

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

Quand le commandant Corso est chargé d’enquêter sur une série de meurtres de strip-teaseuses, il pense avoir affaire à une traque criminelle classique.
Il a tort : c’est d’un duel qu’il s’agit. Un combat à mort avec son principal suspect, Philippe Sobieski, peintre, débauché, assassin.
Mais ce duel est bien plus encore : une plongée dans les méandres du porno, du bondage et de la perversité sous toutes ses formes. Un vertige noir dans lequel Corso se perdra lui-même, apprenant à ses dépens qu’un assassin peut en cacher un autre, et que la réalité d’un flic peut totalement basculer, surtout quand il s’agit de la jouissance par le Mal.

Avis :

S’il a tendance à souffler le chaud et le froid depuis quelques livres, Jean-Christophe Grangé n’en demeure pas moins l’un des principaux auteurs français de thrillers. Son diptyque Lontano / Congo Requiem est à l’image de ce constat avec une première partie bancale et un dénouement nettement plus raccord avec la réputation de l’écrivain. On connaît sa propension pour mêler enquêtes criminelles et sujets dérangeants qui dépassent la simple échelle d’un assassinat isolé. Avec La terre des morts, il effectue une incursion scabreuse dans les milieux sado-maso les plus extrêmes. On songe dès lors à certaines œuvres telles que La promesse des ténèbres ou, dans le domaine cinématographique, 8 mm. Seulement, l’a priori ne sera pas le même.

Il est vrai que l’intrigue démarre sans heurt et bénéficie d’une dynamique à même d’immerger le lecteur dans une affaire sordide et brutale. En ce sens, les investigations tournent rapidement vers des pratiques sexuelles pour le moins extrêmes. On songe bien évidemment au shibari, variante nippone du bondage, mais surtout à certains jeux où plaisir et douleur sont inextricablement liés. Du head fucking à la pénétration de sucre renfermant des hameçons, l’auteur met en exergue des déviances aussi étranges que dangereuses. Mais le simple fait de choquer sur le sujet tient surtout à la méconnaissance du lecteur et certains termes spécifiques.

Le ton a beau être posé, le milieu ne sert que de tremplin pour faire progresser l’enquête. Une démarche logique et maîtrisée, mais qui prend le problème à l’envers. Autrement dit, il n’est pas question de surenchérir, mais de partir dans des considérations différentes, car le soufflé retombe bien vite. Le gros de l’affaire se situe sur la 1e et la 2e partie. Quelques détours furtifs par l’Espagne et l’Angleterre et le coupable idéal est bouclé. L’on s’attend à ce que la moitié du livre ne peut recéler toute la vérité. La complexité sous-jacente (et apparente) ne fait pas l’ombre d’un doute et c’est dans la gestion du suspense que La terre des morts pèche par orgueil.

L’histoire s’essouffle trop rapidement et tente de porter l’affaire jusque devant les tribunaux. Une approche inédite pour Grangé qui instaure une routine redondante dans les séances du procès. Les interrogatoires et les exposés sont plus laborieux qu’escomptés, ressassant les faits (d’où l’aspect répétitif) et des pseudo-révélations pas forcément surprenantes. Les joutes orales et les enjeux des partis en présence restent finalement très linéaires. Ce développement poussif étire le récit plus que de raison dans des retranchements tout aussi peu convaincants. Le dernier pan de l’histoire essayant d’apporter une nouvelle dimension glauque alors que ce point s’est délité dans les 150 premières pages.

On regrettera également des itérations trop grossières au niveau de la caractérisation. La gamme de portraits dépeints par Grangé est reconnue pour mettre en exergue des flics bourrus, plus ou moins intègres, mais surtout tenaces. Ici, on a droit à une pâle resucée de ses écrits précédents, comptant ce qu’il y a de plus caricatural dans l’exposition du protagoniste et des intervenants qui gravitent autour de lui. Il est d’autant plus difficile de se sentir impliqué par une galerie de personnages surfaite et sans relief. De même, les néologismes, anglicismes et autres expressions familières sont beaucoup trop présents pour dénoter une certaine connivence avec le lecteur.

Si l’on remarque quelques prises de risque çà et là, notamment avec un procès relativement ennuyeux, La terre des morts se révèle un thriller en demi-teinte. La structure préformée du récit l’empêche clairement d’affirmer son potentiel. Pour une équipe d’enquêteurs peu versés dans le respect des règles, l’ensemble reste trop enclavé dans des investigations rigoureuses et procédurales. La thématique principale s’étiole dès la première partie pour ne laisser place qu’à une progression laborieuse dont l’intérêt décline au fil des pages. Il en ressort une lecture parfois trop dirigiste, parfois frustrante dans les suggestions à demi avoué. Un livre qui démontre un manque d’inspiration évident pour un dénouement poussif et peu crédible.

Note : 11/20

Par Dante

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