El Club

De : Pablo Larrain

Avec Alfredo Castro, Roberto Farias, Antonia Zegers, Jaime Vadell

Année: 2015

Pays: Chili

Genre: Drame

Résumé:

Dans une ville côtière du Chili, des prêtres marginalisés par l’Eglise vivent ensemble dans une maison. L’arrivée d’un nouveau pensionnaire va perturber le semblant d’équilibre qui y règne.

Avis :

On ne parle pas assez du cinéma chilien, alors même qu’il est capable de nous offrir ce qu’il peut y avoir de meilleur dans le cinéma. De tout temps, le cinéma chilien est aussi discret qu’intéressant, et même culte pour certains. Oui, quand on s’intéresse aux films d’Alejandro Jodorowsky ou encore le regretté Raoul Ruiz, très vite, on peut tomber sur des films auxquels on peut vouer un culte.

De ce pays d’Amérique du Sud, dans les années 2000, le cinéma a vu la naissance de plusieurs jeunes réalisateurs à suivre et parmi de jeunes réalisateurs comme Sebastián Lelio (« Une femme fantastique« ), Cristián Jiménez (« Bonsái« ) ou encore Sebastián Silva (« Magic Magic« ), j’avoue avoir une affection toute particulière pour le politique Pablo Larraín.

Découvert avec le sublime « No« , Pablo Larraín n’a depuis cessé de surprendre avec des films aussi intéressants qu’engagés. S’il me reste encore à découvrir « Fuga » (inédit chez nous), « Tony Manero » et « Santiago 73, post mortem » qui sont ses trois premiers films, depuis « No« , le cinéaste a su être passionnant en racontant la fuite de Pablo Neruda ou encore le drame de Jackie Kennedy.

Sorti deux ans après « No« , il me manquait à mon tableau de chasse « El Club« , qui fut très mal desservi lors de sa sortie en salle et c’est trois ans plus tard que je me rattrape et je n’ai pas d’autres mots qui me viennent en tête que « Putain !!!  » … Loin des politiques, Pablo Larraín livre là un drame « malaisant » et tendu, qui fait l’effet d’une bombe à retardement. Abordant des sujets on ne peut plus tabous, Pablo Larraín nous entraîne dans un film qui dénonce l’hypocrisie de l’église. On en ressort secoué, mais surtout hanté. Bref, « El Club » est une claque !

Chili, dans une ville près de la côte, cinq prêtres marginalisés par l’église vivent avec leur gardienne dans une petite maison. Habitués à leur quotidien, rien ne semble pouvoir briser cette fausse harmonie qui règne dans cette maison. Mais l’arrivée d’un nouveau prêtre marginalisé lui aussi va bousculer l’ordre établi et bientôt les plus bas instincts vont refaire surface.

Choquant, dérangeant, terrifiant, « malsaisant », prenant et même tragiquement passionnant, « El Club« , cinquième film de Pablo Larraín est une de ces claques surprises qu’on n’attendait pas et qui dans leur horreur, vous bouscule on ne peut plus agréablement.

Tenu par une intrigue incroyable, des prêtres que l’église a rejetée tout en les « gardant » sont placés dans une maison sous la surveillance d’une femme, elle aussi rejetée par l’église, le film est une réussite. Livrés à eux-mêmes, l’église ferme presque les yeux sur leur existence, tout en leur permettant de vivre dans ces lieux.

Avec ce film, Pablo Larraín nous entraîne dans une intrigue sombre et brumeuse, presque cauchemardesque. Une intrigue qui ne fera aucune concession, partant très loin dans les détails (les dialogues !), abordant les pires sujets qui soit. Au programme, pédophilie, meurtres, trafic d’enfants, avarice, sexe, homosexualité, rédemption, prise de conscience ou non, réflexion sur la religion et la foi, sur l’amour de dieu et ce qu’il permet ou non et le tout livré sous la forme d’une enquête terrifiante menée avec énormément de nuances, par là encore un personnage fascinant et complexe en même temps (oui, on est en droit de se demander ce que veut finalement protéger cet enquêteur de l’église).

Une enquête terrifiante aussi, car, que ce soit dans son écriture ou sa mise en scène, tout laisse à croire que « El Club » n’est qu’une bombe à retardement. Pablo Larraín en excellent conteur qu’il est, nous tient à chaque instant avec beaucoup d’interrogations et jamais il ne va relâcher cette tension malsaine qui parcourt cette histoire. Non, le réalisateur ira jusqu’au bout de son propos, pointant du doigt une hypocrisie terrifiante, loin d’être glorieuse et surtout, on ne peut plus discrète, presque inexistante, tant l’église cache l’existence de ces prêtes extradés et cachés.

Des prêtes qui sont tenus par des acteurs méconnus absolument incroyables. Chaque personnage est construit, détaillé, profond, complexe et parfois, et c’est là, le plus terrifiant et malsain, Pablo Larraín, comme ses acteurs, peuvent rendre ces personnages touchants.

Que ce soit dans sa mise en scène, dans son scénario, son interprétation ou encore son engagement, « El Club » est une petite leçon de cinéma. Choquant et fascinant, éprouvant et passionnant, nuancé, complexe et courageux, « El Club » est ce que Pablo Larraín a fait de mieux, au milieu d’une filmographie qui est déjà de très haute qualité. Comme je le disais en introduction, j’affectionne le cinéma de Pablo Larraín, mais après ce « El Club« , le cinéaste confirme largement qu’il est l’un des plus beaux espoirs du cinéma chilien.

Note : 18/20

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Par Cinéted

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