décembre 4, 2020

Bagdad Cafe

Titre Original : Out of Rosenheim

De : Percy Adlon

Avec Marianne Sägebrecht, CCH Pounder, Jack Palance, Christine Kaufmann

Année : 1988

Pays : Allemagne, Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Après une scène de ménage Jasmin atterrit au Bagdad Café, motel minable entre Disneyland et Las Vegas. La patronne, Brenda, Noire tapageuse et insatisfaite, règne sur tout un petit monde de routiers et de personnages énigmatiques. Peu à peu, Jasmin se fait apprécier de tous et remet même le café à flot grâce à « Magic », une boite de magie avec laquelle elle monte des tours assistée de Brenda. Entre les deux femmes va naître une solide amitié.

Avis :

Percy Adlon est un réalisateur allemand à la carrière plutôt discrète, car si le réalisateur réalise depuis quarante ans, peu de ses films ont connu de véritable succès et encore plus à l’international. D’ailleurs, quand on jette un œil sur sa filmographie, seul ce « Bagdad Café« , film sur lequel je m’arrête aujourd’hui, a connu un succès planétaire au point d’en devenir rapidement culte.

Beau, poétique, social et sociétal, « Bagdad Café » est une petite merveille qui fait du bien. Une petite merveille portée par un duo d’actrices, Marianne Sägebrecht et CCH Pounder, qui vaut son petit pesant d’or.

Jasmine Münchgstettner, touriste allemande, était en vacances avec son mari, mais après une dispute, celle-ci quitte la voiture et le quitte par la même occasion. Seule et perdue sur le bord de la route, elle atterrit au Bagdad Café, un restaurant et motel routier tenu par Brenda, une femme pour le moins grande gueule. Ne sachant que faire, Jasmin va peu à peu lier des liens d’amitié avec la sorte de famille recomposée qui habite le restaurant.

« Bagdad Café » est un film qui s’ouvre pour le moins de manière assez étrange. Non pas que son intrigue soit étrange, ici, le réalisateur nous présente un couple qui se sépare. Le plus étrange, c’est le choix du réalisateur dans sa mise en scène. Son ouverture est composée de plans déstructurés, sa caméra est en permanence penchée, ce qui donne des images bien étranges pour ce que le film raconte et ce choix de mise en scène va durer un bon moment. J’avoue alors avoir eu beaucoup de mal à entrer dans ce film, me posant plus de questions sur cette mise en scène, ce qui avait tendance à me sortir de l’intrigue.

Mais heureusement, peu à peu le charme fou de « Bagdad Café » commence à faire effet et l’on se laisse happer par le film.

Un charme qui commence avec ses deux actrices principales, campant toutes deux des personnages au diapason l’une de l’autre. D’un côté, on se laisse totalement toucher par le personnage incarné par Marianne Sägebrecht. La comédienne allemande tient un personnage fragile, coincé, qui cache un sacré grain de folie. Il y a beaucoup de sensibilité et de poésie qui se dégage de ce personnage (il faut dire que le réalisateur a parfaitement su la mettre en valeur), qu’on se plaît à suivre dans son aventure américaine. Puis de l’autre, on trouve la talentueuse CCH Pounder dans un rôle tordant et triste à la fois. Tordant, car la comédienne en fait des caisses, poussant la caricature de la patronne vacharde très loin dans l’excès, sans paradoxalement en faire trop, ce qui la rend presque hilarante à chacune de ses apparitions. Mais dans un autre sens, cette caricature est très touchante, car elle révèle et parle de manière plus ou moins prononcée du rêve américain et des destins brisés que ledit rêve abrite sur son territoire. Ce remarquable duo d’actrices et de personnages fonctionne à merveille et compose l’un des énormes points forts de « Bagdad Café » et à tout moment, après avoir passé la première partie plus compliquée, on a envie de suivre les aventures de ces deux femmes et amies qui se découvrent et s’ouvrent aux autres.

L’autre atout de charme de ce « Bagdad Café« , c’est étrangement et bien sûr la mise en scène déconcertante de Percy Adlon. « Bagdad Café » est un film qui ne ressemble à rien de connu. C’est un film construit d’un côté et déconstruit de l’autre. C’est un film à la photographie colorée et pourtant, il y a un sentiment de temps qui s’arrête. Un temps qui s’arrête et qui donne une sensation de témoin, d’observateur de ces personnages. Bref, cette mise en scène étrange, dans laquelle on peut avoir du mal à entrer finalement, se trouve être sublime, cohérente et bien plus intéressante qu’elle n’en a l’air. Oui, je pensais trouver une petite comédie et finalement, c’est un film amusant certes, mais surtout sociétale qui parle des Etats-Unis.

Enfin, il est impossible de parler de « Bagdad Café » sans évoquer l’espace de quelques lignes la sublime chanson de Jevetta Steele qui parcourt de manière sublime plus d’une scène de ce film. Une chanson tout en sensibilité, qui a sûrement aidé « Bagdad Café » à atteindre le statut de culte. « Bagdad Café » sans « Calling You » n’aurait sûrement pas la même saveur.

Déconcertant au départ, la poésie de « Bagdad Café » fait finalement effet et l’on se laisse totalement envahir par cette petite folie douce. Je ne regrette absolument pas d’avoir tant attendu pour découvrir ce film de Percy Adlon. Un film qui me donne envie de découvrir aussi bien les autres films de son réalisateur, que ceux de ces deux actrices.

Note : 16/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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