Enfant 44

Titre Original : Child 44

De : Daniel Espinosa

Avec Tom Hardy, Noomi Rapace, Gary Oldman, Joel Kinnaman

Année: 2015

Pays: Etats-Unis, Angleterre, République Tchèque, Roumanie

Genre : Thriller

Résumé :

Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

Avis :

La Seconde Guerre Mondiale est une période funeste de l’humanité mais qui est pourtant propice à de nombreux récits intéressants, qu’ils aillent vers de la guerre pure et simple à d’autres histoires plus touchantes ou intimistes. Mais il faut aussi savoir que la Seconde Guerre Mondiale a laissé des pays dans des situations difficiles et que certains régimes, dont le régime communiste, ont fait des ravages dans certains endroits, notamment en Europe de l’Est. Du coup, le septième art s’est rapidement empressé de raconter des histoires sur des faits méconnus qui ont eu lieu directement après la Guerre et notamment à un tueur en particulier, Andrei Chikatilo, surnommé le Monstre de Rostov. En effet, ce personnage a massacré pas moins de 52 femmes et enfants, dans une période sombre de la Russie, où le meurtre ne pouvait pas exister dans un régime qui prônait le paradis. Entre le téléfilm de HBO en 1995 Citizen X et Evil Enko avec Malcolm McDowell, le tueur fascine encore, au point d’en refaire un film en 2015, adapté du roman Enfant 44 et produit par Ridley Scott en personne. Mais entre un casting luxueux, un budget assez conséquent, un film qui se veut presque tout public et des américains qui prennent l’accent russe, ne tombons-nous pas sur un métrage galvaudé d’avance.

Et effectivement, Enfant 44 ne part pas forcément avec de bonnes bases. Outre le fait que les acteurs sont obligés de prendre un accent à couper au couteau pour jouer des personnages russes, on va vite voir que le film de Daniel Espinosa manque de cachet, de patine pour rendre le tout vraiment angoissant et anxiogène. Si Ridley Scott a choisi le réalisateur suédois (oui Espinosa est suédois avec des origines chiliennes, ça ne s’invente pas) grâce à son réalisation raffinée, on ne peut pas dire que cela soit pertinent pour un récit assez violent et âpre. Si la pluie, la boue et la neige sont de la partie, et que la lumière demeure assez sombre, il n’y a pas cette violence graphique nécessaire à une histoire comme celle-là. Si on veut percuter le public, si on veut l’émouvoir, si on veut le faire réfléchir sur les ravages de la guerre, il faut y mettre le paquet et c’est tout ce qui manque à ce film qui se la joue un peu trop blockbuster des familles. Alors oui, il y a quelques moments intéressants et en règle générale, Espinosa gère parfaitement sa caméra pour montrer ce qui est important, mais l’ensemble est assez impersonnel et c’est dommage.

C’est d’autant plus dommage qu’avec un casting de cette ampleur (Tom Hardy, Gary Oldman, Noomi Rapace, Joel Kinnaman, Vincent Cassel, Paddy Considine, Jason Clarke), le film n’arrive jamais à être marquant ou à imposer des choix forts à ses personnages, hormis celui du « héros », qui va se retrouver au bas de l’échelle suite à une enquête qu’il ne devrait pas mener. Il y a un réel souci d’écriture auprès des personnages secondaires. Tout cela manque d’empathie, de finesse et on repère rapidement qui sont les gentils et qui sont les méchants, pour peu que cela existe dans un régime communiste. Certains protagonistes sont esquissés à la truelle comme celui de Vincent Cassel, d’autres sont éliminés rapidement sans que l’on ne ressente quoi que ce soit et on reste spectateur d’une enquête qui aurait pu être passionnante et trouver des ressorts dans les traumatismes de la guerre, mais qui sera vite éludée au profit d’une peinture peu reluisante d’un régime menteur et manipulateur.

Et c’est bien là que le film se plante complètement, à poser un jugement sur un gouvernement qui n’est pas le sien. Le roman, qui est le premier d’une trilogie, est anglais, puis on laisse des américains parler d’un régime soviétique, ce qui est assez délicat. Du coup, il n’y aura pas de demi-mesure. Le régime tue ceux qui conteste son autorité, ceux qui peuvent mettre en péril ce paradis ou encore ceux qui désobéissent à certains ordres déontologiquement honteux. Bref, on pointe du doigt une politique qui n’est pas la nôtre, on se permet de remplacer des personnages russes par des anglais ou des américains, et c’est assez malsain. C’est d’ailleurs presque cocasse que le film soit plus malsain dans sa façon de faire que dans son fond, alors que ça devrait être l’inverse. Et c’est encore plus flagrant sur son final, dans lequel on évite de parler des traumas de la guerre pour rester sur deux agents du MGB (le service secret soviétique) qui se tirent la bourre dans la boue afin de faire taire l’autre. En gros, on pourrait presque croire que l’on nous a menti sur la marchandise, nous vendant le film comme un thriller sur une traque d’un serial killer et nous nous trouvons face à un pamphlet anticommunisme à peine déguisé.

Alors que reste-t-il à ce film pour trouver quelques points positifs ? Peu de choses, il est vrai, mais on reste sur un rythme assez soutenu où l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez, le couple Hardy/Rapace fonctionne bien à coups de faux-semblants au départ, puis d’un réel amour, et enfin, on nous éclaire tout de même sur un régime étrange et injuste. On nous présente une politique de l’autruche très dure, qui juge sur l’apparence, sur les orientations sexuelles ou politiques et qui essayent de faire taire toute envie de contradiction ou d’expression. Un régime répressif donc et dont Daniel Espinosa arrive bien à dépeindre malgré quelques lourdeurs et un jugement un poil trop virulent.

Au final, Enfant 44 est un thriller très moyen et qui peine à convaincre à cause de sa très claire orientation politique. Le film ne parle pas à proprement parlé du Monstre de Rostov, mais plutôt d’un régime communiste totalitaire et imbuvable qui causera la mort de plusieurs milliers de personnes. Si le sujet est autant intéressant, il est bien trop dirigé pour être honnête et on regarde le film d’un demi-œil intéressé, notamment grâce à la prestation sans faille de Tom Hardy, omniprésent et plus en difficulté que d’habitude. Bref, un film très moyen qui ment un peu sur sa marchandise, et c’est bien dommage.

Note : 10/20

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Par AqME

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