La Malédiction Winchester

Titre Original : Winchester

De : Peter et Michael Spierig

Avec Helen Mirren, Jason Clarke, Sarah Snook, Eamon Farren

Année: 2018

Pays: Etats-Unis, Australie

Genre: Horreur

Résumé:

Proche de San Francisco se situe la maison la plus hantée au monde : construite par Sarah Winchester, riche héritière de l’entreprise d’armes Winchester, elle est en perpétuelle construction et contient des centaines de pièces. Sarah y construit une prison, un asile pour les centaines d’esprits vengeurs tués par ses armes, et le plus terrifiant d’entre eux veut en découdre avec sa famille…

Avis :

Au même titre que le 112 Ocean Avenue à Amityville, la maison Winchester est un symbole emblématique des histoires des maisons hantées aux États-Unis. Le récit d’une malédiction familiale et la « visite » d’esprits poussent la propriétaire des lieux à construire inlassablement sa demeure selon des plans commandités par les fantômes eux-mêmes. Le résultat ? Près de 160 pièces à la structure anarchique où les escaliers peuvent mener au plafond et les portes sur du vide. Si la maison est ouverte au public pour la modique somme de 30 $, de nombreuses émissions sensationnalistes s’y sont penchées, notamment Ghost Adventures. Ce n’était qu’une question de temps avant que l’histoire vraie devienne fiction.

Pourtant, le film des frères Spierig n’est pas une initiative novatrice dans le domaine. Le tâcheron Mark Atkins (Sand Sharks, L’attaque du requin à 6 têtes…) avait fourni une bobine produite par Asylum sur le sujet : Haunting of Winchester House. Toujours est-il que le duo de réalisateurs n’est pas en reste pour s’approprier les filons horrifiques les plus lucratifs. Daybreakers revisitait fort bien les films de vampires dans un univers de science-fiction, tandis que Jigsaw ressuscitait la franchise pas forcément avec éclats et originalité, mais avec efficacité. Ici, il est question d’exploiter les fondamentaux du film d’épouvante. Au vu de la période (1906) et de l’ambiance initiale, on songe au roman (et à son adaptation cinématographique) La dame en noire.

Si l’on se retrouve sur la côte californienne et non au cœur de la campagne anglaise, certaines occurrences vont en ce sens. De par le cadre isolé et néanmoins vaste, ainsi que la reconstitution historique, on pense à une ghost-story à l’esthétique sophistiquée et à l’atmosphère non moins oppressante. Pour le premier point, il est vrai que les décors sont mis en valeur par une photographie sans faille, tirant le meilleur parti de la pénombre et du clair-obscur intérieur, comme extérieur. De même, la permanente activité qui règne au sein de la demeure Winchester est suffisamment insolite pour trouver de nouvelles pistes d’explorations.

On songe notamment au pragmatisme du docteur Price et sa propension à relativiser l’inexplicable. Malgré la profession de ce dernier et sa capacité à analyser les mécanismes de l’esprit humain, l’approche psychologique propre à un tel récit n’aura que peu de places dans les évènements qui s’ensuivront. Car si l’on escomptait un ton plus mesuré et subtil du genre, on se heurte à un traitement pour le moins explicite. Malheureusement, celui-ci est entièrement focalisé sur les effets spectaculaires et non sur le côté insidieux des esprits dans le domicile familial. On remarquait déjà ce choix avec Jigsaw. Cependant, les fondamentaux du torture-porn ne sont pas les mêmes que pour un film d’épouvante de cet acabit.

En lieu et place de travailler l’atmosphère sur des notes plus ambiguës pour susciter la peur de l’inconnu et de l’invisible, on nous balance à tout-va des jumpscares en pagaille. Reflets dans le miroir, jouet qui roule sur le plancher à toute vitesse, apparition glauque à la fois soudaine et impromptue, possession infantile… Les exemples se suivent et se ressemblent pour tenter d’effrayer par le simple truchement d’effets sonores attendus et autres subterfuges aussi prévisibles que faciles. De fait, l’intérêt premier de l’histoire et de son potentiel s’efface au profit d’une approche frontale sans âme. Un comble pour un film sur des esprits errants !

De même, l’aspect labyrinthique de la maison n’est nullement exploité. La perte de repères n’est guère de circonstances. La succession de couloirs et de pièces se cantonne à un schéma basique d’espaces enclavés. Sans doute une allégorie inconsciente pour traduire le manque de prises de risques et la volonté des réalisateurs à ne pas sortir de leur zone de confort. Toujours est-il que les passages dissimulés ou le concept des pièces condamnées surviennent uniquement dans un dénouement à l’image du reste de l’intrigue. À savoir, expansif au possible et sans la moindre finesse. Il en découle une simplification pour le moins grossière du rôle du protagoniste et d’un épilogue que l’on peut considérer comme hasardeux et facile.

Au final, Winchester ne se distingue que par son contexte et son cadre. Là où l’on escomptait un film d’épouvante oppressant, on nous inflige des ficelles narratives éculées. Au lieu de s’approprier les lieux et de mettre en avant la démesure de la demeure, les frères Spierig se contentent de multiplier les artifices propres à des sursauts aussi prévisibles que furtifs. Incapables de réfréner leur enthousiasme, ils font s’enchaîner les séquences et les jumpscares en perdant de vue la cohérence de l’ensemble. Quant à l’atmosphère générale inhérente aux films de fantômes et aux années 1900, elle est relativement anecdotique, pour ne pas dire surfaite. On s’oriente davantage du côté sensationnaliste d’un grand huit de la peur plutôt que d’un métrage inquiétant. Dommage, car le sujet nécessitait une approche plus nuancée.

Note : 11/20

Image de prévisualisation YouTube

Par Dante

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net