Mario – Foot et Homosexualité

De : Marcel Gisler

Avec Max Hubacher, Aaron Altaras, Jessy Moravec, Jürg Plüss

Année : 2018

Pays : Suisse

Genre : Drame

Résumé :

Pour la première fois de sa vie Mario, un jeune footballeur, tombe amoureux de Léon, nouvel attaquant venu d’Allemagne. Mais dans l’équipe, des rumeurs commencent à circuler sur leur relation et Mario voit sa carrière compromise pour intégrer un club de première division.

Avis :

Réalisateur allemand, Marcel Gisler est un cinéaste qui ne fait pas de bruit, mais pourtant, il officie dans le paysage du cinéma allemand depuis les années 80. Discret, Marcel Gisler prend son temps pour préparer ses projets. En plus de trente ans de carrière, on ne lui compte que huit films et pour la plupart, ils demeurent encore totalement inédit par chez nous. Pour son nouveau film, « Mario« , qui arrive, quatre ans après son documentaire « Electroboy » (inédit), le réalisateur jouit d’une sortie pour le moins inédite, puisque son film est sorti dans quelques salles en France, alors même qu’il est aussi sorti en DVD.

Revenant avec un film engagé, « Mario » pointe du doigt l’homophobie dans le milieu du football et le moins que l’on puisse en dire, c’est que son film s’avère être une très belle réussite. Sombre, violent dans ses propos intolérants, « Mario » est touchant parce qu’il est juste et sincère dans ces questionnements, en plus d’être porté par un acteur incroyable, Max Hubacher. Un acteur qu’on avait déjà remarqué dans le « The Captain, l’usurpateur » de Robert Schwentke, sorti cette année dont on vous avait déjà amplement vanté les mérites.

Mario est un jeune homme de vingt et un an qui est promis à un brillant avenir dans le football. D’ailleurs, cette année-là sera sûrement sa dernière en deuxième division. S’il réussit « les épreuves » et arrive à convaincre, l’année prochaine, il passera en première division. Impliqué, droit, régulier, Mario fait passer le foot avant tout pour que son rêve puisse devenir une réalité. Mario n’a jamais vécu d’histoire d’amour, d’ailleurs, il n’en cherche pas, mais l’arrivée de Léon, un nouveau joueur qui vient d’être transféré, vient bousculer les habitudes de Mario. Les deux garçons qu’on met en collocation commencent alors une histoire, mais quoi qu’il arrive, ils ne peuvent être homosexuels…

Des films avec des personnages homosexuels qui sont obligés de cacher leur « différence », il en existe des tas, au point où l’on pourrait se demander ce que l’on peut encore raconter tant tout ou presque a déjà été dit sur le sujet.

Des films sur l’homophobie et ce sujet tabou dans le football, on en a déjà eu. D’emblée, on pense à « The Pass » avec l’anglais Russel Tovey qui fut un joli exemple parmi d’autres. Mais pourtant, malgré tout ce qui a déjà été fait et dit, « Mario » se révèle un film aussi nécessaire qu’il est beau, triste, et même révoltant.

La principale qualité de « Mario« , c’est sa plume. Une plume véridique qui ne passe pas par quatre chemins pour dire ce qu’elle a à dire. Avec son nouveau film, Marcel Gisler a décidé de faire un film à charge, dénonçant en bon et due forme l’hypocrisie dans le milieu du football. Ainsi, « Mario » décrit le football comme un milieu fermé, tendu, où les stratagèmes pour dissimuler une vérité deviennent une nécessité. Toutes sortes de raisons sont invoquées, les principales seront évidemment des raisons pécuniaires d’un côté, et de l’autre, des raisons d’image. S’il y a un joueur « pédé » dans les vestiaires, c’est mal vu et mal venu, et dans un autre sens, adulerait-on un joueur homosexuel dans les gradins ? Ce transfert, sur lequel on a misé tant d’argent, s’écroulerait, et ceci il en est absolument hors de question. Ainsi, des choix cruciaux doivent être faits. Et tout le film de Marcel Gisler tient alors sur ce choix révoltant, l’amour ou le rêve ? Le rêve ou l’amour ? L’un ne peut aller avec l’autre et le personnage de Mario va l’apprendre à ses dépens.

Si l’on pourra reprocher au film de Marcel Gisler de faire dans la facilité dans le déroulement de son intrigue, dans le sens où tout arrive dans le scénario qui ne laisse donc aucune place à la surprise, le film, de par ce ton sincère et le drame qui le parcourt, fait plus que fonctionner. On est pris dans cette histoire d’amour caché. On est touché par les décisions, même les plus clichées, on est révolté par les réactions. Des réactions, pour certaines, très nuancées qui s’entendent et plus dramatiques encore, se comprennent. Et c’est là que « Mario » en devient nécessaire, car c’est en mélangeant et bousculant ces questions qu’il met le doigt sur un problème de société, adulerait-on un joueur homosexuel ? La réponse est plus qu’évidente et que ce soit sur la pelouse, dans les gradins, ou plus haut, la question est réglée d’avance et c’est révoltant.

En plus d’avoir un scénario simple mais efficace et surtout utile, il est bien impossible d’aborder « Mario » sans écrire quelques lignes sur l’interprétation sans faille de Max Hubacher qui continue de surprendre. Bourré de talent, de justesse, de sincérité, le jeune comédien suisse arrive à décrire au mieux n’importe lequel des tiraillements de son personnage. Amour, découverte des premiers émois amoureux, peur, bouleversement intérieur, on ne peut que suivre l’évolution de son personnage avec une sensation d’apnée, tant son parcours est beau, triste et surtout injuste, et Marcel Gisler aura été jusqu’au bout avec ce personnage, afin de mieux dénoncer l’univers homophobe du football.

Bref, avec un tel film, on regrette donc que la filmographie de l’allemand soit encore inédite chez nous. Alors bien sûr, on ne peut que vous conseiller de découvrir « Mario » au cinéma si vous avez la chance d’avoir l’une des peu de salles qui le jouent. Pour les autres, le DVD vous attend.

Note : 16,5/20

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Par Cinéted

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