Le Manuscrit Inachevé – Franck Thilliez

Auteur : Franck Thilliez

Editeur : Fleuve Noir

Genre : Thriller

Résumé :

Aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans le coffre, le corps d’une femme. A la station-service où a été vu le conducteur pour la dernière fois, la vidéosurveillance est claire : l’homme n’est pas le propriétaire du véhicule.

Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète. Sa vie ? Un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, L’Inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale, et le traumatisme de l’enlèvement de sa fille Sarah. L’agression soudaine de son mari va faire resurgir le pire des quatre années écoulées.

Dans le vent, le sable et le brouillard, une question parmi d’autres se pose : vers qui, vers quoi se tourner, quand l’unique vérité est que tout vous devient étranger ?

Avis :

Exploitant avec brio toutes les facettes du thriller et des thématiques que le genre sous-tend, les romans de Franck Thilliez dégagent une ambiance à même d’évoquer de grands écrivains américains. La complexité de ses intrigues, le suspense qui en émane et la finalité de chaque histoire démontrent une certaine constance dans ses qualités narratives. Avec un titre aussi nébuleux que sobre, son nouveau one-shot s’inscrit dans cette continuité. Même si certains sujets chers à l’auteur se retrouvent en ces lignes, la structure du récit offre quelques surprises dans son approche. À commencer par cette mise en abîme assez audacieuse.

Ce principe consiste à réitérer la présence d’une œuvre au sein de sa propre création et ainsi de suite. De fait, le concept propose une vision de l’infini qui ne possède ni début ni fin. En l’occurrence, l’histoire ne se contente pas de vagues allusions, mais d’un véritable travail architectural autour de cette construction aussi délicate qu’intéressante à développer. Tout en restant parfaitement intelligibles, les premiers pans de l’intrigue plongent le lecteur dans une préface fictive. Celle-ci présente la création dudit ouvrage, mise en page à l’appui avec le nom de son auteur (Caleb Traskman) qui, lui-même, place son personnage dans une situation identique. À savoir, une romancière dont le dernier livre paru est Le manuscrit inachevé.

Pour des raisons évidentes liées à la compréhension et à la lisibilité de l’ensemble, le concept s’en arrêtera là, même si on le devine se décliner éternellement dans les pages des romans respectifs. Afin de s’imaginer une telle complexité, le reflet du reflet dans le miroir reste l’exemple le plus probant. L’aspect fouillé et original du plan laisse à penser à l’approche similaire que l’auteur avait eue avec L’anneau de Moebius et son rapport avec le temps. De même, on retrouve cette exploration sordide autour des déviances sexuelles qui poussent le vice jusqu’à la pratique du No Limit. Une sorte de séance de torture qui peut dériver sur l’assassinat pur et simple.

L’évocation du sujet délaisse une aura poisseuse et non moins glauque dans son sillage. Cela vaut pour ce que suggèrent de tels actes, mais également pour la détresse des protagonistes. Le fait de centrer la majeure partie de l’intrigue sur la Côte d’opale, entre Berck et Boulogne-sur-Mer tend à revenir à une description fouillée du Nord-Pas-de-Calais. Spécificité de l’auteur qui n’avait pas été aussi appuyé depuis La chambre des morts. Pour rester dans le domaine des références, l’amnésie qui touche l’un des personnages et le flou qu’elle suscite ne sont pas sans rappeler La mémoire fantôme. Mais ces itérations sont déclinées de manière dissemblable, offrant un point de vue différent à chaque thème évoqué.

Si les investigations menées suivent un schéma récurrent pour distiller une somme d’indices mesurée, on trouvera une énigme et certains propos sibyllins entre les lignes. Cette approche renvoie aux classiques du roman policier où il était donné aux lecteurs de découvrir le fin mot de l’histoire avant qu’elle survienne. Rien de novateur dans les fondamentaux, mais un choix judicieux pour démêler l’écheveau des faits et se faire sa propre interprétation. Car, là où le titre évoque un récit qui ne possède pas de fin, l’auteur étaye une conclusion tout en subtilité. Cette dernière ne tient qu’à l’appréciation du lecteur et de sa volonté, ou non, à lui offrir un point final ou des points de suspension.

Au final, Le manuscrit inachevé est un excellent thriller qui dispose d’une construction originale et complexe pour exposer son intrigue. Le principe du livre dans le livre apporte une résonnance singulière à une enquête qui joue de machiavélisme autant dans les crimes perpétrés que dans les aboutissants de l’histoire. Il en ressort un enchevêtrement de liens plus ou moins apparents qui, même dans les détails les plus infimes, possèdent une réelle importance dans la résolution de l’enquête. Une implacable mécanique à l’exercice de style aussi percutant que sa propension à manipuler le point de vue du lecteur. Sans conteste, une valeur sûre.

Note : 17/20

Par Dante

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