octobre 30, 2020

Retour de la Rivière Kwaï

Titre Original : Return From the River Kwaï

De: Andrew McLaglen

Avec Nick Tate, Chris Penn, Edward Fox, Tatsuya Nakadai

Année: 1989

Pays: Etats-Unis

Genre: Guerre

Résumé:

En 1945, des officiers britanniques et australiens, prisonniers des Japonais, tentent de s’échapper lors de leur transfert de la Thaïlande vers Tokyo.

Avis :

Avec Le pont de la rivière Kwai, David Lean propulsait sa carrière dans les fresques historiques à gros budget. Encore reconnue comme l’un des meilleurs films de guerre de tous les temps, son œuvre demeure aussi contemporaine qu’exceptionnelle. Film culte pour les cinéphiles, œuvre d’inspiration pour des générations de metteur en scène, il fait partie intégrante de ces métrages marquants et remarquables. S’il a inspiré nombre d’émules dans un registre plus ou moins similaires, son succès a donné lieu à une vraie-fausse suite. Près de 32 ans après sa sortie initiale, cette incursion n’est guère restée dans les mémoires. Et pour cause ! Cette bobine se voudrait une libre adaptation du roman de Clay Blair tout en s’accaparant le succès de son modèle cinématographique. Un projet mal défini et hasardeux.

L’histoire de Pierre Boule, comme sa transposition sur grand écran, se suffisait pourtant à elle-même. Évoquant un fait réel de la Seconde Guerre mondiale, l’intrigue faisait montre d’un réalisme somme toute rigoureux pour dépeindre le quotidien d’un camp de prisonniers britanniques en Thaïlande. Dès lors, l’existence même du présent métrage laisse perplexe. Et ce n’est pas une vague allusion sous forme d’introduction qui inversera la tendance. En guise de lien plus ou moins pertinent avec son modèle, on nous propose la destruction d’un pont et, pour point de départ, une pâle resucée des conditions de vie, ou plutôt de détention, des soldats anglais et américains.

Seulement, la comparaison s’arrête là. Et ce n’est pas tant l’intrigue qui emprunte des chemins différents que la qualité narrative douteuse qui en est la cause. Sous prétexte d’un besoin de main-d’œuvre sur l’archipel japonais, les prisonniers sont transférés. On a droit à une sorte de déportation consentie qui, entre deux moyens de transport, joue de contradiction quant à la place des prisonniers. Le fait de les parquer dans des wagons étroits et suffocants, tout comme la cale du cargo Brazil Maru, met en exergue leur sort. L’apparition de maladies, la maltraitance des geôliers concourent à cette première impression. Et pourtant, les officiers, comme les premières classes s’arrogent quelques libertés.

Entre deux élans de rébellion qui encouragent leur velléité d’évasion, ces mêmes prisonniers se montrent pour le moins dociles. Une parade devant les hauts dignitaires nippons et une promenade sur le pont du navire viennent en opposition de leurs exigences et de leurs menaces. Entre deux coups de matraque, les insultes fusent, parfois à la limite du racisme. On ne sait pas vraiment quel degré d’importance leur accorder. Toujours est-il que les Britanniques aiment donner des ordres et inverser les rôles. Si l’ensemble se veut profondément manichéen dans les rapports humains, cette constante contradiction dans les comportements rend l’approche maladroite à plus d’un titre.

Au-delà des caricatures et des clichés véhiculés, ce voyage chaotique multiplie les écueils. La progression souhaite mettre en avant des situations variées. Ce qui est loin d’être reprochable. Toutefois, cette même diversité se cantonne à un changement de cadre en répétant le schéma d’exposition à l’identique. Aux conditions difficiles se succèdent des révoltes isolées et des tentatives d’évasion plus ou moins avortées. Le point d’orgue de cette redondance réside dans une seconde et ultime partie où le film s’arroge les codes de la bataille navale. Une vaine entreprise pour rehausser l’intérêt, mais qui se solde par des actes héroïques, aussi désespérés que vite expédiés.

Au final, Retour de la rivière Kwai n’a pas grand-chose à voir avec son illustre modèle si ce n’est le cadre du Sud-est asiatique et son contexte historique. En plus d’un titre français à la grammaire douteuse, on nous inflige une intrigue redondante, des personnages inconsistants, ainsi qu’une progression linéaire et sans véritables enjeux. Hormis le fait de ressasser des poncifs sur fond de dialogues binaires, le film d’Andrew V. McLaglen est un cuisant échec. Pourtant le cinéaste avait fourni des efforts notables avec La brigade du diable et Les oies sauvages. Cette production aussi vaine qu’inattendue possède tous les atours d’un projet opportuniste et mercantile. Preuve en est avec l’une des éditions françaises qui l’intitule sobrement La rivière Kwai 2.

Note : 08/20

Image de prévisualisation YouTube

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.