octobre 27, 2020

Hellboy

De : Guillermo Del Toro

Avec Ron Perlman, Selma Blair, John Hurt, Rupert Evans

Année : 2004

Pays : Etats-Unis

Genre : Fantastique

Résumé :

Né dans les flammes de l’enfer, le démon Hellboy est transporté sur Terre lors d’une sombre cérémonie célébrée par les nazis, désireux d’utiliser les forces infernales à des fins de conquête. Sauvé par le docteur Broom, Hellboy est alors élevé pour combattre les forces du Mal. Armé, possédant un bras droit en pierre, il fait équipe avec le télépathe Abe Sapien et Liz Sherman, capable de contrôler le feu…

Avis :

Les films de super-héros ont la côte depuis l’avènement des effets spéciaux et surtout l’installation de deux univers très distincts, le MCU chez Marvel et le DCU chez DC. Il faut dire que ce sont là les deux principales maisons d’édition de comics américains et que leurs super-héros trustent depuis un long moment les ventes. Cependant, malgré le succès grandissant des super-héros au cinéma, une récente étude démontre que les ventes de comics chutent dangereusement, au point de se poser la question sur la vitalité de ce domaine. Et cela doit être encore plus dur pour des maisons d’édition avec une influence amoindrie comme Darke Horse. Mais il fallait compter sur le grand Guillermo Del Toro pour lancer la machine et adapter l’inadaptable, c’est-à-dire Hellboy de Mike Mignola.

Pourquoi est-ce si inadaptable ? Tout simplement parce que le comics inventé par Mignola fourmille d’idées, de références à une culture difficile d’accès pour les néophytes ou tout du moins le grand public. Lovecraft, Poe, Le Fanu sont autant d’auteurs cités que le grand public ne connait pas forcément et pourtant, c’est de l’imaginaire de ces hommes-là que provient le génie de Hellboy. Entre les références aux diverses mythologies, les grands anciens qui prennent une place importante, l’uchronie omniprésente, tout semble impossible à retranscrire sur grand écran. Mais Guillermo Del Toro est aussi un passionné de ces auteurs, de ces univers et il va pondre avec Hellboy un film de super-héros complètement différent, très référencé, mais aussi très fidèle aux comics et il en ressort une superbe alternative au MCU ou au DCU.

Le début du film raconte comment Hellboy est arrivé sur terre, à cause des nazis qui ont fait des expériences occultes pour réveiller le Ogdru Jahad, un démon qui vit dans l’espace. Les alliés vont échouer cette expérience et il n’en ressort que le démon rouge qui sera adopté par le Pr Broom. Soixante plus tard, Raspoutine revient d’entre les morts avec un pouvoir incroyable et il a besoin de Hellboy pour continuer sa quête insensée, libérer le démon et détruire la planète. Sauf qu’en soixante ans, Hellboy a bien grandi, et il est maintenant un agent au service du BPRD qui intervient sur tout ce qui a lieu à l’occulte. Bien évidemment, en proposant un tel scénario, Guillermo Del Toro s’assure une certaine continuité et l’installation d’un univers. Il pourrait très bien y avoir plusieurs Hellboy et ce sera d’ailleurs le cas avec une suite, vu que ce premier opus engrangera plus de 100 millions de dollars de recette. Mais revenons à nos moutons et voyons pourquoi ce premier opus est une belle réussite.

En premier lieu, la réalisation de Del Toro est très efficace et alterne efficacement les moments en CGI numériques et les costumes en latex. Fou amoureux des animatronics, le cinéaste mexicain propose un Sammael plus vrai que nature avec des phases en numérique, lorsqu’il bouge et des moments en costume (qui pesait plus de 27 kilos). En agissant ainsi, il évite brillamment le vieillissement programmé de son métrage, puisque quatorze ans plus tard, les effets n’ont pas trop vieilli et cela reste très regardable. Mais c’est surtout sur l’univers installé et la photographie que le réalisateur touche au but. Toujours fidèle aux comics (en même temps c’était assez logique avec Mignola au scénario), le film regorge de moments ésotériques très intéressants que l’on pourrait très bien retrouver dans les livres. Entre le départ et les nazis accros à l’occulte, les grands montres tentaculaires, Sammael et son design complètement fou, ou bien encore les acolytes de Hellboy avec Abe Sapiens et Liz Sherman (Selma Blair) la pyromane, tout dans ce film respire la nouveauté et la volonté de mettre en avant un univers décalé mais dans un monde réaliste. Car oui, il y un monde occulte, il y a des monstres cachés dans l’ombre et le BPRD est là pour ça. Quant à la photographie, elle est à tomber par terre, mélangeant allègrement les moments très sombres et des moments plus colorés, voire fluos.

Alors oui, le film n’est pas exempt de défauts et on peut par exemple lui trouver un manque émotionnel assez fort. Si on reste touché par l’amour délicat que porte Hellboy à son père adoptif, ou encore sur son incapacité à dire ce qu’il ressent, il manque une petite touche sensible à ce film. De plus, certains méchants sont sous-exploités. Si Kroenen est intéressant et bien glauque, on regrettera que Raspoutine n’ait pas plus de classe ou encore qu’Ilsa (référence non caché à Ilsa louve des SS) soit si peu présente ou si peu forte. On sera aussi attristé par le personnage de John Myers, joué par Rupert Evans, qui aurait pu être touchant dans sa maladresse, mais qui reste un sidekick sous-exploité et dont le background reste un mystère. Néanmoins, ces petits défauts font aussi la force du film qui va à un rythme d’enfer et qui montre à quel point un humain lambda ne sert quasiment à rien à Hellboy, si ce n’est d’être une sorte de rappel à son humanité derrière sa carapace de monstre. Guillermo Del Toro renoue avec sa thématique préféré, celle de montrer que derrière un physique monstrueux, voire même diabolique, peut se cacher quelqu’un de plus humain que l’homme. Et comment derrière un physique « normal » peut se cacher un terrible monstre avec Ilsa et Raspoutine. Cette thématique redondante chez le cinéaste est en arrière-plan ici, mais fonctionne à plein régime, ne prenant jamais le pas sur l’intrigue, les origines de Hellboy ou encore sur la rythmique.

Au final, Hellboy est une franche réussite, même s’il n’est pas le meilleur film de son auteur. Avec ce film, Guillermo Del Toro continue son exploration des monstres mais au sein d’un univers ultra référencé et vraiment novateur pour l’époque, mettant en avant des créatures divines cauchemardesques et une uchronie passionnante tissant des liens avec des choses vraies comme Le Soleil Noir de Thulé, un parti nazi qui s’intéressait aux sciences occultes. Bref, Hellboy est clairement un film de super-héros, avec un scénario assez simpliste, un méchant presque lambda, mais qui reste très efficace grâce à sa photographie, sa réalisation, mais aussi et surtout son univers riche et intéressant. Et quatorze ans plus tard, ça marche toujours aussi bien.

Note : 16/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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