octobre 26, 2020

Paranoïa

Titre Original : Unsane

De : Steven Soderbergh

Avec Claire Foy, Joshua Leonard, Amy Irving, Jay Pharoah

Année: 2018

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Une jeune femme, convaincue d’être harcelée, est enfermée contre son gré dans une institution psychiatrique. Alors même qu’elle tente de convaincre tout le monde qu’elle est en danger, elle commence à se demander si sa peur est fondée ou le fruit de son imagination…

Avis:

Steven Soderbergh n’aime pas la retraite. Après Effets Secondaires (2013), le cinéaste avait annoncé renoncer au métier de réalisateur. Après quelques rôles de producteurs notamment sur Magic Mike XXL, suite de son film, le réalisateur de Ocean’s 11 n’a pas tenu longtemps et est revenu l’année dernière avec l’excellent Logan Lucky. Désireux de tenter de nouvelles expériences, Soderbergh réalise Paranoïa, un thriller porté par Claire Foy et tourné à l’Iphone.

Des ressorts classiques

Paranoïa ne passionne pas pour son histoire qui reprend les ressorts classiques du genre. Un personnage névrosé, psychotique, mais pas dangereux, ni fou. Ecrasée par une société dans laquelle elle essaye de s’adapter, le personnage de Claire Foy est traumatisé par une expérience passée. Harcelée par un ancien petit ami, elle est obsédée par cet homme qui hante ses pensées. Embrigadée dans une salle histoire, elle se retrouve en observation dans un hôpital psychiatrique. Steven Soderbergh met en avant une histoire étonnante : l’arnaque à l’assurance. En 2017, plus de 412 personnes ont été interpellées après avoir participé à des escroqueries à l’assurance maladie. 295 professionnels de santé sont concernés dont 56 médecins. « Il s’agit de la plus grosse opération de répression de la fraude à l’assurance maladie de l’histoire de États-Unis », avait déclaré Jeff Sessions, le ministre de la Justice américaine. L’arnaque repose principalement sur la vente d’opiacés. Des médecins les prescrivent à des particuliers, toxicomanes ou dealers. Les acheteurs se font rembourser les médicaments par l’assurance maladie et les revendent au marché noir. Steven Soderbergh fait référence à cette affaire en parlant notamment des opiacés mais adapte l’histoire avec des patients en hôpital psychiatrique. Il va un cran plus loin et imagine comment des êtres humains sont abusés par des médecins qui gardent l’argent de l’assurance maladie.

Certains aspects rappellent parfois le grand classique de Milos Forman, Vol au-dessus d’un nid de coucou, dans lequel Jack Nicholson se retrouve embarqué dans un hôpital psychiatrique. Le personnage de Claire Foy rappelle parfois le personnage culte incarné par le grand Jack Nicholson, notamment via sa détermination sans faille. Au-delà de cette histoire, Paranoïa utilise des ressorts classiques dans son enchaînement : montée du doute, twist sur la folie ou non du personnage (attendu), montée en puissance, meurtre, course-poursuite, rien de bien nouveau. Une confrontation directe entre les deux protagonistes vaut néanmoins le détour : une joute verbale et psychologique en huis clos passionnante dans laquelle les acteurs crèvent l’écran. Enfin, le titre, Paranoïa, est justifié dans le tout dernier plan du film et revient mettre en doute quelques éléments de l’histoire comme tout thriller psychologique qui se respecte. Mais l’intérêt premier de Paranoïa n’est pas forcément dans le fond mais davantage dans la forme.

Une esthétique unique et déstabilisante

Utiliser l’Iphone pour filmer l’horreur est loin d’être une mauvaise idée. Le cellphone crée une proximité rare et « malaisante ». Avec ce simple outil de tous les jours, Soderbergh place son spectateur au plus près du personnage. Le public est au coude à coude avec Claire Foy et son personnage qui se fait manipuler de A à Z. Un moyen simple et efficace de transcrire les émotions, le malaise, l’oppression et la paranoïa. La frontière de l’image est brisée, le filtre est atténué, le spectateur est lui-même acteur de ce film qu’il perçoit comme une de ses propres vidéos. Les petits défauts de l’écran, du zoom ou du manque de stabilité se ressentent ce qui ne fait qu’accentuer ce sentiment de proximité et de malaise. L’Iphone traduit une sensation de voyeurisme permanent. Le filtre n’est plus celui embellissant d’une caméra mais celui réaliste d’un téléphone. Les plans larges pourraient être ceux d’un pervers derrière son téléphone ce qui accentue l’impression d’espionnage, de harcèlement. Ce choix artistique justifie totalement le scénario et accentue ses effets. L’Iphone entre au plus près de l’intimité du personnage et conditionne le spectateur dans sa propre situation.

Mais Soderbergh trouve des idées originales. Ponctué de nombreux gros plans, Paranoïa n’est pas hideux, malgré la mauvaise qualité du portable. Le cinéaste trouve quelques angles originaux, quelques plans gratifiants, mais une fois de plus, ces gros plans ont une double mission : atténuer le côté amateuriste du portable mais également accentuer la proximité avec le danger et la folie naissante du personnage. Certains mouvements de caméra sont discrets par le manque de stabilité de l’outil. Certaines scènes prennent une identité totalement différente via ce procédé, deviennent des instants presque volés, à l’écart du temps qui passe. Certains effets prennent également parfois une impression d’amateurisme dans la qualité de l’image et du montage. Mais ce procédé donne une délicieuse sensation rétro, telle un vieux Hitchcock, notamment dans la dernière scène du film. La bande son très monolithique renvoie également à ce monde électronique, froid, dans lequel la réalité est transformée, altérée, édulcorée ou dramatisée. Soderbergh renvoie la paranoïa à cette vie internet, miroir déformé de notre réalité, dans laquelle de nombreux psychopathes évoluent. C’est aussi en ça que Paranoïa est une réussite, dans sa manière de confronter la folie aux nouveaux enjeux, mais aussi de la montrer, avec cette idée de portable, et malgré la faiblesse scénaristique, Paranoïa est une idée brillante.

Un film à l’écart, un ovni à voir, sur lequel il est difficile de se faire une opinion. Steven Soderbergh s’emmerdait à la retraite et s’est occupé en réalisant un thriller très intelligent sur le danger des nouvelles technologies, masqué derrière une classique histoire de paranoïa.

Note : 14/20

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Par Aubin

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