Le Magasin des Suicides

De : Patrice Leconte

Avec les Voix de Bernard Alane, Isabelle Spade, Kacey Motte Klein, Isabelle Giami

Année : 2012

Pays : France, Canada, Belgique

Genre : Animation

Résumé :

Imaginez une ville où les gens n’ont plus goût à rien, au point que la boutique la plus florissante est celle où on vend poisons et cordes pour se pendre. Mais la patronne vient d’accoucher d’un enfant qui est la joie de vivre incarnée. Au magasin des suicides, le ver est dans le fruit…

Avis :

On ne présente plus Patrice Leconte, cinéaste français qui officie maintenant depuis les années 70. Référence, aimé ou détesté de la comédie française, mais pas que, puisqu’il s’est aussi diversifié, s’illustrant dans le drame avec « Monsieur Hire » ou encore « La fille sur le pont« . Patrice Leconte, depuis son premier film en 1971, c’est vingt-neuf films et presque autant de courts-métrages. On pensait que le réalisateur bloquait depuis les années 2000 et surtout son horrible chapitre trois de ses « Bronzés« , dans la comédie bancale et pas vraiment drôle. On pensait ne plus être surpris par Patrice Leconte qui donnait la désagréable impression de s’essouffler à la longue. Mais bon, parfois, il y a de petits sursauts qu’on n’attendait pas ou plus et c’est ce qu’il s’est passé avec cet énième film de Patrice Leconte.

Après plus de quarante ans de carrière, Patrice Leconte prend des risques et nous revient là où jamais on ne l’aurait attendu, le film d’animation. Un genre qui dans l’idée demeure aussi excitant que dans sa pratique peut faire peur, tant Patrice Leconte a su nous décevoir. Mais après visionnage, qu’on se rassure, « Le magasin des suicides » est l’un des meilleurs films de son réalisateur. Un film tordu et tordant, qui donne un incroyable souffle d’air frais à la carrière de Patrice Leconte. Bien réalisé et doté d’un humour on ne peut plus noir, « Le magasin des suicides » est la dernière petite perle d’un cinéaste qui démontre qu’il n’a peut-être pas encore joué sa dernière carte.

La vie est bien terne aujourd’hui, les gens n’ont plus goût à rien, tout n’est que gris, mauvais temps et tristesse. Dans ce monde sans émotion, les suicides sont monnaie courante. Et dans ce monde sans espoir, la famille Tuvache a trouvé le bon filon et a ouvert un magasin des suicides. Dans cette boutique légale et atypique, vous y trouverez tout pour réussir votre sortie et comme le dit Mr Tuvache, mort ou remboursé… Et c’est dans cette famille triste, monotone, que va naître Alan. Et alors que tous les Tuvache naissent en faisant la gueule, le jeune Alan est la joie incarnée. Un drame pour ses parents et un drame qui pourrait dans un avenir proche avoir de lourdes conséquences…

Oh qu’elle est jolie la petite surprise que Patrice Leconte nous a offert là ! Prenant tout le monde à contre sens, (même sa carrière) Patrice Leconte revient avec un film d’animation à l’humour très très noir. Le type d’humour qui ne trouve pas de juste milieu, on n’y adhère ou on le déteste. Ici, on va parler avec amour de la mort, du suicide, on va pousser les clients au suicide, on parle pendaison, on va parler avec délectation d’Harakiri, de mort par empoisonnement, d’armes à feu avec une seule balle, bref, « Le magasin des suicides« , c’est « La famille Adams » qui sublime la mort, la morosité, le gris et la tristesse. Une idée pour le moins aussi étrange qu’elle est originale. Et surtout une idée qui, vous l’aurez compris, est à prendre au second degré, car finalement, c’est en parlant en permanence de la mort que Patrice Leconte célébrera l’importance de la vie.

Doté d’un scénario aussi simple qu’il est original à la fois, (oui l’histoire demeure assez convenue au final) Patrice Leconte arrive parfaitement à nous amuser avec son film. Son intrigue est bien menée, même si on lui reprochera deux ou trois égarements, comme la scène assez malaisante du gamin qui trippe sur sa sœur. Mais pour le reste, « Le magasin des suicides » nous offre une intrigue aux petits oignons qui s’assume pleinement et qui ira jusqu’à une fin excellente, qui sera le paradoxe de tout le film et son ambiance.

« Le magasin des suicides« , c’est aussi une mise en scène sublime qui a du mordant et de l’humour. Une mise en scène parcourue de dessins, de graphismes et plus largement de choix qui sont tous intéressants et bons. Et une mise en scène qui ne montre pas tout au premier visionnage, car le film est truffé de clins d’œil, de références ou simplement d’éléments amusants, qu’il est impossible de tous les découvrir au premier abord.

Le film est beau à regarder, doté de couleurs sombres, grisonnantes et en même temps assez vives, pour donner un petit ton décalé. On remarquera aussi la richesse de l’écriture qui pousse dans le sordide et nous amuse avec. Que ce soit dans les dialogues percutants, les jeux de mots géniaux, voire passionnants à débusquer, ou encore les chansons morbides à souhait qui sont toutes très bien amenées. Bref, « Le magasin des suicides » et son humour on ne peut plus noir est une surprise en tout point, surtout quand cette dernière vient de Patrice Leconte.

Pour son premier film d’animation, Patrice Leconte s’en tire avec les honneurs, voire même les admirations tant la surprise est totale. Délirant, décalé, assumé, malsain, vicieux, morbide et finalement plein de vie, « Le magasin des suicides » est la dernière perle qu’on n’attendait plus de Patrice Leconte.

Note : 16/20

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Par Cinéted

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