Le Pont de la Rivière Kwaï

Titre Original : The Bridge on the River Kwai

De: David Lean

Avec Alec Guinness, William Holden, Jack Hawkins, Sessue Hayakawa

Année: 1957

Pays: Angleterre, Etats-Unis

Genre: Guerre

Résumé:

En 1943, un régiment anglais interné dans un camp de prisonniers en Birmanie est affecté à la construction d’un pont en pleine jungle. Après s’être opposé à ce projet, le colonel cède aux exigences japonaises. Il ignore que les Américains préparent le dynamitage du pont…

Avis :

Certaines œuvres disposent d’une aura intemporelle définitivement ancrée dans la culture et l’imaginaire collectif. Même sans le connaître par cœur, l’air siffloté par le groupe de prisonniers britannique reste la composition la plus mémorable du métrage de David Lean. Pour le cinéaste, Le pont de la rivière Kwai marque le début de la consécration et de sa propension à dépeindre des fresques historiques à l’envergure mythologique. Une prédilection qui donnera par la suite des chefs d’œuvre tout aussi incontournables, comme Lawrence d’Arabie et Le docteur Jivago. Ici, il s’attelle au roman éponyme de Pierre Boulle, également auteur de La planète des singes.

Si le contexte de la Seconde Guerre mondiale tend irrémédiablement vers le film de guerre, David Lean n’en oublie pas pour autant le cadre exotique et l’esprit d’aventure qui émane du roman. De fait, on ne catégorisera pas forcément son film dans un style plutôt qu’un autre. Le ton donné présente un amalgame subtil pour mieux se concentrer sur l’histoire tout en tirant le meilleur parti des codes des genres précités. Une progression méticuleuse, un rythme soutenu, ainsi qu’une ambiance unique. L’immersion est totale, scindant la trame en plusieurs arcs narratifs, notamment le refus de coopérer, la cohabitation, pour ensuite déboucher sur la concrétisation d’une œuvre en dépit du climat dans lequel elle a été conçue.

Sur bien des points, Le pont de la rivière Kwai fait office de précurseur. Il ouvre la voie aux films de commandos tels que Les canons de Navarone, Quand les aigles attaquent ou Les 12 salopards. Le présent métrage préfigure également des tons plus dramatiques, comme le fera 26 ans plus tard Furyo. Dans une certaine mesure, on peut même songer à La grande évasion. À peine au sortir de la Seconde Guerre mondiale, on pourrait craindre une certaine opposition des forces avec un traitement manichéen. Si la première partie confirme ce constat, elle s’estompe sitôt la construction du pont entamée. Ce qui s’annonce comme un sujet de controverse et de différence tend davantage vers le rapprochement.

Car si l’on songe à une collaboration plus ou moins volontaire, la grande qualité de l’histoire est de brouiller la frontière entre prisonniers et geôliers. Le fait qu’aucuns miradors ou barbelés ne soient installés y concourt grandement ; quand bien même la jungle est un lieu suffisamment inhospitalier pour tuer. De même, les échanges effacent l’hostilité première à une cordialité toute mesurée, notamment lorsqu’il s’agit de mettre en commun les compétences pour construire un pont suffisamment robuste pour le passage d’un train. Pour autant, il n’est pas question d’altérer les conditions de travail difficiles, voire extrêmes, d’un tel camp.

Bien que l’on ne s’attardera pas sur les exactions commises dans les camps de prisonniers, de nombreuses allusions sont faites pour dépeindre un quotidien miné par la mort. La séquence d’ouverture sur le cimetière en est l’exemple le plus représentatif. Cela vaut également pour les possibilités de soin dans l’infirmerie, ainsi que la rudesse du climat. Le « four » sera par la même l’un des passages les plus éprouvants pour les protagonistes. Personnages qui, au demeurant, bénéficient d’un background de qualité ; le tout appuyé par une interprétation exceptionnelle d’un casting non moins prestigieux. Alec Guinness et William Holden sont irréprochables en tout point.

De tout temps, rares sont les adaptations à profiter d’un tel traitement. Le pont de la rivière Kwai ne vieillit nullement et mérite amplement son statut de film culte. Nanti d’une intrigue intelligente, le film de David Lean raconte l’histoire d’hommes et de leur rapport à la guerre, au pouvoir. La progression reste non moins percutante. D’abord symbole d’une défiance relative à la situation des prisonniers et de leurs entraves sinon physiques, d’ordre moral, le pont devient synonyme d’émancipation des codes de la guerre et des cultures. Au conflit entre Japonais et Britanniques, succède un sentiment de liberté traduit par la pose d’un panneau mémorial. Une considération aussitôt annihilée par l’âpreté de la réalité lors du dénouement qui, en point d’orgue de cette immense fresque, souligne le non-sens de la guerre avec un seul mot : « Folie ». Un film inoubliable.

Note : 19/20

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Par Dante

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