La Machine à Explorer le Temps

Auteurs : Dobbs et Mathieu Moreau

Editeur : Glénat

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Londres, fin du XIXe siècle. Un groupe d’amis écoute les aventures de celui qui prétend être le premier voyageur du temps. Son récit débute en l’an 802 701. La Terre est alors habitée par les Éloïs, descendants des hommes vivant en harmonie, passant leur temps à jouer et à manger des fruits dans un immense jardin d’Eden. Mais derrière ce paradis se cache un terrible secret… Car une autre espèce vit dans les profondeurs de la Terre : les Morlocks, sortes de singes blancs aux yeux rouges ne supportant plus la lumière du jour à force de vivre dans l’obscurité. La nuit, ils remontent à la surface pour kidnapper et se nourrir des Eloïs…

Avis :

La machine à explorer le temps est l’une des histoires les plus emblématiques d’H.G. Wells. Considéré comme son premier roman, l’écrivain n’aura de cesse de retravailler le récit de base pendant presque 40 ans. D’essais non publiés en versions éditées, cette œuvre majeure de la science-fiction est également la plus célèbre en ce qui concerne la thématique du voyage dans le temps. D’emblée, l’auteur pose les jalons d’une aventure aussi fantastique que fascinante dans la portée de ses découvertes. Il paraissait donc logique que le présent ouvrage rejoigne les adaptations de la collection Glénat auprès de L’homme invisible, L’île du docteur Moreau et La guerre des mondes.

En revanche, ce qui l’est moins réside dans la volonté d’enclaver le roman dans une seule bande dessinée alors que son développement méritait un diptyque, comme certains des livres précités. Et c’est sur cette base vraisemblablement tronquée que l’on devra apprécier le travail de Dobbs et Moreau. Force est de reconnaître que l’élagage narratif est pour le moins radical. On ne s’attarde guère sur le contexte du XIXe siècle. On néglige l’entrée en matière au profit d’une dynamique pas forcément pertinente en de telles circonstances. Pour compléter le tableau, on occulte une majeure partie du nihilisme qui imprégnait l’atmosphère du roman.

Tant dans l’action que dans les explications, l’ensemble s’avère très succinct. Une impression constante qui ne retient que l’essentiel de l’histoire de base. Certes, cela demeure parfaitement intelligible, même si, là encore, on souhaitait un traitement plus fouillé sur le monde de l’an 802 701. Ici, les descriptions restent purement artistiques sur l’avenir de l’humanité. On aurait néanmoins apprécié quelques ajustements par rapport au devenir des vestiges de notre civilisation, presque indemnes. Un choix qui a le mérite de poser le décor, mais n’est nullement réaliste quant à la préservation des ruines. En ce qui concerne la réappropriation de la nature, elle fluctue au gré des besoins du récit alors qu’il n’aurait rien dû subsister.

Contrairement au roman, le voyage dans le temps s’impose davantage comme un prétexte à la bonne progression de la trame. Il n’est nullement un élément fondateur qui possède une véritable portée sur les événements. Tout juste le sujet permit-il d’introduire l’histoire et d’offrir un épilogue relativement appréciable dans ce qu’il suggère. Pour le reste, on a droit à une errance plus ou moins fortuite du protagoniste dont la destinée s’ébranle par la force des choses. Une sorte de déterminisme sous-jacent qui annihile son libre arbitre. Par conséquent, l’ensemble s’avère assez linéaire et convenu dans les propos qu’il avance.

Néanmoins, le trait de dessin appuyé de Moreau reste soigné et offre de magnifiques tableaux à même d’illustrer la transition temporelle sur deux planches. Les panoramas décrivant les contrées sauvages et impénétrables dans l’avenir ne sont pas pour déplaire. L’enchaînement des séquences empêche pourtant de les approfondir. Un état de fait similaire se constate à l’appréciation de dialogues pour le moins circonspects. Quant au barrage de la langue, le problème est contourné en mettant en avant la stupidité des Éloïs. À ce titre, on notera une vague allusion au colonialisme et au mépris des explorateurs pour les autochtones.

Au final, La machine à explorer le temps est une adaptation moyenne et peu révélatrice de la valeur du roman original. Malgré une patte graphique fluide et appuyée, on regrette une trame amputée de la plupart des qualités insufflées par H.G. Wells. L’ambiance est repensée pour toucher un large public, tandis que l’histoire a subi des coupes drastiques. Un mal nécessaire pour coller au format de la bande dessinée, mais qui, par là même, altère considérablement la teneur du récit. Le personnage principal manque de répondant et se cantonne à quelques considérations binaires quant au devenir de l’humanité et le jugement qu’il pousse sur l’an 802 701. Une vision assez simpliste et partielle.

Note : 12/20

Par Dante

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