Fruitvale Station

De : Ryan Coogler

Avec Michael B. Jordan, Melonie Diaz, Octavia Spencer, Kevin Durand

Année : 2013

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Le 1er janvier 2009 au matin, Oscar Grant, 22 ans, croise des agents de police dans la station de métro Fruitvale, San Francisco. Le film raconte les vingt-quatre heures qui ont précédé cette rencontre.

Avis :

Les Etats-Unis ont un énorme souci avec le racisme. C’est un état de fait et de nombreuses associations essayent de combattre cela en faisant diverses actions ou manifestations pour protester contre des injustices flagrantes et une police de plus en plus permissive. Parmi les faits divers les plus connus, on peut citer le cas d’Oscar Grant, jeune afro-américain de 22 ans qui va se faire tirer dessus dans la station de Fruitvale le jour de l’an par un policier qui dira par la suite, pour sa défense, qu’il a confondu son pistolet avec son taser. Cette histoire a défrayé la chronique, des émeutes ont eu lieu et malgré la démission des policiers impliqués dans l’affaire, le tueur n’écopera que de deux ans de prison, dont il ne fera finalement que onze mois pour bonne conduite. Une injustice qui va bien évidemment sauter aux yeux du monde, mais aussi des artistes et cinéastes.

Le problème, c’est que lorsque Ryan Coogler souhaite faire un film sur Oscar Grant, il sort à peine de son école de cinéma et trouver des sous pour produire un tel projet n’est pas une chose aisée. Sauf pour des artistes noirs qui veulent pointer du doigt les dysfonctionnements d’une société qui part à vau l’eau et qui veut étouffer certaines affaires à caractère raciales. Grâce à ce projet, il va trouver des acteurs comme Forest Whitaker ou encore Octavia Spencer, qui voudront faire partie de l’aventure, le premier comme producteur et la seconde comme productrice et actrice. Cependant, Ryan Coogler va choisir la difficulté avec son film, puisqu’il ne va pas se contenter de montrer le meurtre, il va prendre le temps de construire son personnage, de lui donner de l’épaisseur, de nous faire ressentir de l’empathie, et de nous montrer à quel point Oscar Grant était un citoyen lambda qui a subi les foudres d’une force de l’ordre létale.

Le plus gros reproche que l’on pourrait faire à Fruitvale Station, c’est son côté un peu hagiographique. Oscar Grant nous est présenté comme un dealer à la sauvette, un peu branleur sur les bords, qui trompe sa femme, mais qui va tout faire, durant vingt-quatre heures, pour se ranger, trouver un nouveau job et dire au revoir à la vente de drogue. Ryan Coogler présente cet homme comme quelqu’un de sain, de profondément bon et qui va rendre service à tout le monde durant la journée avant qu’il ne se fasse descendre. Ainsi donc, on pourrait avoir des doutes sur les intentions premières du réalisateur qui dresse un portrait très élogieux de son personnage principal, lui prêtant toutes les bonnes intentions, raccrochant tout ce qui est mauvais et rendant service à n’importe qui, de façon complètement désintéressé. Mais ce récit un poil trop élogieux n’est pas fait par hasard et le réalisateur a fait des tonnes de recherche pour coller au plus près du personnage.

Et d’ailleurs, ce n’est pas parce qu’il est bon et doux avec sa famille, et notamment sa fille, que tout cela arrange le film. Ce qui rend le film si beau et si touchant, c’est sa façon d’amener de la tension au fur et à mesure du métrage. Souriant sur un plan lorsqu’il veut aider une femme dans un supermarché, Oscar Grant (et Michael B. Jordan par extension, tout bonnement incroyable) va changer en un quart de seconde lorsqu’il parle à son ancien patron pour retrouver du travail. On peut voir cela lorsqu’il repense à son passé, en prison, quand un homme s’en prend à sa mère. Bref, petit à petit, le film fait monter une sorte de pression constante, qui aboutit à l’inéluctable. Cette tension va aussi être contrebalancée par des personnages simples et touchants. Outre le fait que le héros de l’histoire soit terriblement empathique, ce sera aussi le cas de sa famille ou de ses amis, même quand ils font la fête dans le métro. On perçoit un homme simple et gentil, aidant son prochain, peu importe sa couleur de peau. Car on pourrait croire que le film ne s’adresse qu’à la population black, mais ce n’est pas vrai et bien souvent il y a un échange sain entre blanc et noir. Une preuve de l’intelligence de Ryan Coogler qui montre ainsi non pas une suprématie, mais un juste équilibre.

Enfin, ce qui fait aussi la force émotionnelle du film, c’est la mise en scène. Si certains trouvent qu’il n’y a rien à dire sur le côté technique, c’est totalement faux. Le réalisateur, dont c’est le premier film, montre déjà une maturité hors normes. Pour donner plus d’impact à son film, quasiment tous les plans sont placés derrière Michael B. Jordan, au plus près de ce personnage, afin de se sentir à ses côtés. Si la caméra bouge de temps à autre, cela donne plus de crédit au film, impliquant clairement le spectateur dans cette histoire afin de le toucher encore plus sur la fin. Une fin subite, dure, mais qui montre là aussi tout le talent de Coogler, qui filme les visages désappointés comme personne et qui va surtout impliquer davantage le spectateur dans cette histoire, le faisant intégrer la famille et les amis dans la salle d’attente. La mise en scène, simple, vive, naturelle, permet de vraiment ressentir les émotions et de prendre part à cette perte injuste et révoltante.

Au final, Fruitvale Station est un grand film. Un grand film pas pour son histoire, mais plutôt pour sa façon d’être racontée, faisant monter petit à petit la pression, tout en présentant un personnage simple et crédible pour lequel on ressentira une profonde empathie. Avec ce premier film, Ryan Coogler frappe un grand coup et démontre tout son talent (qu’il ne fera que confirmer par la suite), mais touche aussi au plus profond, nous rappelant à tous que peu importe la couleur de peau, nos origines, toutes les vies comptent et que certains crimes ne doivent pas rester impunis.

Note : 19/20

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Par AqME

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