Batman – Gotham by Gaslight

De: Sam Liu

Avec les Voix de Bruce Greenwood, Jennifer Carpenter, Chris Cox, John DiMaggio

Année : 2017

Pays : Etats-Unis

Genre : Animation

Résumé :

Au XIXème siècle, Batman traque Jack L’Eventreur.

Avis :

À l’instar d’autres super-héros, Batman traverse les époques et s’adapte à leurs exigences respectives pour toucher des générations de lecteurs, spectateurs et joueurs. La psychologie du personnage demeure fidèle, mais les moyens technologiques employés et le contexte évoluent. Il est certaines occurrences qui effectuent une régression ou plutôt une transposition de l’univers original dans une période différente. Loin de dénaturer l’idée que l’on se fait du chevalier noir, cette approche permet d’apprécier un point de vue novateur et inédit sur l’œuvre de Bob Kane. Chez DC, le procédé porte même un nom : Elseworlds. Le concept a déjà été employé pour confronter Batman et Dracula. Ici, c’est Jack L’Éventreur qui est concerné.

Si l’époque victorienne est clairement au centre des inspirations, on ne peut parler du contexte comme tel puisque Gotham n’est pas britannique, mais américaine. N’en déplaise à la présence du plus célèbre tueur en série qui soit. Ceci étant, il est vrai que la fin du XIXe siècle marque Gotham des stigmates de son modèle londonien. Le plein essor de la Révolution industrielle, les quartiers pauvres et crasseux qui débouchent vers les bas-fonds malfamés, les abattoirs, le monde du music-hall (tout comme dans Golem – Le tueur de Londres)… Malgré une certaine économie de moyens dans la reconstitution, la faute à quelques occultations, tout concourt à retrouver l’esprit et les grandes lignes de la capitale anglaise.

De plus, l’ensemble évoque à minima quelques éléments propres au steampunk. Cela passe par le survol des dirigeables, mais surtout par les costumes d’époque ou encore les gadgets employés par Batman. Le voir évoluer dans un tel contexte est aussi déconcertant qu’appréciable. Et c’est justement dans cet amalgame de son univers et une réalité historique fantasmée que Gotham by Gaslight réussit à entraîner le spectateur dans son sillage. Il n’est nul besoin de connaître les aventures de Batman pour se pencher ou s’intéresser au présent métrage. L’intégration de figures familières ou d’éléments propres au « Batverse » est en filigrane. Difficile de parler de fan service, mais plutôt de subtiles allusions qui n’entravent nullement l’intelligibilité de l’intrigue.

À ce titre, cette dernière joue également sur les codes du polar historique en prenant en compte les contraintes dues aux récits de super-héros. Là encore, le détournement de certains faits et protagonistes s’effectue au profit d’un développement foncièrement singulier dans son évolution. En parallèle d’une critique sociale acerbe sur la place des femmes au sein de la société, le traitement mature s’appuie autant sur le charisme de L’Éventreur que sur le mystère entourant son mobile. De fausses pistes en manipulation, le scénario bénéficie d’une dynamique réaliste et soignée. En cela, le dénouement est encore moins prévisible pour les amateurs de Batman, car il détourne de fort belle manière les idées reçues et les connaissances auxquelles on peut prétendre.

On notera néanmoins un léger bémol quant à la patte graphique dont les traits simplistes dénotent sensiblement avec le fond. Les couleurs et les contrastes sont corrects, mais la gestion de l’obscurité est par trop aléatoire avec des recoins sombres qui, à l’écran, ne le sont plus vraiment. Les animations, elles, restent dans l’ensemble assez succinctes et schématiques. Un constat qui ne vaut pas pour des combats bien chorégraphiés où chaque assaut, chaque geste, se décompose avec force et détails. Dommage que cette constance ne se retrouve pas pour toutes les séquences. En revanche, le doublage (original, comme français) se révèle honorable. Ce qui est pourtant loin d’être un acquis.

Malgré quelques perfectibilités sur la forme, Batman – Gotham by Gaslight réinvente la mythologie relative au super-héros avec conviction et crédibilité. Le mélange contextuel de réalité et de fiction offre une réappropriation singulière de l’affaire Jack L’Éventreur. Par le biais d’un détournement délibéré des composantes du « Batverse », l’intrigue évite le piège du fan service pour se concentrer sur sa qualité de narration. Même si l’on n’approfondit pas son passé ou ses névroses, on retrouve donc le côté implacable et sombre de Batman aux prises avec un redoutable adversaire. De plus, certains points relatifs à ses débuts sont présents, comme l’hostilité des forces de l’ordre à son égard ; donnée qui trouve ici une résonnance particulière.

 

Note : 16/20

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Par Dante

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