Hérédité – Cauchemar Eveillé

Titre Original : Hereditary

De : Ari Aster

Avec Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro

Année : 2018

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Lorsqu’Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

Avis :

Le cinéma d’horreur regorge de petites pépites, mais elles se font de plus en plus rares. Le principal problème avec ce genre, c’est qu’il est aussi bien un terrain expérimental pour des réalisateurs sans le sou, qu’un endroit qui attire les producteurs pour se faire de l’argent aisément en produisant à tour de bras des films sans âme, mais qui feront un carton au box-office auprès des jeunes. Fort heureusement, le côté expérimental est toujours présent, même s’il n’a pas pignon sur rue, et parfois, on peut y voir les premiers pas de futurs grands réalisateurs. Faut-il rappeler que des cinéastes comme Spielberg, Cameron, Peter Jackson ou encore Francis Ford Coppola sont passés par l’horreur au tout début de leur carrière ? Le souci, c’est que ces films sont souvent mal distribués, du fait de certaines perturbations par les jeunes gens qui ne savent pas se comporter, ou encore par peur de ne pas remplir sa salle. Et c’est dommage. C’est dommage car on peut tomber sur des films comme Hérédité, qui renouvelle le cinéma de genre, tout en présentant un environnement novateur, une mise en scène totalement libre et une ambiance plus que malsaine. Car oui, Hérédité est une petite pépite de l’horreur, comme on en voit que trop peu, et révèle par la même occasion Ari Aster.

Le scénario du film est relativement complexe et lugubre. Nous allons entrer dans l’intimité de la famille Graham, dont la grand-mère vient de décéder. Sorte de matriarche au caractère bien trempé, elle délaisse alors sa fille, qui ne l’aimait pas tant, un gendre, un petit-fils et une petite-fille qui a quelques troubles du comportement. Très rapidement, on va voir que les choses ne sont très normales chez la famille, et petit à petit, un cauchemar commence à prendre forme, pour ne laisser personne indemne. Le film joue clairement la carte du cauchemar insidieux qui prend de plus en plus d’ampleur, pour finalement happer tout ce petit monde. La première chose qui frappe avec Hérédité, c’est que le film est glauque et qu’il distille des indices au fur et à mesure, sans se presser, jouant vraiment la carte du film d’horreur old school, laissant du temps aux personnages pour se développer et ainsi ressentir une véritable empathie. Le film est donc volontairement lent pour appuyer ses personnages, mais aussi son background, qui est très riche et fourmille de symboliques et d’autres indices qui amènent à la compréhension de l’ensemble. Que ce soit de petites images subliminales, des reproductions en miniature pour faire comprendre un passif assez lourd ou encore l’expression de ce que l’on pense vraiment, le film joue sur les détails et distille son intrigue au compte-goutte.

Tout cela favorise alors l’immersion du spectateur dans ce film, qui va devenir de plus en plus suffocant et terrifiant. Car au-delà de son histoire principale sur fond de malédiction familiale, le film s’autorise quelques jolies réflexions sur l’hérédité, l’injustice de la vie et les non-dits qu’il peut exister au sein d’une famille, préférant se taire plutôt que de blesser. Ainsi donc, Ari Aster donne vraiment un fond dramatique à son histoire, qui navigue constamment entre injustice, frôlant parfois le grotesque, et cette sensation que l’on ne peut rien faire face à son destin. Il nous présente donc une famille dysfonctionnelle, qui fait tout pour que ça marche, mais qui ne peut rien contre cette hérédité. Pour favoriser aussi l’immersion, le réalisateur a peaufiné ses personnages du mieux possible, leur donnant à chacun un caractère, une grande force et une attitude très plausible. Ca crie, ça pleure, ça hurle, ça a peur, et même si parfois la version française peut laisser à désirer, ça marche et on se sent au plus proche de cette famille pour qui tout va mal. Et c’est le plus important dans un film d’horreur, de se sentir à la place des protagonistes pour vraiment avoir peur. Ari Aster l’a très bien compris et livre donc une histoire intelligente portée par des personnages plausibles et joués divinement, notamment de la part de Toni Collette qui est complètement bluffante.

Si l’histoire et l’immersion dans celle-ci sont parfaites, il en va de même pour la réalisation. En effet, cette dernière est tout simplement incroyable et fourmille d’idées dans tous les sens. Mais attention, elle est aussi très référentielle, et on retrouvera quelques éléments qui pourront faire penser à d’autres cinéastes et notamment John Carpenter, par la bande-originale, mais aussi une vision particulière de l’enfer et de la montée progressive de l’angoisse. On pensera aussi à James Wan sur quelques plans très longs, où la caméra pivote lentement pour mettre en avant de petits indices, de petits déplacements et ce choix permet aussi d’augmenter une pression déjà très haute, faisant deviner au spectateur une possible apparition soudaine. Ari Aster cite aussi comme référence Na Hong Jin et son superbe film The Strangers, et cela se ressent dans ce rythme assez lent, mais aussi et surtout cette faculté d’ancrer l’horreur absurde dans une réalité crue. Cette mise en scène renforce donc un sentiment de malaise qui ne quittera jamais le spectateur, notamment aussi grâce au travail sur le son, sur les petits bruits de bouche ou des sonorités discrètes (comme le battement d’un cœur chez une dame), sur la lumière, qui contient beaucoup de symbolique et où le rouge est très présent, faisant certainement des références à l’enfer, ou encore sur les ellipses temporelles, qui interviennent de manière impromptue, surprenant le spectateur, ne sachant jamais vraiment ce qui est vrai et ce qui est faux. Bref, en faisant ainsi, le cinéaste livre un véritable cauchemar duquel il est très difficile de sortir.

Enfin, malgré sa lenteur, le film ne lésine pas sur le gore et les effets très malsains. Il y a une véritable maturité qui se dégage de ce film, notamment sur les effets de peur. Car si l’angoisse monte progressivement, certains passages sont véritablement glaçants et tout cela en utilisant peu, voire pas, de jump scare, hormis pour mettre en action un moment qui fut lent, contemplatif et fortement dérangeant. Ari Aster va jouer sur différents sujets qui peuvent susciter du dégoût ou un sentiment malsain chez l’être humain. Il joue ainsi beaucoup sur la nudité obscène, n’hésitant pas à jouer avec les corps et les sourires carnassiers. Il joue beaucoup avec les reflets et l’image que l’on renvoie. Il s’amuse aussi avec nos peurs comme le somnambulisme, les insectes ou encore la folie. Et tout cela constitue la pyramide dérangeante qui culmine à la fin du métrage dans un déluge d’effets d’épouvante et de rituels païens. Un final qui nous fait prendre conscience de chaque petit détail que l’on a vu précédemment et qui montre à quel point le film est riche et intelligent. Et difficile aussi de ne pas penser à certains maîtres à penser dans cet univers comme Lovecraft et ses cultistes, Dante et son enfer, Clive Barker et son pandémonium cénobite ou encore Mike Mignola et son trait si caractéristique que l’on pourrait presque retrouver dans un livre feuilleté en fin de film. Bref, c’est dense, mais c’est de qualité.

Au final, Hérédité est certainement LE film d’horreur de l’année, celui que l’on n’attendait pas, qui, en plus, n’est pas un spin-off d’une quelconque saga ou une énième production Blumhouse et ça fait du bien de voir un film comme ça au cinéma. Un film qui ne rentre dans aucune case, qui est libre de ses mouvements et de ses choix artistiques et qui propose vraiment une plongée infernale vers l’angoisse et l’horreur. Hérédité n’a pas usurpé son statut de film d’horreur terrifiant et il se pourrait bien qu’il ait un avenir aussi brillant que L’Exorciste d’un certain William Friedkin. Par contre, attention, le film est très lent et il peut se rapprocher d’un It Follows de par sa rythmique et son ambiance. Mais quand on pense à Carpenter, Wan, au cinéma horrifique coréen ou encore à Clive Barker, c’est que c’est de la grande, très grande, qualité.

Note : 19/20

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Par AqME

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