septembre 28, 2020

Sleeping Beauties – Stephen King & Owen King

Auteurs : Stephen King et Owen King

Editeur: Albin Michel

Genre: Fantastique, Horreur

Résumé:

Un phénomène inexplicable s’empare des femmes à travers la planète : une sorte de cocon les enveloppe durant leur sommeil et si l’on tente de les réveiller, on prend le risque de les transformer en véritables furies vengeresses. Bientôt, presque toutes les femmes sont touchées par la fièvre Aurora et le monde est livré à la violence des hommes. À Dooling, petite ville des Appalaches, une seule femme semble immunisée contre cette maladie. Cas d’étude pour la science ou créature démoniaque, la mystérieuse Evie échappera-t-elle à la fureur des hommes dans un monde qui les prive soudainement de femmes ?

Avis :

Exception faite de Talisman et de Territoires coécrits avec Peter Straub, Stephen King n’a pas pour habitude de se lancer dans l’écriture à quatre mains. Cependant, la donne est différente lorsqu’il s’agit d’un de ses enfants. Bien que ses livres ne soient pas publiés en France, Owen King est également romancier. Si l’idée du présent ouvrage s’est manifestée bien avant sa concrétisation, elle n’en demeure pas moins d’actualité. Non pas sur une apocalypse en devenir laissant les hommes seuls héritiers de la Terre, mais sur la thématique féministe qui en émane. Aux États-Unis, sa sortie a même anticipé le scandale Weinstein. Bref, ce constat démontre que le dernier né de la famille King confirme une nette tendance à replacer la femme au centre des valeurs de la société.

Et ce n’est pas un mal, loin s’en faut, que d’octroyer à la gent féminine la place d’importance qui lui est due. Cela concerne les fictions cinématographiques et littéraires, mais aussi le quotidien d’une réalité cruellement tangible. En cela, l’initiative s’avère excellente et pertinente pour disposer de figures féminines réellement présentes et nécessaires au bon déroulement de l’intrigue. En tête de liste, on pense à Evie Black, dont la nature est une énigme (et le restera). Dans une certaine mesure et le côté antéchristique en moins, sa personnalité, ses pouvoirs et son omnipotence rappellent Randall Flag dans Le fléau.

L’idée initiale de plonger les femmes dans un sommeil dont elle ne se réveille pas concourt à instaurer une ambiance de contes de fées désenchantées. L’allusion à La Belle au bois dormant est évidente, notamment dans le titre et la dénomination de ce mal. Mais c’est surtout la façon de développer une approche toute fantasmagorique d’une pandémie sans précédent qui tend à confirmer cet état de fait. Cette part de l’histoire intervient surtout dans la seconde moitié du livre. Là où l’on découvre ce que deviennent les femmes quand elles sont enveloppées dans leur cocon. Avant cela, le récit s’attarde sur une lutte contre le sommeil pour toutes les femmes du globe, particulièrement celles de Dooling, ville modeste de la Virginie-Occidentale.

Bien que certains passages auraient gagné à plus de concision, l’ensemble reste assez fluide et dynamique. On connaît la propension de Stephen King pour une caractérisation fouillée. Le nombre conséquent de personnages tend à multiplier les points de vue pour aborder la situation sous une multitude d’angles différents. D’ailleurs, la liste des intervenants en fin d’ouvrage est un repère plus qu’appréciable en guise de récapitulatif. À cela s’ajoute une densité de texte à même de détailler avec rigueur les événements clefs de la pandémie Aurora. La complexité d’une telle mise en place impose une immersion et une implication immédiate de la part du lecteur.

Cela fonctionne, du moins dans une certaine mesure. On n’échappe pas à quelques digressions, ainsi qu’à des points de vue dispensables. Et l’on ne parle pas ici des excursions sauvages du renard. Pour autant, il est une constante assez maladroite qui tend à simplifier à outrance l’opposition homme/femme. Dans leur quête d’encensement féministe, les auteurs s’en sont tenus à évoquer moult clichés et poncifs relatifs aux deux sexes. Le clivage qui en résulte joue sur un manichéisme assez grossier où un monde sans homme est un monde merveilleux ; où un monde sans femme est… Eh bien, il n’existe pas, car l’homme est un incapable arriviste, macho et fainéant, de surcroît. Des travers ou des vertus qui sont inhérents à l’humanité et non l’apanage de l’homme ou de la femme.

Au final, Sleeping Beauties est un récit fantastique dont le potentiel initial se révèle plus simpliste qu’il n’y paraît. La trame et l’ambiance instaurées permettent de retrouver un semblant de féerie corrompue dans un contexte réaliste. De plus, la qualité de la narration et la progression nuancée entretiennent l’intérêt de l’histoire. L’on ne peut que regretter un discours sous-jacent trop dogmatique et sentencieux qui manque cruellement de lucidité au regard du sujet évoqué. À l’instar de certains problèmes communautaires, féminisme et machisme ont encore de beaux jours devant eux, surtout quand on traite les conséquences des extrémismes et non les causes. Pour en revenir à l’aspect purement fictionnel, Sleeping Beauties mérite que l’on s’y perde, sans pour autant passer des nuits blanches, comme ses protagonistes.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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