Jurassic World Fallen Kingdom – Bayonasaurus Rex

De : Juan Antonio Bayona

Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall, Justice Smith

Année: 2018

Pays: Etats-Unis

Genre: Aventure

Résumé:

Cela fait maintenant trois ans que les dinosaures se sont échappés de leurs enclos et ont détruit le parc à thème et complexe de luxe Jurassic World. Isla Nublar a été abandonnée par les humains alors que les dinosaures survivants sont livrés à eux-mêmes dans la jungle. Lorsque le volcan inactif de l’île commence à rugir, Owen et Claire s’organisent pour sauver les dinosaures restants de l’extinction.  Owen se fait un devoir de retrouver Blue, son principal raptor qui a disparu dans la nature, alors que Claire, qui a maintenant un véritable respect pour ces créatures, s’en fait une mission. Arrivant sur l’île instable alors que la lave commence à pleuvoir, leur expédition découvre une conspiration qui pourrait ramener toute notre planète à un ordre périlleux jamais vu depuis la préhistoire.

Avis:

25 ans. Déjà. Tout cela ne nous rajeunit pas mais le premier Jurassic Park signé Steven Spielberg est sorti il y a déjà 25 ans. Pour tous les trentenaires d’aujourd’hui, ce film fut une petite révolution, aussi bien technique par la présence magnifique des dinosaures, mais aussi visuelle et narrative. Avec ce film, tonton Spielberg avait réussi à allier le dinosaure à un vrai film d’aventure et d’action, le tout avec quelques éléments familiaux et même horrifiques. Il en résultait un véritable chef-d’œuvre qui aujourd’hui encore fonctionne parfaitement. Logique du marché et du succès, le film connaître alors deux suites avant de tomber un peu aux oubliettes, puis de renaître de ses cendres en 2015 avec Jurassic World, qui avait déçu plus d’une personne. Dressage de raptors, dinosaures qui s’entraide, manipulation génétique pour créer une nouvelle espèce dangereuse, situations improbables entre dinosaures et humains ou encore course-poursuite en talons hauts, le film de Colin Trevorrow avait laissé quelques traumatismes auprès de certains fans hardcore. Mais là aussi le succès fut au rendez-vous et une suite fut lancée. Après trois ans de travail, voici qu’arrive alors le second opus de la licence Jurassic World, avec un nouveau réalisateur et une histoire plutôt originale. Mais est-ce que cela en valait la peine ?

Le scénario reprend quelques années après le Jurassic World. Le parc est à l’abandon, les dinosaures circulent librement sur l’île. Malheureusement, le volcan explose et menace toutes les espèces présentes. Une question éthique se pose alors, doit-on laisser mourir les dinosaures ? Sous la houlette de l’ancien associé de Hammond, une expédition part récupérer une dizaine d’espèces de dinosaures pour les mettre dans un sanctuaire. Mais le bras droit de l’homme d’affaires ne l’entend pas de cette oreille et il compte bien se faire des millions sur le dos des bestioles géantes. Avec un tel pitch, on pouvait craindre le pire et voir un ersatz du Monde Perdu. Or, il n’en est pas question et le film sera plus un mélange adroit du premier Jurassic Park, en multipliant les références, et d’un film axé angoisse/horreur dans sa deuxième partie. Il faut bien comprendre que le film est divisé en deux parties bien distinctes. La première concerne le sauvetage des animaux sur l’île. C’est un passage un peu lent, qui accumule les effets sont trop de surprises. Les protagonistes sont rapidement présentés, surtout les nouveaux avec la médecin et le geek de service, ou encore le mercenaire qui pue forcément le méchant à plein nez. Une fois les présentations faites, le film va s’accorder quelques excursions au sein de l’île, puis une course de vitesse contre le volcan et la lave. C’est clairement la partie qui fait le plus de référence au premier film de la licence. Entre le cri du T-Rex, la protection derrière un arbre pour éviter une fuite folle de dinosaures ou encore le premier moment où l’on voit un Brachiosaure, tous ces éléments sont là pour nous rappeler au bon souvenir du premier film, celui qui a bercé notre jeunesse et notre adolescence.

La seconde partie du film est plus originale et prend plus aux tripes. On va rapidement nager dans un délire horrifique avec une nouvelle espèce génétiquement modifiée, le Indoraptor, et il va y avoir un combat acharné pour sa survie avec cette vilaine bestiole qui ne laisse aucune chance à ses adversaires. Avec cette partie, on va rapidement sentir la patte de Bayona et son amour pour le fantastique et l’horreur. Ne sombrant pas dans les bras des producteurs hollywoodiens, il résiste et offre une seconde partie assez trépidante et qui relativement violente, n’hésitant pas à jouer avec le spectateur et les protagonistes du film. Cette seconde partie est vraiment intéressante car elle brouille les pistes avec le film de dinosaures et permet au réalisateur de se libérer des obligations imposées par un film comme Jurassic World. Les dinosaures passent au second plan, on a droit à une vraie chasse à l’homme dans un manoir immense et le tout baigné dans une lumière sombre, dont la visibilité ne sera dû qu’à quelques éclairs lors d’un orage. A ce stade, on se rend vite compte que Jurassic World Fallen Kingdom transcende son cahier des charges pour offrir autre chose, avec un vrai auteur derrière la caméra et non pas un yes man.

Néanmoins, malgré un découpage simple mais efficace et une réalisation au cordeau qui montre que l’on peut faire peur avec de gros dinosaures, le film possède quelques faiblesses qui font qu’il reste encore bien derrière le premier métrage de la licence. En tout premier lieu, le déroulement demeure relativement classique. Il n’y aura pas tellement de surprises concernant la structure narrative, tout comme on ne s’inquiètera pas trop du devenir des protagonistes principaux, qui continuent de gambader malgré moult blessures. Mais le plus gênant demeure l’aspect scientifique du film, notamment dans sa deuxième partie. On se rend bien compte que tout cela n’est qu’élucubrations grotesques et que rien ne fonctionne dans les explications venteuses. Pire, on a parfois la sensation de tomber dans un bis ridicule lorsqu’il s’agit de créer des armes pour l’armée sous la forme de dinosaures modifiés. C’est vraiment le point noir du film, qui part de plus en plus loin dans les manipulations génétiques (au point de pouvoir faire des clones humains), à un tel point que cela peut en devenir risible. Il faut aussi noter un humour très enfantin qui dénote clairement de la tension voulue par le réalisateur.

Cependant, tout cela s’efface bien vite face au plaisir pris devant le film qui est beaucoup plus intelligent qu’il n’y parait. Il est intelligent car il va aborder une thématique très en vogue, la condition animale. La question se pose véritablement dans ce film, puisque les dinosaures ont disparu, puis ont été créés par les humains. Du coup, est-ce vraiment des créatures de la nature ou de simples créations vouées à une nouvelle grande disparition. Le point de vue est très intéressant et Juan Antonio Bayona ne laisse pas cette histoire en suspens, y revenant sans cesse dessus à plusieurs reprises, laissant des choix terribles à faire par nos héros. Et ces choix vont amener vers une nouveauté pour un Jurassic World, l’émotion. Car oui, malgré le fait que ce soit de gros animaux à la peau épaisse, on va ressentir des émotions et se prendre d’affection pour certaines espèces. Le réalisateur va planter quelques plans iconiques absolument sublimes qui auront une forte symbolique. C’est à des moments comme cela que l’on voit que c’est Bayona derrière la caméra et pas n’importe quel quidam. Il apporte une vraie esthétique à son film, et les images parlent pour laisser les émotions nous traverser. C’est beau, ça montre quelque chose de fort et ça fait réfléchir sur nos actes plus ou moins manqués. Une émotion qui transparait aussi dans certaines relations entre les personnages, ou encore la présence de cette petite fille à la recherche de ses origines et qui va apprendre beaucoup de choses sur elle, au milieu des dinosaures dont elle se sent très proche. Et bien évidemment, tout cela est magnifié par le sens du cadre parfait de Bayona.

Au final, Jurassic World Fallen Kingdom est une franche réussite malgré quelques points noirs qui semblent être des impositions de la part des studios et des producteurs. Mais Juan Antonio Bayona a su garder son caractère et son style pour offrir un film qui lorgne beaucoup plus vers le thriller, voire l’horreur, dans sa seconde moitié et qui permet à la licence de prendre un nouveau départ. Il s’agit donc d’un bon film, pas le meilleur du réalisateur ou de la franchise, mais un film terriblement honnête, qui fonctionne du tonnerre et qui laisse présager une suite dantesque. Entre hommage et nouveauté, Jurassic World Fallen Kingdom montre qu’il est possible de faire quelque chose de bien avec une licence pourtant sacralisée.

Note : 16/20

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Par AqME

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