décembre 2, 2020

En Guerre

De : Stéphane Brizé

Avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey

Année : 2018

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

Avis :

Il y a des cinéastes et des acteurs qui se sont bien trouvés. Le cinéma est parcouru de collaborations plus belles les unes que les autres. Quand on pense à ce genre de collaborations, certaines arrivent en tête comme des évidences, Tim Burton et Johnny Depp, Steven Spielberg et Tom Hanks, Martin Scorsese et Robert De Niro. En France, certaines collaborations viennent d’emblée en tête. Benoit Jacquot et Isabelle Huppert, André Techiné et Catherine Deneuve, Jean-Pierre Jeunet et Dominique Pinon. Puis il y a Stéphane Brizé et Vincent Lindon, dont « En Guerre » est la quatrième collaboration. Il y a trois ans de cela, Stéphane Brizé et Vincent Lindon faisaient équipe pour « La loi du marché« , film qui avait reçu les éloges de Cannes, allant jusqu’à offrir un prix d’interprétation à Vincent Lindon qui incarnait alors un agent de sécurité (personnellement, je n’avais pas aimé le film).

Après, « Une vie » adaptée de Maupassant, qui est passé totalement inaperçu en 2016, Stéphane Brizé est de retour sur le devant de la scène pour un film dont le titre en dit long, « En Guerre« . Pour son huitième film, le réalisateur nous entraîne dans une plongée brutale, pour un sujet on ne peut plus d’actualité et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une très belle réussite. « En Guerre » est à couper le souffle. « En Guerre » est politique, engagé. « En Guerre » est angoissant, désespérant, agaçant, parfois excessif, mais très souvent juste. Et surtout, « En Guerre » marque et hante nos pensées une fois sorti de la salle.

Cela fait deux ans et demi que les employés de l’usine Perrin font des sacrifices afin de préserver leur emploi. Mais après plus de deux ans, le directeur annonce la fermeture, voulue par la maison mère en Allemagne. L’usine Perrin n’est pas assez rentable, malgré les dix-sept millions de bénéfices. Alors que le directeur avait assuré que l’emploi des employés serait maintenu pendant minimum cinq ans, ce dernier rompt sa parole et les contrats signés. Commence alors un violent bras de fer avec les syndicats, qui demandent le maintien de leur emploi. Grève, blocage, opérations coup de poing, dialogue, et bientôt tout ceci risque de dégénérer.

Sans concession, brut, spontané, vif, réaliste, tenu par un Vincent Lindon possédé par son rôle, le nouveau Stéphane Brizé est virulent et intense. Loin des « Une vie« , ou des « Mademoiselle Chambon« , Stéphane Brizé revient dans la veine de « La loi du marché » pour un film qui colle pile-poil aux dernières actualités.

« En Guerre« , comme son titre l’indique, est une véritable zone de conflit. C’est une guerre sans concession entre employeur et employés. Tourné de manière ultra réaliste, allant presque chercher du côté du documentaire, Stéphane Brizé nous entraîne dans une véritable zone de guerre, où règnent les rapports de force, les stratégies, les stratagèmes, les opérations coup de poing pour se faire entendre. Une zone de guerre couverte par les médias et les autorités. Il y a un gros travail fait sur les médias et comment réagit, via les images, l’opinion publique.

Tenu par un scénario qui a le souci du détail, « En Guerre » est un film engagé. C’est un pamphlet qui détaille la loi du marché et surtout de la rentabilité. C’est un film qui défend les employés face aux dirigeants sourds et surtout face à des actionnaires toujours plus gourmands. Ce qui est terrible avec le film de Stéphane Brizé, c’est qu’il respire le détail. Fourni, riche, passionnant, le film met en lumière ce qui se passe dans les décors, réunions aux plus hautes instances de l’état, les actions du gouvernement, l’hypocrisie de ce dernier, l’analyse des lois, des textes, de la justice ou de l’injustice. Bref, c’est riche, et en prime, terriblement instructif, que ce soit du côté des syndicats et comment ces deniers agissent, ou du côté des employés et des lois.

Bon, on pourra toujours reprocher à Stéphane Brizé d’offrir un film excessif, pour ne pas dire parfois hystérique, tant ses personnages sont engagés. Mais le tout est fait avec de telles tripes, on le sent tellement sincère, tout comme Vincent Lindon, qu’on pardonne les excès et les caricatures volontaires qui grossissent les traits.

Si le scénario est riche et réaliste, « En Guerre« , c’est aussi une mise en scène qui nous jette littéralement au beau milieu de ses affrontements (mention spéciale pour la BO de Bertrand Blessing qui est absolument impitoyable !). Allant de scènes percutantes en scènes percutantes, le film, tout comme il le fait avec ses personnages, ne nous laisse pas une minute de répit. Il y a une urgence et une tension qui se dégage d’ »En Guerre« . De plus, Stéphane Brizé emploie de fausses images de journaux télévisés pour donner encore plus de réalisme à l’ensemble, ce qui nous enferme parfaitement dans ce combat, dont on ne sait l’issue. La mise en scène, les parties pris et l’ensemble en général est tellement intense, réaliste, qu’il est bien impossible de prédire jusqu’où cette colère, ce non-dialogue et cette violence (presque banale tant on a l’habite de la voir à la télé tous les jours ou presque) vont aller et c’est bien pour ça qu’on en ressort le souffle coupé, hanté par certaines de ses scènes.

Je ressors donc étourdi de ce nouveau Stéphane Brizé. Passionnant, enragé, palpitant, révoltant, presque terrifiant, « En Guerre » est sûrement le film politique de l’année. C’est un film qui porte ses convictions quitte à en faire trop. C’est un film qui porte l’importance d’un combat et d’un front uni. Bref, c’est une claque !

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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