Zombillénium

Auteur : Arthur De Pin’s

Editeur : Dupuis

Genre : Fantastique

Résumé :

Francis von Bloodt, vampire de son état, gère en bon père de famille le parc d’attractions Zombillénium. On n’embauche pas n’importe qui, chez Zombillénium : les simples mortels n’ont qu’à passer leur chemin, ici on ne travaille qu’avec d’authentiques loups-garous, vampires et momies. C’est ce que va découvrir Aurélien, un homme au bout du rouleau, trompé par sa femme ; et qui va se retrouver embauché malgré lui dans cette étrange entreprise. Gretchen, sorcière stagiaire, va l’aider à faire ses premiers pas…

Avis :

Lorsqu’on associe des freaks et des zombies à l’univers des parcs d’attractions, l’on songe irrémédiablement aux maisons hantées ou aux trains fantômes. En revanche, en faire le sujet principal d’un parc à thème, voilà qui l’est moins. On pourrait citer quelques incursions glauques telles que le McKamey Manor, The Ghoullog ou Blackout Haunted House, mais ces maisons de l’horreur sont aussi réelles que hors contexte dans le cas présent. C’est donc en partant d’un postulat original et sympathique que Zombillénium s’intègre dans la catégorie comico-horrifique du neuvième art. Une initiative qui, en l’occurrence, s’adresse autant aux grands qu’aux petits lecteurs.

C’est sous la grisaille du Nord de la France, près de Valenciennes, que l’on découvre le quotidien morose du personnel de Zombillénium. Si ce parc rencontre tous les problèmes afférents à ce type d’activité, ses employés n’endossent pas de costumes pour effrayer les visiteurs. Ils sont tout simplement les monstres avec, comme sa dénomination l’indique, les morts-vivants en vedette. Mais l’on ne se contente pas d’un prétexte facile pour multiplier les gags ou les situations rocambolesques. Les auteurs ont réellement soigné le pitch pour proposer une réelle profondeur (au propre, comme au figuré) à l’existence même du parc.

D’emblée, l’histoire prend des atours saugrenus à même de dédramatiser les interrogations sur la mort, l’au-delà et le devenir de l’âme. Sans sombrer dans un discours sentencieux ou moralisateur, l’on découvre que les individus condamnés à l’enfer doivent continuer à travailler. Dès lors, de nombreuses réparties cinglantes se focalise sur la dérision (et l’absurdité) du monde du travail. Pas dans le sens où la paresse est le moindre des maux, mais plutôt en détournant les relations professionnelles et les contraintes financières au profit d’impératifs pécuniaires, à tout le moins productifs. Le rendement au détriment de l’humain (ou du mort) y est particulièrement cocasse.

Cela passe par l’instauration d’un syndicat censé protéger les employés qui, paradoxalement, ne bénéficient d’aucun RTT, jour de repos ou de congés. Une habile manière de mettre en avant des pouvoirs limités pour contenter de modestes revendications. Les allusions foisonnent au gré des planches, renvoyant parfois à des quiproquos ou des confrontations aussi étonnantes qu’inattendues. Preuve en est avec certains comportements inopinés ou désabusés au regard des événements, comme la phase de déprime due à l’immortalité ou l’« évolution » d’une carrière à un poste supérieur. Autant d’éléments qui aident le lecteur à se familiariser avec un traitement léger et néanmoins intelligent.

On remarquera également d’autres thématiques telles que la peur de l’étranger, car assimilé à un voleur d’emplois. La différence physique étant ici le vecteur de cette aversion. Un prétexte pour étayer l’absurdité du discours. De ce point de vue, il est toutefois dommage d’entretenir des clichés assez grossiers, notamment le paysan simplet adepte du bistrot du coin, étroit d’esprit et relativement haineux. La bande de racistes de Ressources Humaines va aussi en ce sens, rendant par la même la population locale assez détestable et arriérée. Une occurrence dispensable surtout que les réels antagonistes se dissimulent sous des traits plus avenants, comme dans Control Freaks.

Malgré le cadre restreint au parc d’attractions et aux environs, la série réussit à préserver sa dynamique. Il est vrai que les aboutissants laissent parfois plus de questions en suspens qu’ils n’apportent de réponses. Constat d’autant plus frustrant que le tome 3 est, à ce jour, le dernier en date. Le dénouement est en pointillé depuis 2013. Toujours est-il que les enjeux prennent de l’importance et dévoilent progressivement l’envers du décor. Cela reste bien amené, mais certains raccourcis narratifs auraient gagné à développer certains passages, au lieu de les expédier manu militari. Ce qui est le cas pour la conclusion de Ressources Humaines où l’éviction de Francis Von Bloodt, le dirigeant, dans sa suite.

Au final, Zombillenium est une bande dessinée plus que recommandable. Mettant à l’honneur un humour noir mordant à souhait, chaque histoire joue de continuité pour travailler les interactions entre les protagonistes. Si l’on occulte certaines maladresses propres à la caractérisation ou à certains pans négligés, on découvre un univers attachant. Celui-ci est parfois ponctué de sarcasmes et de désillusions, mais toujours abordé sous l’angle de l’optimisme. Sous couvert de petites subtilités dans la manière d’agencer les dialogues ou les situations, Zombillenium ne se prend pas au sérieux tout en évoquant des thématiques qui le sont par leur seule définition. Comme quoi, il est possible de rire de tout, lorsque la narration est soignée, y compris sur des sujets aussi barbants qu’un métier qu’on exerce par la force des choses.

Note : 15/20

Par Dante

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