novembre 30, 2020

Le Cri du Cannivore 2018 – Jour 10

Ohlala qu’il est dur le réveil ce matin…

On arrive au bout du festival, et la fatigue accumulée se fait sentir. J’ai bien envie de me faire porter pâle et de replonger dans les bras de Morphée.

Quelle erreur cela aurait été !

Le premier film de la journée est une reprise de la Quinzaine des réalisateurs, Mirai, ma petite sœur, nouvel effort de Mamoru Hosada (Summer Wars, Le Garçon et la Bête).

Mirai, en japonais, veut dire le futur, l’avenir, il peut même être utilisé pour dire « pour toujours ». Un titre qui annonce la couleur, puisque c’est autour de l’héritage, des changements dans le temps qui passe, et de tout ce qu’il y a encore à venir que tourne le métrage. On y découvre l’histoire de Kun, gamin capricieux un peu insupportable qui, après un temps de fascination, voit d’un mauvais œil l’arrivée de sa toute nouvelle petite sœur dans le cocon familial dont il était auparavant le centre. Heureusement, un arbre magique dans son jardin, qui fait office de portail générationnel, va le transporter jour après jour, caprice après caprice, à la rencontre des membres de sa famille à différents âges. Sa petite sœur adolescente, sa mère enfant, son arrière-grand-père qu’il n’a jamais vraiment connu, et même son chien, tous vont graviter autour de lui pour lui permettre d’évoluer, et d’accepter enfin cette nouvelle venue.

Après Summer Wars et son MMORPG inter-générationnel, Les Enfants-Loups et sa difficulté d’élever des enfants différents, ou encore Le Garçon et la Bête et son orphelin qu’un père de substitution prend sous son aile, Mamoru Hosada semble être fasciné par la famille, surtout quand elle est un peu dysfonctionnelle et traverse des crises. Ici, malgré l’argument fantastique, il décrit au final le quotidien très réaliste de jeunes parents, leurs souvenirs, leurs doutes, leur évolution aussi.

On aura peut-être du mal, en tant que spectateur, à s’identifier au héros de l’histoire, gamin tête à claques, têtu et jaloux, qui n’hésite pas à taper sa petite sœur et ne semble pas vraiment changer à mesure que l’intrigue avance. Pourtant, plus le temps passe et plus on arrive, à défaut d’identification, à comprendre les motivations de cet enfant, cocooné jusqu’alors par ses parents et pourtant assez seul pour se trouver une manie (la collection de tous les modèles de train du Japon), qui découvre une certaine réalité de la vie : il n’est pas maitre d’un univers, mais une toute petite feuille, indispensable pourtant, d’un grand arbre familial. Il n’y a pas de réelles péripéties dans Mirai, les rencontres de Kun n’auront pas d’impact dans la vie réelle, il ne sauvera pas sa famille d’un danger pressant. Mais il en sortira grandi, il en apprendra plus sur lui-même et les autres, et quelque part nous aussi.

Car l’aventure de Kun, en fin de compte, c’est un peu la nôtre aussi. Mirai touchera aussi bien par sa pertinence et son humanité débordante, les jeunes parents que les futurs, les grands frères et les petites sœurs, en définitive tous ceux qui de près ou de loin tiennent à leur famille. Car Mamoru Hosada déroule son histoire avec beaucoup de fluidité, et se permet autant des scènes de comédie absolument hilarantes que d’autres extrêmement touchantes, avec peut-être une des plus belles déclarations d’amour de l’Histoire du Cinéma.

Bref, Mamoru Hosada confirme que, malgré la mort de Takahata et la mise en pause des Studios Ghibli, l’animation japonaise se porte on ne peut mieux.

Difficile après cela de se plonger dans le film suivant, et l’univers de Yann Gonzalez, réalisateur des Rencontres d’après-minuit (chroniqué récemment sur le site et que l’on a pas du tout aimé), et du présent Un Couteau dans le cœur, thriller qui voit une série de meurtres sanglants commis lors du tournage d’un film porno-gay, dans la France interlope de la fin des années 70.

Le concept m’enthousiasmait énormément, le réalisateur beaucoup moins. Pourtant, il se dégage dès la première séquence un délicieux parfum de film de genre qui tutoie le bis le plus pur, avec ambiance tout en cuir de sado-masochisme gay, musique à la fois lyrique et électro, godemiché transformé en couteau, et tueur particulièrement charismatique. Très vite, on se rend compte que les inspirations de Yann Gonzalez pour ce film sortent tout droit des délires charnels et picturaux d’un Brian de Palma ou d’un Dario Argento. Un Couteau dans le Cœur, c’est un peu comme si un français avait réalisé un giallo dans les années 80. On y retrouve tous les éléments de ce type de film, les meurtres à l’arme blanche, le tueur masqué, les gants de cuir, le rapport à la chair, la musique dans le plus pur style Goblin ou Pino Donnagio, la photo très colorée et contrastée, l’ambiance onirique, les expérimentations visuelles, substituant seulement aux victimes féminines dénudées leurs homologues masculins.

Comme certains gialli, le film se fait même parfois opaque, peu démonstratif, avec un rythme lent qui manque parfois de faire décrocher le spectateur, la faute aussi à une écriture des dialogues très travaillée, assumée par le réalisateur, mais qui gêne l’implication du spectateur. Vanessa Paradis en productrice alcoolo et sanguine a l’air de se croire sur une scène de théâtre, et pas mal de seconds rôles se révèlent plutôt fragiles. C’est bien dommage, quand on pense à tout ce qu’Un Couteau dans le Cœur a à offrir.

Dans son visuel, cela passe encore par un hommage vibrant au cinéma Bis qui ravira les amateurs, puisqu’on y retrouve Christophe Bier (célèbre journaliste et auteur du Dictionnaire du cinéma érotique et pornographique français) qui fait une petite apparition en spectateur de cinéma gay, ou encore une référence directe à un porno culte de 1978, Maléfices porno.

Dans ses thématiques, cela passe par un sous-texte sur l’amour fou. Car Un Couteau dans le Cœur est également en filigrane le récit d’une histoire d’amour désespérée, de celles qui mènent à la folie et qui dévore autant l’héroïne tout juste larguée par sa compagne de 10 ans que, d’une manière ou d’une autre, le tueur qui sévit dans les rangs des acteurs de ses productions.

En définitive, si Un Couteau dans le Cœur n’est clairement pas exempt de défauts, il s’en dégage à la fois un relent de soufre bien actuel et un fumet nostalgique dans son amour pour le cinéma de genre des années 70/80, et on aurait tort de bouder son plaisir de s’encanailler avec cet hommage au Bis prompt à faire rugir les bourgeois.

Faut-il que je vous aime, hein…

J’avais prévu ensuite d’aller participer à la rencontre avec Gary Oldman, pour mon plaisir personnel, mais voilà, il fallait bien que je commence la présente critique, du coup j’ai rongé mon frein et je suis parti tapoter sur mon clavier pendant deux heures au son de TV Festival, la chaîne officielle de Cannes. Puis il était temps de se diriger vers le dernier film de la journée, Mandy de Panos Cosmatos (l’incroyable Beyond the Black Raimbow il y a déjà 8 ans), avec un Nicolas Cage pour le moins… déchaîné.

Quand, pour la dernière fois, avez-vous vu un film que vous considèreriez comme totalement indescriptible, le conseillant à tout le monde autour de vous sans pouvoir vraiment dire si c’est un nanar de haute volée ou une pépite incroyablement audacieuse ? Mandy est de ces films.

De ces films qui se refusent à vous, qui ne vous emportent pas mais vous plongent au visage, vous laissant vous demander si on vous a fait prendre de la drogue avant la séance, ou si vous étiez vraiment censé rire à ce moment-là, ou tout simplement ce que vous pouvez bien être en train de regarder.

Pourtant tout commence plutôt simplement. Dans les premières minutes, on se dit « encore un titre avec un prénom, encore un Nicolas Cage barbu qui joue un bûcheron, on va avoir droit à un nouveau Joe ». Et le premier quart d’heure de ressembler à un drame étrange teinté d’onirisme. Puis le film bascule lentement, mais sûrement, dans la folie, le trip hypnotique et pictural barré qui convoque des images saisissantes tout droit sorties de chez Clive Barker. Même si l’on frôle régulièrement le ridicule et que l’on menace de décrocher, on se demande ce qui est bien en train de se passer. Et puis le film va encore plus loin pour devenir un foutoir jouissif, véritable peinture de l’enfer sur Terre, et on se demande encore ce qui est en train de se passer. Et une fois le film terminé, alors que le générique démarre, on se demande ce qui vient de se passer, bordel !

Difforme, orgiaque, bordélique, psychédélique, oubliant totalement de nous informer qui, du premier ou du second degré, a voix au chapitre, Mandy est un film qui ne se décrit pas, qui ne s’explique pas, mais qui doit juste se découvrir. À vrai dire même en raconter le scénario serait ardu et en dénaturerait l’expérience. Sachez simplement que celui-ci implique une secte d’illuminés, des motards qui se prennent pour Hellraiser, Jupiter (la planète pas le président), du sang, beaucoup de sang, et un Nicolas Cage on fire qui cherche à se venger. Et quand je dis on fire, on n’arrive souvent pas à savoir s’il en fait des tonnes où s’il est vraiment possédé par le rôle (il faut le voir, en slip, hurlant comme un damné en se foutant de l’alcool partout sur et dans le corps, dans une salle de bains au papier peint très années 70, ou partir d’un rire hystérique en se faisant asperger la figure par le sang d’une de ses victimes. Ou encore allumer sa clope avec la tête coupée en feu d’une autre victime, le regard complètement halluciné).

Bref, impossible de vous dire si Mandy est un bon film ou un gros n’importe quoi, impossible de vous dire si vous l’aimerez ou pas, mais une chose est sûre, vous devez aller le voir quand (et si) il sortira en France, car quand vous en ressortirez, vous ne serez pas le même que quand vous y êtes entré.

 

Voilà, à l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes vendredi soir, le festival se termine demain soir, et les Sélections parallèles sont rentrées se coucher. Un Certain Regard présidé par Benicio Del Toro a rendu son verdict et a donné le Grand Prix à Grans, que j’ai malheureusement raté malgré moi en devant faire un choix. Les autres prix ont été donnés à des films que je n’ai malheureusement pas vus, je ne vais donc pas m’étaler là-dessus, mais je peux au moins vous dire que Victor Polster, la révélation de Girl, qui joue une jeune fille transgenre, a reçu le Prix d’Interprétation, et ça c’est cool.

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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