Cold Skin

De : Xavier Gens

Avec David Oakes, Ray Stevenson, Aura Garrido, John Benfield

Année: 2017

Pays: France, Espagne

Genre: Horreur

Résumé:

Dans les années vingt, un officier météorologique de l’armée est envoyé sur une île en Antarctique pour étudier les climats. Celui-ci y fait la rencontre d’un vieux gardien de phare russe. Lors de la première nuit, l’officier se fait attaquer par d’étranges créatures…

Avis:

Xavier Gens fait partie de ces réalisateurs français qui sont amoureux du cinéma de genre mais qui ont du mal à faire des films dans leur propre pays. Commençant sa carrière avec l’adaptation du jeu vidéo Hitman, il fera parler de lui la même année avec un film d’horreur 100% français, Frontière(s). Inutile de revenir sur ce dernier puisqu’il est d’une nullité sans nom et n’a pour lui que quelques effets gores qui ne servent finalement jamais le propos un peu vaseux où des jeunes de banlieue ayant fait un casse se réfugient dans une auberge tenue par des pronazis. Cependant, si le film est mauvais, il fait office d’ovni cinématographique dans le paysage français et il suffit de ce métrage pour que Xavier Gens se retrouve aux côtés de Pascal Laugier, Alexandre Aja ou encore Alexandre Bustillo et Julien Maury, devenant un peu la nouvelle vague horrifique à la française. Mais Xaver Gens aura un parcours différent et un peu plus complexe, puisque The Divide ne sortira qu’en DTV chez nous, tout comme ABC’s of Death, une anthologie d’horreur dans laquelle il signe le meilleur court-métrage. Ce n’est que cinq ans plus tard que le cinéaste va faire reparler de lui, toujours avec un film d’horreur, mais plus intimiste, et qui est encore inédit chez nous (un comble!), c’est Cold Skin.

Tiré du roman La Piel Fria d’Albert Sanchez Pinol, Cold Skin sera un film d’horreur romantique, qui essaye de poser une intrigue intéressante au sein d’une île isolée où deux hommes acariâtres se font attaquer par des hommes-grenouilles. Dit comme ça, on pourrait croire que le film lorgne vers le bis, voire le Z, mais ce n’est absolument pas le cas et il va même interroger sur notre propre nature, faisant en plus un parallèle assez intéressant avec la Première Guerre Mondiale, puisque l’intrigue se déroule en 1914. Avec ce film, Xavier Gens change de registre, se fait plus fin, plus intelligent, moins bourrin et on trouve une saveur toute particulière à ce film de monstre si atypique et qui fait peut-être l’éloge des films de chez Universal, en introduisant une Etrange Créature du Lac Noir un peu différente.

La première chose qui frappe dans ce film, c’est clairement sa mise en scène. C’est assez contemplatif, relativement lent et on pourra pleinement profiter des paysages sauvages. L’île semble hostile, caillouteuse, froide, lugubre et ce n’est pas son unique habitant qui dira le contraire. D’entrée de jeu, le réalisateur ne laisse aucun doute planer sur ses intentions, créer un climat froid et hostile à l’homme et le confronter à une menace tenace et étrange. Cold Skin porte relativement bien son nom car on a froid pour les personnages et ce climat rajoute une plus-value non négligeable à l’ensemble de l’œuvre. La mise en scène est donc propre et propice à faire évoluer de manière intelligente une intrigue qui ne se dévoilera pas si facilement. Une intrigue que l’on pourra qualifier de Lovecraftienne. Pourquoi? Tout simplement parce qu’entre les créatures étranges, le climat délétère, les humains relativement mauvais et mutique et le héros qui raconte ce qu’il s’est passé, on a l’impression de lire une œuvre comme Dagon par exemple. Alors bien évidemment, il n’y aura pas de créatures tentaculaires, mais on reste dans un esprit qui fait référence à l’écrivain.

Ensuite, le film possède réellement un fond dans lequel vont se confronter différentes choses. En premier lieu, nous allons avoir une confrontation entre les deux hommes et les créatures marines. Une lutte acharnée se déroule sous nos yeux sans que l’on en comprenne trop le sens. En fait, le point qui est assez intéressant, c’est celui qui montre que dès que l’on ne connait pas, on préfère agresser. Dès le départ, le nouvel homme fraîchement débarqué sur l’île, va tirer sur les créatures sans même savoir leurs intentions. Forcément, la réplique est rapide. Petit à petit, l’œuvre dévoile les causes de cette guerre, mais au départ, on retrouve ce côté très intéressant où ce qui nous est inconnu nous fait forcément peur. Par la suite, nous serons face à la confrontation entre les deux hommes et une relation de dominé/dominant va se mettre en place, présentant Gruner (incroyable Ray Stevenson) comme un salaud de première qui fait fi de son humanité et préfère restait seul sur cette île. Le personnage est détestable, mais on va vite voir que c’est à cause de son isolement que l’homme devient complètement fêlé. Ici, on montre bien que l’homme est faible et que c’est lui le véritable monstre.

D’ailleurs, la place de la créature est très importante dans ce récit. On découvre une créature femelle, qui se fait plus ou moins maltraité par son « maître », qui profite d’elle, couche avec elle, la bat et la réduit à l’état d’un simple animal de compagnie. Il va se dégager une certaine humanité de cette créature, à défaut de l’avoir chez Gruner. Outre les maquillages qui sont très bons, ainsi que les effets spéciaux, c’est surtout le talent et la beauté de l’actrice Aura Garrido qui fait tout le job. Et cette créature, finalement seule présence féminine dans toute l’île, va montrer à quel point elle est innocente et subit des atrocités parce qu’elle ne connait que ça. Jouant un peu sur les codes du zombie pour montrer l’inhumanité de l’Homme, Cold Skin montre aussi à quel point il est important de se comprendre pour vivre en osmose, et même en amour. C’est relativement beau, mais c’est aussi très nihiliste au sein du film et son final si particulier, qui montre encore une fois que l’homme est incapable de communiquer ou de vivre en paix avec les autres, montrant ce plan sur les navires de guerre.

Au final, Cold Skin est un très bon film de genre franco-espagnol. Lorgnant du côté de Lovecraft mais aussi de Guillermo Del Toro (dont on pourrait faire le rapprochement avec La Forme de l’Eau), Xavier Gens montre à quel point il est doué pour faire du cinéma et qu’il est un vrai passionné. Loin des standards du genre, s’abrogeant des règles actuelles dans le cinéma d’horreur, le frenchy impose sa marque, sa vision et offre un film généreux, beau et intelligent. Bref, la privation de distribution reste une énigme, mais sans acteurs vraiment bankables et une intrigue étrange, il était à parier que certains distributeurs se montrent trop frileux…

Note: 15/20

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Par AqME

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