septembre 28, 2020

Rien de Plus Grand – Malin Persson Giolito

Auteur : Malin Persson Giolito

Editeur : Les Presses de la Cité

Genre : Thriller

Résumé :

La pièce empeste les œufs pourris. L’air est lourd de la fumée des tirs. Tout le monde est transpercé de balles, sauf moi. Je n’ai même pas le moindre bleu.
Stockholm, sa banlieue chic. Dans la salle de classe d’un lycée huppé, cinq personnes gisent sur le sol, perforées de balles. Debout au milieu d’elles, Maja Norberg, dix-huit ans à peine, élève modèle et fille de bonne famille. Son petit copain, le fils de la plus grosse fortune de Suède, et sa meilleure amie, une jolie blonde soucieuse de la paix dans le monde, figurent parmi les victimes, ainsi que Samir, brillant fils d’immigrés décidé à s’affranchir de sa condition.

Neuf mois plus tard, après un battage médiatique qui a dépassé les frontières suédoises, le procès se tient. Mais qui est Maja ? Qu’a-t-elle fait, et pourquoi ?

Avis :

Ce thriller est écrit d’une brillante manière. L’auteur nous fait revivre le procès de la jeune femme très précisément, et étape par étape. Ce parti pris ralentit grandement la résolution de l’enquête ainsi que le rythme du récit. Ce roman est parsemé de détails en tout genre, souvent inutiles pour la compréhension de l’histoire principale. Cela passe ou casse selon ce que le lecteur aime et supporte.

Le roman apparaît davantage comme une ébauche poétique où les émotions sont essentielles quand l’avancement de l’intrigue est secondaire, ce qui est particulièrement frustrant pour un livre policier. L’envie est souvent grande de sauter des pages pour enfin s’approprier des éléments utiles à l’enquête, et d’arrêter d’écouter les pensées sans queue ni tête ou souvenirs familiaux omniprésents de l’héroïne. L’auteur veut nous faire comprendre que la jeune femme est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Née et vivant dans un milieu aisé, Maria est la seule survivante de la tuerie et la presse n’a de cesse de la martyriser, enflammant les autres médias et lissant la vérité. Qui est-elle vraiment ?

Le livre se concentre sur Maria Norberg, une jeune femme suédoise accusée de meurtre après avoir été trouvée en plein milieu d’une salle de classe, entourée de ses camarades morts, et armée. La vision de cette scène est clairement horrible et rappelle les tueries et massacres de certaines universités des États-Unis. L’évènement a largement dépassé les frontières de son pays et Maria/Maja est rapidement perçue comme une meurtrière instable et dérangée. Le thriller nous décrit sa défense et ses heures de souffrance avant l’annonce du verdict final. On la suit au tribunal avec son avocat et son groupe de défense, ainsi qu’en maison d’arrêt où elle se prépare psychologiquement. Ses raisonnements sont matures pour son âge et sa vision de son procès est limpide.

Les passages en maison d’arrêt sont lents et surtout intéressants pour les lecteurs souhaitant comprendre ce que la jeune femme vit. Ces quelques passages la rendent tout de même attachante et nous la font voir comme une personne en manque de confiance, peu sûre d’elle, perdue dans sa vie et ses sentiments, en pleine crise d’adolescence et cherchant à combler un vide incommensurable. Rien à voir avec l’assassine froide qui aurait prémédité le meurtre de tous ses camarades que nous décrivent la presse et l’équipe attaquante du procès. On la plaint et on souffre avec elle, pressés de savoir si elle a ou non commis cet acte impardonnable et pourquoi elle aurait fait cela.

Le suspense est très présent du début jusqu’aux dernières pages. On n’en apprend que très peu sur ce qui s’est passé au début du roman. Tout le départ est plutôt basé sur les perceptions de la jeune femme, ses douleurs, sa situation de jugée, les personnes qui l’entourent et comment elle les perçoit, ce qui frustre assez, notamment si le lecteur est très curieux et avide d’informations utiles qui n’arriveront pas avant la seconde moitié du roman. Cette seconde partie décrit en détails les quelques mois précédant le massacre, nous plongeant dans la vie de Maja, sa relation avec Sebastian, un vrai fils de riche, mal dans sa peau, drogué et désagréable, et ses liens avec Samir, un étudiant immigré brillant, doux et intelligent.

Maja est la petite-amie de Sebastian, qu’elle a tué pendant le massacre alors qu’il avait lui-même tué d’autres de ses camarades. Sa relation avec lui était toxique : le jeune homme l’entraînait dans sa spirale destructrice, certainement causée par l’ignorance de son père qui ne le considérait pas, arguant que son fils ne réussissait pas et qu’il n’était pas digne de son amour. Sa vie de fils de la plus grosse fortune du pays n’était pas saine ni belle et son besoin de la présence de Maja était vital, à tel point que la jeune femme ne vivait plus que pour lui, pour qu’il continue de vivre, qu’il reste près d’elle et qu’il apprécie un tant soit peu la vie. Maja s’est ainsi vue dépérir, par amour. Légitime défense ? Meurtre prémédité ? Le lecteur est réellement touché par cette relation dramatique, qui permet de montrer Maja sous un autre jour.

L’alternance entre le passé de la jeune femme et le présent du procès est bien menée. La description du passé de Maja est plutôt sombre même si elle n’exagère rien. La société, les inégalités sociales toujours plus grandes et le problème de l’immigration sont mis en avant, apportant une critique joliment construite sur le pays ainsi que sur la plus haute couche sociale qui ne pense qu’à la réussite de ses enfants, leurs bonnes fréquentations et en occultent totalement leur bonheur. La vie dépeinte nous apparaît particulièrement triste. Les réflexions de Samir sur ces sujets sont incroyablement pertinentes, intéressantes et font réfléchir. La société n’est ni toute noire ni toute blanche et semble ne pas combler les jeunesses de certains étudiants aisés qui cherchent à passer le temps en atteignant des sommets toujours plus dangereux dans leur divertissement.

La résolution du jugement est belle et lyrique face aux plaidoyers et aux questions des avocats de Maja qui savent pointer ce qui ne va pas dans les différents témoignages. Il est dommage que seule la fin bénéficie de ces moments essentiels à tout procès. Il n’y a rien de plus grand que l’amour, la lutte contre la mort et rien de plus grand que tous les sacrifices que l’on est prêt à faire pour quelqu’un, semble nous faire comprendre l’auteur. Doit-on tout de même pardonner si l’amour nous a guidés ? Le sujet du roman est très complexe et prenant.

Le thriller a si bien marché, que Netflix compte en faire une série prochainement. Il est à espérer que le rythme trop lent du roman sera annulé par une reconstruction du passé de l’héroïne et du procès plus équilibrée qui ne lassera pas les spectateurs avides de réponses.

Note : 14/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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