septembre 28, 2020

La Villa Rouge – James Patterson

Auteur : James Patterson

Editeur : L’Archipel

Genre : Thriller

Résumé :

Une vue imprenable sur l’océan.
Dans les Hamptons, paradis estival des Américains fortunés, se dresse une imposante demeure avec vue sur l’océan. Mais on la dit maudite. Ne la surnomme-t-on pas la Villa rouge ?

Une plage privée…
Jenna Murphy, ancienne inspectrice new-yorkaise récemment mutée dans la région, est confrontée à un double meurtre… Un nabab d’Hollywood et sa jeune maîtresse ont été assassinés dans la maison abandonnée.

… et un secret qui pourrait être fatal !
La malédiction frapperait-elle de nouveau ? La Villa rouge n’a visiblement pas livré tous ses secrets… Et Jenna pourrait bien se voir rattrapée par son passé…

Avis :

James Patterson fait partie de ces auteurs que l’on ne présente plus. Figure majeure du roman policier contemporain, il a fourni une œuvre prolifique dans le domaine, mais pas toujours qualitative. Tout comme Clive Cussler, il n’hésite pas à partager la plume avec d’autres écrivains qui, reconnaissons-le, sont moins connus que leur confrère. Toujours est-il que cela explique en partie la régularité de ses sorties. C’était le cas avec Michael Ledwidge pour Zoo et cela se confirme avec David Ellis. D’ailleurs, leur collaboration a déjà fourni Invisible et Week-end en enfer. Avec La villa rouge, le duo d’auteurs réussit-il à convaincre et affirmer leur bonne réputation ? Pas si sûr…

De la part du « Numéro un mondial du suspense », il est vrai que l’on s’attend à un traitement assez conventionnel du genre. Le fait de toucher un large public et avoir une telle influence en terme de ventes impose certains codes prompts à édulcorer les meilleures intrigues. Et c’est en cela que l’on aborde le livre avec une approche d’un classicisme extrême. Les tenants n’ont rien d’original et tendent à faire du surplace pendant un premier quart qui éprouve toutes les difficultés du monde à s’extirper d’un rythme statique. On a beau se trouver avec une structure où la brièveté des chapitres est censée dynamiser l’ensemble, l’entame est loin d’être convaincante.

Les raccourcis narratifs sont légion et atténuent considérablement la crédibilité de l’intrigue. Preuve en est avec la récurrence des inculpations et des procès en un temps record. De plus, l’on divise l’histoire en sept livres distincts (ou parties) dont la chronologie se révèle pour le moins anarchique. On passe d’une époque à l’autre (les faits se déroulent entre 1994 et 2012) sans se soucier de leur cohérence ou leur fluidité. Bien qu’ils tentent d’apporter un éclairage nouveau, les allers-retours temporels sont donc rarement opportuns et perdent de vue l’épicentre même du roman, à savoir la villa rouge. S’il s’avère intrigant, le cadre n’est jamais exploité à sa juste valeur.

La faute à d’improbables atermoiements et des digressions passablement pénibles. La demeure n’étant qu’un vecteur interchangeable. Elle focalise toutes les attentions sans pour autant fournir un lieu d’importance aussi inquiétant que fondamental. De fait, l’on ne parviendra que tardivement sur les tragédies familiales afférentes, au gré du XIXe et XXe siècle. Certains pans ont le mérite de proposer un travail fouillé pour rehausser le suspense. La multiplication des suspects se rapproche d’un « whodunit » sympathique. D’autres, en revanche, sont exagérément alambiquées pour servir en aval des explications plutôt simplistes.

Le fait de superposer les soi-disant révélations n’offre en rien un regard nouveau sur les événements. Ils donnent l’impression de s’empiler les uns sur les autres de manière fortuite. La tentative de tuerie de masse, le complot fomenté par un millionnaire, les accusations à tort, les enlèvements et les adoptions… Autant de points évoqués qu’on oublie aussi vite. Et ce n’est pas uniquement le fait du lecteur, car les auteurs mêmes les négligent par la suite. Cette intrication rend le roman assez indigeste tant il souhaite densifier son contenu sans y parvenir. Pire que cela, aucune thématique véritable ne s’en dégage. Quant au discours sous-jacent, il pointe aux abonnés absents.

Et ce ne sont pas les protagonistes qui changeront la donne. À leur niveau, chaque intervenant joue de contradictions et de facilités pour faire progresser l’histoire. La palme revient à Murphy, inspectrice de police passablement agaçante dont les compétences restent pour le moins douteuses. Des théories à l’emporte-pièce, des déductions surfaites, sans oublier une fâcheuse propension à la bouteille (un cliché qui a la dent dure) et à soupçonner tout et n’importe qui. Et c’est sur la base de ses accusations qu’elle espère progresser dans son enquête ! Au regard de cette caractérisation brinquebalante, difficile de croire que l’on a droit à un duo d’écrivains chevronné.

Au final, La villa rouge est un roman policier bancal à l’intrigue paresseuse. Malgré le passif de James Patterson, on ne peut que regretter une plume simpliste au service d’un récit mal maîtrisé, tant dans ses ficelles narratives que dans son évolution. À force de multiplier les révélations insignifiantes en fin de chapitre, l’on nous inflige une succession d’éléments incohérents qui s’amalgament bien maladroitement à l’histoire de la villa rouge. Cadre qui restera, au demeurant, dans le domaine de l’anecdotique. Même pour les quelques séquences d’affrontements en règle, la frustration est de mise, et ce, sans compter la crédibilité des investigations et des procédures judiciaires vulgarisées au possible. Un polar qui n’a rien d’exceptionnel.

Note : 09/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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