Moonspell – 1755

Avis :

S’il y a bien un pays dans le monde dont on sait que le métal n’est pas l’art le plus représentatif, c’est le Portugal. Plus habitué à des rythmes langoureux et tristes avec le célèbre fado, le pays de la morue n’est pas une terre qui fournit des groupes de métal à la pelle (et non, il n’y a aucune allusion au métier de maçon dans cette phrase). Cependant, il y en a un qui tire tellement son épingle du jeu qu’il est devenu un groupe majeur de la scène métal mondiale, c’est Moonspell. Formé en 1989 sous le nom de Morbid God, le groupe va connaître un succès en 1994, alors qu’il fait la première partie de Cradle of Filth à Lisbonne. Depuis, le groupe fournit un album tous les deux/trois ans à peu de choses près, et c’est toujours un petit évènement, notamment parce que la formation change presque constamment de registre, tout en restant dans le métal. Tout d’abord catalogué Black Métal, le groupe se dirige ensuite vers une carrière plus Avant-gardiste pour ensuite aller vers un Death Métal plus propre, mais avec une production plus grandiloquente. Et c’est clairement le premier mot qui vient en tête quand on écoute 1755, le douzième album studio du groupe.

Cette galette s’inscrit autour d’un concept, celui du séisme qui a secoué Lisbonne en 1755, avec ce qu’il faut de tsunamis par derrière et qui a tué près de 70% de la population. Comme tout album concept, ou racontant une histoire, Moonspell a du faire des compromis et placer des titres plus longs, plus « contemplatifs », afin d’appuyer son propos. C’est certainement pour cela que l’album commence donc par une très longue intro de plus de cinq minutes avec Em Nome Do Medo. Oui, tous les chants sont en portugais, et finalement, on se rend compte que cela ne choque pas et la voix grave et puissante de Fernando Ribeiro contribue grandement à l’immersion que l’on ressent. Ce premier titre évite les guitares et les riffs virulents pour proposer une orchestration idéale afin de se plonger dans ce drame qui ne va faire que s’accentuer par la suite. Les choses sérieuses commencent avec 1755, un long titre à la production exemplaire et qui va même se permettre quelques sonorités arabisantes sur la fin pour donner un côté désertique, presque désespéré, à l’ensemble. C’est irréprochable d’un point de vue technique et ça balance du lourd, du très très lourd. Parmi les morceaux assez longs et marquants, on peut aussi citer les excellents Ruinas et surtout Todos Os Santos, dont les paroles, même si l’on ne parle pas le portugais, rentrent rapidement en tête. C’est violent, tout en étant très accessible et parfois même touchant avec l’orchestre symphonique derrière les riffs agressifs. On notera aussi les chœurs féminins pour donner plus d’ampleur au titre.

D’un autre côté, le groupe n’oublie le côté frontal de la chose et fournit quelques titres plus courts, bien sentis et qui font largement le boulot. En premier lieu, on peut citer Desastre, qui est la suite logique de In Tremor Dei, deux titres qui pourraient n’en former qu’un, mais qui sont dissociés par une ambiance bien différentes. Desastre sera plus bourrin, avec une voix plus profonde encore, appuyant un sentiment d’urgence et de malaise. A bien des égards, on pourrait presque se croire face à Septicflesh, le groupe grec assez extrême mais bénéficiant aussi d’une superbe production. Mais les deux titres les plus courts et les plus intéressants demeurent Abanao et Evento. Le premier se déclenche de suite sur des violons grandiloquents et des riffs lourds, tout en arrangeant quelques cris pour susciter une ambiance apocalyptique absolument parfaite. Le morceau est très efficace et donne rapidement envie de hocher la tête dans tous les sens. Avec Evento, le groupe fait sensiblement pareil mais avec plus de chœurs féminins et donne une impression plus orchestrale au titre. Dans son ensemble, on ne peut pas dire que 1755 soit un mauvis album, bien au contraire. Mais il possède un défaut majeur, c’est qu’aucun titre ne reste vraiment en tête. Cela n’est pas dû à une mauvaise production ou des titres ostensiblement mauvais, mais c’est à cause d’une durée soit trop longue, soit d’une structure dense, sans refrain et qui peine vraiment à rentrer dans le cerveau. Rien de bien méchant donc, mais cela empêche le groupe de fournir un album parfait.

Au final, 1755, le dernier album en date de Moonspell, est un très bon album de Death Métal mélodique. Le mélange des riffs lourds du Death avec une orchestration symphonique donne vraiment de l’ampleur à l’album, lui permettant de dépasser ce simple statut d’album concept autour d’une catastrophe qui a secoué le Portugal. Le groupe présente une galette quasi parfaite, et cela malgré l’absence de hit en puissance, ce qui est en soi relativement costaud.

  1. Em Nome Do Medo
  2. 1755
  3. In Tremor Dei
  4. Desastre
  5. Abanao
  6. Evento
  7. 1 de Novembro
  8. Ruinas
  9. Todos Os Santos
  10. Lanterna Dos Afogados

Note : 15,5/20

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Par AqME

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