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Le Cave se ReBiFFF 2018 – Jour 10

Oulalah que c’était dur ce matin !

On arrive au bout, et il devient de plus en plus difficile de tenir bon pendant les séances, même lorsque le film est excellent. Pourtant il va falloir faire un effort, le dernier jour va être particulièrement intense.

Et curieusement, plus on va sur la fin du festival, plus les bons films affluent.

On a commencé la journée en salle presse, où j’ai pu finir le thriller taiwanais Who killed Cock Robin de de Wei-hao Cheng. On connaît le cinéma policier chinois et hong-kongais, mais il est vrai qu’on n’a pas vraiment l’habitude de découvrir des films de genre en provenance de Taiwan. Mais depuis quelques années filtrent des pelloches plutôt enthousiasmantes, dont Wei-hao Cheng est le fer de lance. Il avait déjà réalisé The Tag-along, œuvre d’horreur prenant appui sur une légende urbaine taiwanaise, qui avait fait grand bruit en festival, et revient cette année au BIFFF avec deux films, la suite de Tag-Along, et ce Who killed Cock Robin, véritable sac de nœuds aux multiples ramifications et coups de théâtre, où tout le monde semble avoir quelque chose à se reprocher, et des secrets à cacher. Pas étonnant, quand on sait que le titre du film est tiré d’une comptine anglaise qui voyait tous les oiseaux de la forêt participer à la mort et à l’enterrement d’un rouge-gorge (robin en anglais).

Le résumé du BIFFF décrivait le film comme un Crime de l’Orient-Express sans le train, et si le récit n’est pas vraiment le même, on retrouve le même scénario retors, hanté par des personnages troubles aux multiples facettes. Ici, il s’agit de l’histoire de Chi, jeune journaliste aux dents longues qui, après un accident de voiture bénin, découvre que son véhicule a été impliqué il y a 9 ans dans un autre accident, mortel celui-ci, dont il était l’unique témoin. Une coïncidence incroyable qui va pousser sa curiosité jusqu’à rouvrir l’affaire, jusqu’à se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond dans cette histoire, d’autant que ses collègues et ses amis proches semblent être impliqués d’une manière ou d’une autre.

Réalisé sobrement et pourtant de main de maître, avec, comme souvent dans ce genre de film, la majeure partie des éléments déjà livrée dans la première partie du film, mais de manière assez subtile pour rester invisible hors contexte, avant que le puzzle ne soit reconstruit. Alternant phase d’enquête, de suspicion, flashbacks délivrés au compte-goutte et séquences un peu plus vitaminées, Who killed Cock Robin s’avère un modèle du genre qui fait froid dans le dos avec son final cynique, et ne s’empêche aucune idée choc. Bref, on était habitué aux thrillers coréens et hong-kongais, il faudra désormais compter sur l’île de Taiwan.

On reste en salle presse mais on passe de l’autre côté de la planète avec le mexicain Tigers are not afraid de Issa Lopez. On avait mis ce film de côté dans les potentiels après avoir vu la bande-annonce, mais les bons retours de l’équipe du BIFFF, qui nous l’a ardemment conseillé, nous ont mis la puce à l’oreille. Et savoir qu’il faisait partie des films préférés de Guillermo Del Toro en 2017, tellement impressionné qu’il avait offert de produire le prochain film de la réalisatrice, a achevé de nous convaincre.

Et grand bien nous a pris, puis que Tigers are not afraid est une petite pépite, qui oscille entre noirceur abyssale et candeur désarmante, entre réalité glauque et onirisme étrange, et brasse effectivement les thèmes chers au réalisateur du Labyrinthe de Pan.

On y retrouve le même genre d’héroïne aux prises avec la réalité de son pays (ici une gamine des favelas dont la mère disparaît, et qui va rapidement être poursuivi par un cartel sanguinaire), et les mêmes notes de fantastique tordu qui laisse planer le doute quant à leur existence (les trois vœux que la petite Estrella est convaincue d’avoir sont-ils réels ? Les créatures qui semblent prendre vie sous ses yeux et la suivent partout sont-elles simplement issues de son imagination ?).

On s’attache très rapidement à Estrella et au groupe hétéroclite d’« enfants perdus » qui la prend sous son aile, et on a peur pour eux, comme on les sent vulnérable face aux tueurs qui n’hésiteront pas à leur faire subir ce qu’ils ont fait subir à leurs parents. Entre violence et innocence, entre poésie étrange et horreur brute, Tigers are not afraid nous emmène à la frontière entre la pureté de l’enfance et le désespoir du monde des adultes, dans une atmosphère de contes de fées malsain qui ne laissera pas indifférent.

On en ressort le cœur serré, soufflé par la violence sèche du propos, et emballé par la prestation impeccable des jeunes acteurs.

On se dirige ensuite en Ciné 2 pour le film de zombies italien The End?, premier long-métrage de Daniele Misischia après une flopée de courts qui l’ont fait connaître du grand public, notamment une série de fan-films de jeux vidéo (Max Payne : Days of Revenge, Silent Hill : Lost Innocence, Resident Evil : Underground, Tomb Raider – The Endlass Path).

Quand on vous dit, films de zombies italiens, forcément, vous pensez immédiatement à Lucio Fulci, Umberto Lenzi, ou pour les plus déviants d’entre vous Bruno Mattei. On oublie facilement que, bien que moribond depuis la fin de son âge d’or au début des années 90 (à quelques giallos près), le cinéma de genre italien est toujours vivace, bien que moins présent, et ce film conceptuel est là pour nous le rappeler. Plus proche de la mode des infectés sous Guronzan lancée par Danny Boyle et son 28 Jours plus tard que des cadavres titubants du début des années 80, les zombies de The End? coincent le pauvre (enfin pauvre, c’est un businessman cynique et égoïste, au début on n’a pas trop envie de le plaindre) Claudio (Alessandro Roja de la série Romanzo Criminale) dans un ascenseur en panne entre deux étages, alors que la fin du monde vient tout juste de commencer. La journée va être longue.

Et le film, lui aussi, semble au premier abord un peu long, tant il met énormément de temps à mettre en place son argument principal, à savoir que les zomblards bloquent la sortie de l’ascenseur pendant que l’Apocalypse bat son plein au-dehors. Si le concept du huis-clos est on ne peut plus original, les péripéties, elles le sont légèrement moins, et il manque parfois à The End? un rythme échevelé ou des situations vraiment prenantes pour vraiment tenir en haleine. Résultat, le film alterne les hauts et les bas, les moments de tension vraiment réussis et les coups de mou qui semblent enchaîner la même scène encore et encore.

Ceci dit, le film s’améliore grandement dans la deuxième partie, et réussit à créer un suspens beaucoup plus intéressant avec l’ajout d’un nouveau personnage beaucoup plus volontaire dans l’action que ce pauvre Claudio, qui se rend compte que la vie est vachement plus dure quand on a pas un sous-fifre sur lequel crier ou une secrétaire pour se délester de ses responsabilités. Egalement, la réalisation de Misischia arrive plutôt bien à se dépêtrer de l’espace exiguë dans laquelle les événements prennent place, en alternant diversité es plans et leitmotiv de cadrages.

Bref, un film plutôt sympathique à suivre, qui ne restera pas forcément dans les annales, la faute à un récit qui brille par l’originalité de son concept mais pas par celui de ses péripéties, mais qui sur le coup se laisse regarder sans déplaisir.

Enfin, des allumettes sous les yeux pour ne pas sombrer (parce que comater 15 minutes devant l’inoffensif The End? c’est une chose, mais on a pas vraiment envie de subir à ce point la fatigue pour le film suivant), nous enchaînons sur la dernière séance de la journée, le thriller atmosphérique Wrath of silence du chinois Yukun Xin (Prix de la révélation à Venise en 2014 pour The Coffin in the Moutain) qui concourt cette année dans la compétition 7ème Orbite (de cheval ! crieront en chœur les spectateurs du BIFFF).

Une nomination étrange au regard du film, qui semblait avoir plus sa place dans la compétition thriller (c’est un vrai thriller asiatique avec faux semblants, hommes d’affaires véreux, coups de théâtre et mandales dans la gueule) que dans celle-ci, qui privilégie les films « autres », en général plus conceptuels que la moyenne (on a pu y découvrir cette année The Place ou encore Blue my Mind, chroniqués dans les épisodes précédents).

Ici, le seul élément qui rattache le film à cette compétition reste le mutisme du personnage principal, incapable de parler après s’être coupé la langue lors d’une bagarre lorsqu’il était enfant. Aussi, quand son fils disparaît dans la montagne environnante alors qu’il surveillait leurs moutons, autant dire qu’il ne va pas être aisé de faire sa petite enquête. D’autant que les magouilles hautement douteuses du patron des mines alentours vont rapidement lui mettre des bâtons dans les roues.

Film à la fois très épuré, presque minimaliste (forcément, avec un héros muet), mais qui n’hésite jamais à plonger dans la violence sèche de ce genre de production, Wrath of silence est le prototype même de l’excellent thriller brutal, compact et désespéré, qu’on a l’habitude de voir débarquer de l’Extrême-Orient. Avec ici la plus-value d’un personnage dense au charisme transcendé par son handicap, handicap qui semble enserrer tout le métrage comme une gangue. Les silences sont nombreux, les protagonistes se taisent et cachent des informations, et un climat délétère plane sur le film, à mesure que les révélations s’enchaînent et que le scénario prend des chemins de traverse. On semble suivre une quête sans espoir où le héros semble perdu mais ne renonce jamais, écrasé par un soleil blême dans un environnement désertique, entre montagnes rocailleuses, carrières poussiéreuses et forêts desséchées.

Comme d’habitude avec les thrillers asiatiques, la suggestion est de mise, la violence également, et des termes comme espoir et lumière n’ont pas vraiment lieu d’être. Bref, encore une franche réussite pour les chinois, qui commence à coller aux basques des coréens en matière de films policiers hardboiled.

Sur ce, il est presque 1h, je file dormir, car samedi les festivités commencent dès 12h avec la ZomBIFFF Day (et ses jeux ZomBIFFFlympiques), et il va falloir tenir une sacrée forme pour survivre à la Nuit, 4 films et une ambiance déjantée, qui ne se terminera que sur les coups de 6h du matin. Vivement !

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Par Corvis

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