Le Mal en Soi – Antonio Lanzetta

Auteur : Antonio Lanzetta

Editeur : Bragelonne

Genre : Thriller

Résumé :

Le petit bourg de Castellaccio, dans la région du Cilento, au sud de l’Italie, abrite un très vieux saule. À la fin de l’été 1985, on a retrouvé le corps de la jeune Claudia pendu à ses branches, sa tête décapitée gisant entre les racines. Trente et un an plus tard, pendue au même arbre, torturée de la même façon, la dépouille grouillante de vers d’une autre jeune fille contemple Damiano Valente, le Chacal, un célèbre écrivain de true crime. L’Homme du saule est revenu à Castellaccio.
Hypersensible, méthodique et acharné, le visage rongé de cicatrices et condamné à traîner sa jambe brisée, tenant grâce à la morphine, Valente est hanté par cet été de la peur où lui et ses amis Claudia, Flavio et Stefano ont été fauchés par la haine, la folie et la mort. Quand le commissaire De Vivo l’appelle sur l’enquête, la traque peut commencer.

Avis :

Le thriller, dans la littérature est un genre qui aime bien les endroits froids et glauques afin de parfaire une ambiance souvent à fleur de peau. Stephen King place ses intrigues dans le Maine, une région à la météo capricieuse aux Etats-Unis. Franck Thilliez préfère le nord de la France alors que Jean-Christophe Grangé s’est payé les grises montagnes de la région grenobloise pour ses Rivières Pourpres. Et on ne parlera même pas de tous les thrillers suédois qui sortent chaque année et qui profitent de la neige blanche de leur pays pour la teinter de rouge. Sauf qu’un thriller glauque peut aussi être très chaud, renforçant ainsi un sentiment d’urgence, où sous la pierre rocailleuse hispanique ou ritale se cachent quelques psychopathes pour profiter de quelques vacancières ingénues. C’est là qu’intervient Antonio Lanzetta. Considéré comme le Stephen King italien, il arrive en France avec un premier roman, Le Mal en Soi, qui est un thriller virulent que ne renierait pas un certain Stephen King.

Il faut dire que l’on retrouve pas mal de similitudes dans les façons d’écrire. Antonio Lanzetta ne cache d’ailleurs pas ses inspirations et cite le maître de l’horreur comme une source d’inspiration et on retrouvera ça dans ce premier roman, notamment dans la narration. Comme tout bon thriller, cela commence par un meurtre sanglant avec une signature, qui trouvera écho trente ans plus tôt, où une bande de quatre gosses ont retrouvé le cadavre de l’une des leurs, décapitée et le corps suspendu à un saule blanc. Cela évoque bien évidemment Ca pour le retour en arrière, mais aussi Stand by Me et d’autres récits qui trouvent racine dans le passé des personnages. L’alternance des temporalités se fait assez rapidement. Si le début nous présente un écrivain fatigué au corps fragile et accidenté, on va vite se rendre compte que ce personnage a souffert durant sa jeunesse et qu’il va trouver des réminiscences de son passé dans cette enquête où il va être consultant, puisque un nouveau cadavre décapité vient d’être découvert. Ce changement d’époque va permettre à l’écrivain (le vrai, pas le fictif) de donner de l’épaisseur à ses personnages et surtout de surprendre par son placement des personnages. En effet, le protagoniste le plus important de la partie « ancienne » n’est pas le même que dans la partie récente. Ils font partie du même groupe, mais ils ont des importances différentes en fonction de l’époque et de l’histoire racontée.

Bien évidemment, ce travail de fond va nous permettre de ressentir de l’empathie pour chacun d’entre eux. On retrouvera énormément de cynisme dans le personnage central (Damiano Valente) de la période contemporaine, à cause de son passif, mais aussi de cette enquête qui va le forcer à regarder en arrière. A contrario, il y a énormément de bons sentiments dans les évènements passés. Non pas que la vie soit rose, puisque Flavio va vivre dans le village de son grand-père suite au décès de sa mère et il va connaître des moments difficiles à cause des Stabiese, des voyous italiens qui agissent en bande. Mais il y a une sorte de lyrisme qui se dégage de cette partie et même si c’est parfois dur, la construction de la bande d’amis et leur évolution vont être touchantes et crédibles. Il n’y a rien de vraiment tape à l’œil dans ce récit et tout semble vrai. Mais il y a un autre personnage dans cette histoire, c’est clairement le village de Castellacio, et le sud de l’Italie. Antonio Lanzetta n’a pas son pareil pour décrire la chaleur étouffante de cet endroit, notamment durant les vacances d’été et le village prend réellement forme avec les mots de l’auteur. C’est beau, mais c’est aussi dangereux à cause des mafieux et de ce tueur qui rôde autour du village à flanc de colline, au bord de la mer. Cette beauté va créer une dichotomie très forte avec les meurtres sanglants et c’est ce qui fait tout le charme de ce roman qui joue sur plusieurs tableaux avec brio. Tout comme le rythme du roman qui est rapide et sans accroc.

Enfin, ce roman peut parfois laisser un goût d’amertume sur sa fin. Tout d’abord parce qu’elle très précipitée, mais aussi parce qu’elle s’avère assez prévisible. Tous les lecteurs rompus à ce genre d’exercice vont rapidement trouver le coupable et la fin ne fera que confirmer l’inéluctable. Néanmoins, la plume de Lanzetta est assez incisive pour donner envie de lire la suite et de façon rapide. Les 50 dernières pages s’enchainent à une vitesse folle et on ne peut plus lâcher le bouquin. Il est juste dommage que toutes les explications sur le tueur arrive tardivement, ne travaillant pas assez la mythologie du lieu ou les croyances diverses et variées que l’on peut croiser dans le récit. Cela aurait donné un peu plus d’épaisseur au tueur, à ses motivations et le côté ésotérique, avec cette Italie brûlante, aurait pu donner quelque chose de vraiment intéressant.

Au final, Le Mal en Soi reste tout de même un très bon roman, un thriller prenant et vraiment hard boiled dans le détail des meurtres et le sadisme de certaines rencontres. Antonio Lanzetta fait un début remarqué dans le monde du thriller que l’on pourrait qualifier de « hardcore » (on est loin d’un gentil policier avec quelques meurtres proprets) et signe un premier roman prometteur pour la suite.

Note : 16/20

Par AqME

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