Scott Pilgrim

Titre Original : Scott Pilgrim Vs The World

De: Edgar Wright

Avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Jason Schwartzman, Kieran Culkin

Année: 2010

Pays: Etats-Unis

Genre: Fantastique, Comédie

Résumé :

Scott Pilgrim n’a jamais eu de problème à trouver une petite amie, mais s’en débarrasser s’avère plus compliqué. Entre celle qui lui a brisé le cœur – et qui est de retour en ville – et l’adolescente qui lui sert de distraction au moment où Ramona entre dans sa vie – en rollers – l’amour n’a jamais été chose facile. Il va cependant vite réaliser que le nouvel objet de son affection traîne les plus singulières casseroles jamais rencontrées : une infâme ligue d’ex qui contrôlent sa vie amoureuse et sont prêts à tout pour éliminer son nouveau prétendant. À mesure que Scott se rapproche de Ramona, il est confronté à une palette grandissante d’individus patibulaires qui peuplent le passé de sa dulcinée : du mesquin skateur à la rock star végétarienne en passant par une affreuse paire de jumeaux. Et s’il espère séduire l’amour de sa vie, il doit triompher de chacun d’eux avant que la partie soit bel et bien « over ».

Avis :

Il fut un temps où le mot « geek » avait une forte connotation péjorative. On utilisait ce nom pour décrire les jeunes adolescents boutonneux, esseulés devant leur ordinateur, à faire des manipulations binaires que nulle autre personne ne pouvait comprendre. Aujourd’hui, ce mot est utilisé à toutes les sauces pour parler d’une culture qui est devenu populaire et qui tourne autour des jeux vidéo, de la littérature fantastique ou encore du cinéma de genre (comprenez horreur, science-fiction, fantastique). Et avec l’amélioration de ce terme, on a pu voir fleurir sur nos écrans des œuvres qui surfaient sur ce phénomène, évoquant les jeux vidéo, adaptant des comics et des mangas, et petit à petit, la culture geek s’est développée, perdant ainsi son côté néfaste. De références en clins d’œil, le cinéma est devenu une véritable industrie geek, à un tel point que quasiment chaque blockbuster, chaque film de chez Disney, devient une potentielle licence à faire du fric auprès des geeks, avec des figurines, des jeux et des vêtements. Et si bien souvent l’essence même de ces films n’est que du vent, certaines œuvres arrivent à rendre hommage à cette culture sans pour autant l’exploiter à outrance.

Et il fallait bien un réalisateur de la trempe d’Edgar Wright pour commencer à façonner l’imagerie geek pour raconter un vrai fond. Car avec Scott Pilgrim, le jeune cinéaste ne fait pas qu’adapter un comics, il raconte quelque chose de plus profond et utilise les atours de la culture geek pour pointer du doigt certaines choses et montrer que ce mouvement est tout sauf anodin. Pour la petite histoire, Scott Pilgrim est un jeune homme de 22 ans sans grand avenir. Il passe son temps à errer, jouer de la musique rock avec son groupe et trainer. Un beau jour, il tombe complètement amoureux de Ramona Flowers, une jeune femme qui semble être la fille de ses rêves. Mais avant de pouvoir sortir avec elle, il va devoir affronter ses 7 ex maléfiques dans des duels dantesques. Alors comme ça, on pourrait croire qu’il s’agit d’une simple romance un peu barrée avec quelques combats, mais Edgar Wright va aller au-delà de ça et fournir tout un éventail de la culture geek pour apporter à son film un visuel unique et un humour décapant, en plus de messages assez intéressants sur la jeunesse, l’amour et la vie en général.

Si l’histoire peut paraître complètement barrée (elle s’appuie sur le deuxième tome des aventures de Scott Pilgrim, une série créée par Bryan Lee O’Malley), elle va quand même trouver des points d’ancrage avec la réalité. Le film va nous permettre d’observer à la loupe la vie d’un jeune qui semble hermétique à toute émotion. Mou, sans conviction, Scott Pilgrim est l’image même que l’on peut se faire du jeune branleur qui vit sa vie au jour le jour, sans forcément se soucier des autres. D’ailleurs, on va vite découvrir que derrière ce portrait peu flatteur se cache un jeune homme qui a du mal avec ses sentiments et qui n’ose pas prendre de risque, de peur de blesser les gens. Sauf que s’il veut conquérir le cœur de Ramona Flowers, il va falloir se révéler, affronter des personnages hauts en couleurs et montrer toute son ambition et son intelligence. Parce que si certains duels sont purement physiques, comme le tout premier, d’autres demanderont de la sagacité pour surmonter un effort physique trop intense. A titre d’exemple, on peut parler du combat contre Brendan Routh, un végétalien surhumain qui surpasse tout le monde physiquement. Du coup, le film peut presque se percevoir comme un voyage initiatique qui va pousser le héros à prendre des responsabilités et à grandir. Et ce qui est drôle, c’est que chaque étape peut se percevoir comme un palier entre l’adolescence et l’âge adulte.

On aura donc des combats physiques sous forme de jeu vidéo, mais pas que. Il y aura une étape concernant la musique et l’évolution de celle-ci, où le groupe va jouer des morceaux de plus en plus complexes ou avec le cœur, tout en gardant une certaine intégrité. Il y aura aussi un passage concernant le skate, un sport plutôt pratiqué par les adolescents. Bref, chaque rencontre, en plus d’être vu comme un boss de niveau, est aussi une réflexion sur ce qui fait un enfant, et ce qui fait un homme. L’intérêt de ce film, c’est qu’Edgar Wright ne juge jamais ces hobbies et montre que l’on peut faire du jeu vidéo ou de la musique même en étant adulte, mais à chaque fois cela change en fonction de la maturité de son personnage. Un personnage qui se pose des questions, qui évolue constamment et qui va comprendre sur la fin que si l’on veut prendre soin des autres, il faut aussi prendre soin de soi. Et derrière l’amusement que procure le film, il y a aussi quelques jolis messages, comme l’imbécilité des végétaliens, qui sont perçus ici comme une sorte de secte, ou encore les acteurs, un peu trop imbus d’eux-mêmes alors qu’ils doivent énormément de choses aux cascadeurs. Bref, derrière le côté tape à l’œil et geek, le film offre de la réflexion.

Mais que serait Scott Pilgrim sans cette mise en scène inventive et nerveuse. Là aussi, on est dans quelque chose de très référentiel, puisque l’on aura des passages évoquant la bande-dessinée avec des onomatopées qui apparaissent à l’écran, ou encore au jeu vidéo avec un passage en 2D façon arcade et l’ensemble est cohérent. Tout à une importance, les choses ne sont pas faites au hasard et Edgar Wright maîtrise parfaitement son sujet en plus d’apporter un vent de fraîcheur au genre. Il n’y a rien de putassier là-dedans, c’est rythmé, les plans ont tous un intérêt et c’est au service du geek, sans pour autant faire dans le racoleur. Quant aux acteurs, ils sont parfaits. Michael Cera campe merveilleusement bien ce jeune paumé amoureux et Mary Elizabeth Winstead est canon dans ce rôle de jeune femme lunaire. Et les seconds rôles sont excellents, que ce soit Chris Evans ou Jason Schwartzman, délicieusement détestable.

Au final, Scott Pilgrim fait partie de ces films qui ont une âme et une envie de nouveauté. Edgar Wright sublime son message avec une imagerie geek parfaitement maîtrisée et ne tombe jamais dans ce qui pourrait paraître gratuit ou tape à l’œil. L’action y est non-stop, l’évolution des personnages est cohérentes et on se prend énormément d’affection pour ce couple improbable mais qui pourtant fonctionne parfaitement. Bref, Edgar Wright signe encore une fois un excellent film, qui a tout à fait sa place dans sa filmographie, aux côtés de Shaun of the Dead, Hot Fuzz ou encore, plus récemment, Baby Driver.

Note : 16,5/20

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Par AqME

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