L’Homme Invisible

Auteurs : Dobbs et Christophe Regnault

Editeur : Glénat

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Un étranger décide de poser ses valises dans un hôtel situé dans le tranquille et petit village d’Ipen. Les habitants sont très vite perturbés par la venue de ce mystérieux scientifique qui cache sans arrêt son visage et préfère la solitude. Et lorsqu’ils découvrent que sous ses innombrables bandages se cache en réalité un homme invisible, ils prennent peur et décident de le chasser. Mais il reviendra pour se venger… Le paisible village ne va pas tarder à se retrouver hanté par un esprit rempli de haine.

Avis :

Certaines œuvres sont tellement ancrées dans l’imaginaire collectif qu’il n’est nul besoin de les présenter, comme leur auteur. Avec L’homme invisible, H.G. Wells développait à la fin du XIXe siècle les fondements mêmes de la science-fiction. Initié avec La machine à explorer le temps, le genre connaîtra sous sa plume ses récits les plus marquants ; pour ne pas dire intemporels. Aussi, le travail d’adaptation est d’autant plus délicat quand on se penche sur un véritable monument de la littérature. La collaboration entre Dobbs et Regnault parvient-elle à retranscrire toutes les qualités du livre original ?

Scindée en deux tomes, la trame se révèle globalement fidèle au roman. Changement de média oblige, certaines libertés ont été prises pour ajuster l’histoire à la bande dessinée. Loin de dénaturer l’ensemble, ce choix offre l’occasion de dynamiser et de moderniser l’intrigue de fort belle manière. L’approche narrative fait montre d’une maîtrise indéniable pour instaurer tour à tour le mystère, l’effroi et l’inconcevable. On a droit à une écriture intelligente, aussi bien à l’aise dans les séquences nerveuses que dans les dialogues. Comme dans le livre d’H.G. Wells, on ancre l’histoire non sur les recherches d’un scientifique, mais sur les conséquences de leur succès sur sa propre personne.

À ce titre, les idées pour mettre en valeur l’invisibilité de notre anti-héros font preuve d’une grande inventivité. Les auteurs prennent en compte des contraintes purement pratiques telles que sa nudité à l’extérieur ou les intempéries pour étayer certains passages. Cela peut paraître anodin, mais ces pans narratifs sont également essentiels pour la bonne progression de l’intrigue. Et pour cela, le trait de dessin réussit à créer l’illusion de l’invisibilité, notamment en considérant les interactions avec l’environnement et les habitants. Des vêtements à la nourriture non digérée, rien n’est oublié, pas même les subterfuges pour tenter de piéger Griffin.

Autre atout majeur de ce diptyque, la qualité des personnages. Les intervenants secondaires parviennent à retranscrire les mentalités d’un modeste village du Sussex. Avec une vue d’esprit restreinte et des superstitions en guise de dogme, Iping forme une communauté à même de rejeter l’homme invisible. Mais le récit ne se fonde pas sur la différence ou sur son acceptation. Il prend à contre-pieds les attentes du lecteur en dépeignant un protagoniste versatile, misanthrope et névrosé. Un rien mégalomane, il est vrai. Toujours est-il que son côté machiavélique est parfaitement retranscrit, tout comme la combativité dont font preuve ses adversaires.

Écartelés entre une approche obscurantiste (le lynchage, les croyances envers les fantômes…) et la volonté d’anéantir la tyrannie personnifiée, ceux-ci affichent des caractères contrastés. Et pour parfaire l’ensemble, les dessins réussissent encore une fois à représenter les expressions et les visages de fort belle manière. Quand bien même se dissimulent-elles sous des bandelettes. Même la colorisation fait l’objet d’un travail soigné pour dépeindre des intérieurs chaleureux ou les rigueurs hivernales. Des tons bleutés glaciaux aux contrastes ocre plus doux, chaque planche bénéficie d’une patte artistique remarquable. D’ailleurs, l’angle d’approche s’inspire grandement du cinéma, notamment ce qui a trait à la photographie.

Au final, l’adaptation en bande dessinée de L’homme invisible est une franche réussite sur le plan graphique et la teneur de l’histoire. On y retrouve les grandes lignes du roman et, en dépit, de menues différences, son atmosphère si immersive. On jongle avec les ambiances et les personnages avec une rare fluidité. De mystères en affrontements, l’intrigue se montre aussi variée que dynamique dans son évolution, quitte à malmener ses protagonistes et à sortir de sa zone de confort. L’histoire vue par Dobbs et Regnault présente une vision graphique remarquable et parfaitement respectueuse de l’œuvre d’H.G. Wells. Une excellente adaptation.

Note : 17/20

Par Dante

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