décembre 2, 2020

Nous Venons en Amis

Titre Original : We Come as Friends

De: Hubert Sauper

Année: 2015

Pays: France, Autriche

Genre: Documentaire

Résumé:

Après Le cauchemar de Darwin, Hubert Sauper nous embarque dans une vertigineuse aventure au cœur du plus grand pays d’Afrique. Divisé en deux nations, le Soudan est devenu une proie de choix que se disputent avidement les plus grandes puissances: la Chine et les Etats-Unis. Et sous couvert d’amitié, les vieux démons du colonialisme et de la domination étrangère ressurgissent !

Avis :

Responsable du très tendancieux Cauchemar de Darwin, Hubert Sauper était parvenu à créer la polémique. Images détournées de leur contexte, manipulation des faits et approximations sociétales minaient un documentaire ambitieux, néanmoins dénué de toute rigueur narrative et éthique. Dix années se sont écoulées avant que le réalisateur autrichien retourne derrière la caméra. On reste sur le continent africain, mais on délaisse le trafic d’armes pour se pencher sur le colonialisme et la mondialisation. Encore une fois, les thématiques avancées sont d’un intérêt certain. A fortiori quand peu d’artistes s’y sont attardés d’une manière ou d’une autre. Est-ce suffisant pour disposer d’un bon documentaire ?

Du haut de son ULM, Hubert Sauper survole les reliefs chaotiques du Soudan pour dénoncer les errances d’un système corrompu et d’une géopolitique brinquebalante. De discours propagandistes en tranches de vie, Nous venons en amis suit une progression similaire au Cauchemar de Darwin. En dépit d’une ligne directrice relativement ténue, le montage est décousu pour aborder la crise humanitaire du Darfour sous l’angle de la subjectivité. Les témoignages des Soudanais succèdent à ceux des responsables chargés de puiser (ou plutôt d’épuiser) les ressources locales. Les points de vue divergent, se contredisent et expriment une profonde vacuité dans les justifications des nations « amies ».

En cela, le présent documentaire réussit à dénoncer l’hypocrisie et la convoitise des pays développés, qu’il s’agisse de l’Extrême-Orient ou de l’Occident. Sous couvert de motivations altruistes, les multinationales et les gouvernements usent de la crédulité et de l’ignorance des peuples pour mieux se servir. La spoliation des terres et des ressources se fait, bien entendu, avec l’aval des institutions corrompues. Et cette image profondément pessimiste nous renvoie aux premières heures du colonialisme avec un rapport de force différent. Le gant de fer cède la place au gant de velours pour dissimuler des intentions arrivistes sous le voile de bienveillantes paroles.

De par le passif du cinéaste, on est toutefois beaucoup moins réceptif aux propos avancés et plus attentifs à d’éventuelles dérives propres à l’instrumentalisation des scènes. En l’occurrence, le fait d’octroyer une certaine marge d’interprétation au spectateur a de quoi laisser dubitatif, craignant une volonté sous-jacente d’adhérer à un parti sans avoir tous les éléments en main. Bien que l’engagement d’Hubert Sauper ne fasse pas l’ombre d’un doute, on sent une évidente retenue. Si manipulation des images il y a, elle est suffisamment anodine pour que l’on parvienne à distinguer les différents enjeux pour les uns, comme pour les autres.

On peut donc émettre une réserve sur la finalité du présent métrage ; pas sur les problèmes de globalisation et d’exploitation du continent africain. De par le contexte particulier du Soudan au moment du tournage avec la naissance du Soudan du Sud, les facteurs réunis sur le plan politique et économique sont particulièrement propices à l’opportunisme et au mercantilisme des nations étrangères. Rien de bien neuf ni d’évolué à constater. Simplement un énième bégaiement de l’histoire, dont les principaux acteurs ne possèdent pas deux sous de bon sens. On regrettera que l’ensemble de la trame repose uniquement sur des témoignages en oubliant d’étayer quelques preuves tangibles et indiscutables.

Hubert Sauper semble donc avoir appris de ses erreurs avec un métrage plus abouti et mesuré que Le cauchemar de Darwin. Il persiste néanmoins quelques scories et approximations qui laissent toujours une part de doute sur la véracité des images filmées. Certains comportements paraissent dictés par la présence de la caméra, ce qui rend certaines séquences peu naturelles. Pour autant, les propos avancés et les problèmes que rencontre le Soudan, et par extension l’Afrique, mérite une certaine attention. Nous venons en amis est un documentaire qui partage, mais semble avoir délaissé les manœuvres d’escamotage de son prédécesseur. À découvrir, même s’il convient de conserver un minimum de recul par rapport à l’approche du réalisateur.

Note : 13/20

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Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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